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Nationalisme, idéologie et intensité : quand l’on se perd dans les mots

Par Anne-Marie Urli le 2023/10
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Nationalisme, idéologie et intensité : quand l’on se perd dans les mots

Par Anne-Marie Urli le 2023/10

Pour moi un Québécois c’est quelqu’un qui décide qu’il l’est. 

Quels que soient sa langue, son origine ethnique, son sexe, sa couleur de peau, sa religion. Un peuple, c’est fait de ça. 

Ça n’existe pas, ça, les Québécois « de souche ». Il y a des Québécois de toutes les câlices de souches! 

Je veux pas savoir d’où le monde vient, je veux savoir où il va! 

– Pierre Falardeau 

Cette citation de Falardeau, souverainiste convaincu, est exactement ce qui me vient à l’esprit pour mieux saisir le souverainisme. À mon sens, une nation peut coexister avec la pluralité, mais doit tout de même se rattacher à quelques valeurs communes, et tous ces récits de vie individuels doivent tendre vers un « nous ». Cet aspect subjectif de la nation se conjugue avec un aspect objectif, comme l’explique Louis Balthazar, que ce soit « la culture commune, l’histoire commune, des aspirations partagées, un territoire donné et, le plus souvent, une organisation politique au moins embryonnaire ». Le nationalisme est un « véhicule » non pas d’une seule idéologie qui serait selon certains raciste, mais bien d’une idéologie que nous voulons et avec l’intensité que nous voulons. Voilà deux points intéressants à explorer : l’idéologie et son intensité. Souvent, l’on pense qu’une idéologie est quelque chose de mauvais, qu’elle signifie la perte de vérité et le retour à des régimes anti-démocratiques. Ce que l’on oublie est la racine même du mot. Idéologie signifie idéo (« idée ») et –logie (« étude, science »). Idée et science… En fait, l’idéologie permet de créer un univers de sens issu à la fois de notre capacité de conceptualisation et de notre pragmatisme (notre capacité à le mettre en pratique). L’idéologie est nécessaire et saine en politique et dans notre quotidien, car elle nous permet de nous unir pour créer une existence qui correspond à ce que nous aspirons.

Par ailleurs, l’intensité avec laquelle nous voulons que l’idéologie choisie se manifeste dans nos vies est ce qui pose problème dans les débats, car on oublie que cette intensité déterminera si la collectivité peut ou non s’adapter et s’orienter sainement face à l’idéologie choisie. Malheureusement, le débat se cristallise souvent et confond nationalisme avec idéologie et idéologie avec racisme.

Le Québec peut devenir un pays. Le Québec peut porter un nationalisme. Le Québec n’a pas à porter l’idéologie raciste. Par exemple, disons que l’inclusion des différences est au fondement même d’un projet de société tel que celui de l’indépendance de la nation québécoise. Il faudra mettre en place des politiques pour protéger cette valeur d’inclusion, pour en faire un principe commun. L’idée d’une tolérance à l’égard de la différence pourra commencer par l’embauche de personnes aux profils variés pour assurer une représentativité de la population au sein du gouvernement. Puis, pour chercher une certaine unité à travers la différence, pourraient venir d’autres mesures comme celle d’unir nos efforts pour préserver la langue française. Les tests d’accueil pour les immigrants pourraient être adaptés aux différentes capacités de chacun avec une aide adaptée pour continuer d’apprendre le français une fois la demande acceptée. Plutôt que de privilégier une immigration économique, pourquoi ne pas opter pour une immigration basée sur l’expression française. En fait, l’immigration n’est jamais neutre, que ce soit pour stimuler le marché du travail ou pour préserver une langue, des critères s’appliquent. Bref, il est possible de construire un avenir viable pour le Québec!

Enfin, il ne faut pas craindre de remettre en question l’usage de certains termes qui deviennent des bombes lorsqu’on les détourne de leur sens initial pour couper le dialogue. Les mots existent, non pas pour qu’on arrête de se parler, mais bien pour que l’on puisse se parler.

1. Louis Balthazar, « Les nombreux visages du nationalisme québécois », Québec : État et société, 1994, p. 9.

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