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Contre la ségrégation raciale spatiale

Par Mathieu Perchat le 2023/03
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Contre la ségrégation raciale spatiale

Par Mathieu Perchat le 2023/03

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

                Pour faire suite à la Semaine d’action contre le racisme de cette année, dont plusieurs évènements ont été présentés par Accueil et Intégration BSL, afin de contribuer à proposer des pistes de solution pour contribuer au développement d’une culture bienveillante et d’un meilleur vivre-ensemble, il va être question de mettre en avant la question de la ségrégation raciale spatiale. Pour se faire, nous allons nous appuyer sur les recherches menées par d’Elizabeth Anderson présentées dans son ouvrage The imperative of integration.

La ségrégation se définit comme un isolement, une mise à distance sociale imposée en raison d’un attribut, comme la race, le sexe, une position sociale ou une religion.

La ségrégation raciale (aussi bien spatiale, résidentielle que professionnelle –verticale-), est LA cause principale de ces disparités qui persistent entre la condition de vie des Noirs et celle des Blancs. Le problème est la ségrégation, le remède est l’intégration. L’intégration permettra de surmonter l’injustice et l’inégalité, et de construire une démocratie à la hauteur de ses prétentions égalitaristes, inclusives et participatives.

Elle provoque des inégalités sur plusieurs plans, pouvant se synthétiser en trois : l’accès aux biens premiers (emploi, services commerciaux, santé, etc.) ; l’accès au capital (culturel, social, financier et humain) ; l’accès aux biens publics (écoles, protections policières, biens publics culturels).

En plus de créer un mal-être chez les personnes ségréguées, ces inégalités influencent les représentations des groupes dominants sur les groupes ségrégués, ce qui accentue davantage les inégalités. La ségrégation cause des inégalités qui, elles, fournissent le contenu aux stéréotypes.

Les stéréotypes découlent donc d’une distance avec une catégorie de personnes. Mais les stéréotypes sont un mode de raisonnement normal, il permet simplement de traiter rapidement de l’information grâce à une classification. Par contre, lorsqu’ils deviennent négatifs, comme dans le cas d’une ségrégation, alors ces stéréotypes deviennent des stigmatisations.

Cette transformation provient des biais qui constituent les stéréotypes en raison de la ségrégation qui donne la possibilité de placer tout un ensemble de personnes en une catégorie ; la catégorie est alors biaisée par la ségrégation qui en est à l’origine.

Lorsque ces stigmatisations sont utilisées par le groupe dominant pour interagir avec la population ségréguée, les interactions vont alors être biaisées. Par exemple, les comportements produits par une personne ségréguée seront attribués à sa culture, à ses gènes, etc. Ainsi, les comportements vont être examinés en fonction du stéréotype pour le valider, même lorsqu’un comportement dérogera au stéréotype, une cause externe sera avancée pour l’expliquer (c’est de la chance, l’aide d’autrui lui a permis de faire ça, etc.).

                La création de ces stigmatisations est rendue possible par la ségrégation qui force un entre-soi : les personnes blanches côtoient principalement d’autres personnes blanches. De ce fait, aucune situation ne permet de remettre en cause les stigmatisations pour les réinterpréter à la lumière de la réalité sociale que les personnes stigmatisées vivent.

Seulement, le contact par l’intégration n’est pas la seule composante de la lutte contre le racisme. En effet, cette dimension comporte des limites, tout en conservant son caractère nécessaire.

Sources 

Naïma Hammrouni, « Ségrégation raciale spatiale. Quels remèdes? », Théorie de la justice, 2019.

Elizabeth Anderson, The imperative of integration, Princeton University Press, 2010.

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