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L’agroécologie au Bas-Saint-Laurent ?

Par Mathieu Perchat le 2023/01
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L’agroécologie au Bas-Saint-Laurent ?

Par Mathieu Perchat le 2023/01

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Selon le rapport de 2019 du Portrait d’ensemble du Bas-Saint-Laurent et de son industrie bioalimentaire, l’offre de légumes se diversifie de plus en plus sur le territoire, tout comme le nombre d’entreprises maraîchères et leur diversité (2019, p. 18). Ce que ces augmentations signifient, c’est que la région contient un fort potentiel de productions agricoles, un fort potentiel de diversité autre que les unités de soya et de maïs.

Malgré tous, entre 2010 et 2017 au BSL, les superficies sont passées de 255 ha à 1007 ha pour le maïs, et de 687 ha à 1893 ha pour le soya (2019, p. 20). Les raisons qui ont poussé à intensifier ces deux cultures sont l’amélioration des semences pour résister au climat, l’augmentation de la valeur marchande de ces cultures, et une volonté d’atteindre une autonomie pour couvrir les besoins alimentaires des troupeaux (2019, p. 20).

En conclusion, les cultures fourragères (cultures destinées à l’alimentation des bovins) occupent environ 71 % des superficies en cultures de la région, et représentent 124429 ha et 6,5 M$ en revenus (2019, p. 21). Environ 5 % sont certifiées biologiques et sont consacrées principalement à l’alimentation du bétail sur les entreprises certifiées (2019, p. 21).

Comment on peut le constater avec l’ensemble du rapport, l’industrie bioalimentaire du Bas-Saint-Laurent marche toujours dans le sillage d’une logique industrielle et productiviste. Or, il existe une alternative qui permet de réévaluer l’ensemble de ces processus de production et transformation. Et cette logique se centre sur la spécificité de chaque territoire.

Contraintes sur les pratiques agricoles

            Cette option est l’agroécologie, dont la permaculture est l’une de ses branches. Elle a comme caractéristique de s’appuyer sur une méthode scientifique qui promeut l’observation minutieuse des territoires et des écosystèmes (Ricard Lanata, 2013, p. 63-64). Son but consiste à abandonner l’artificialisation qui perturbe et fragilise les écosystèmes, pour se centrer plutôt sur les cycles de la vie et restituer un savoir qui intensifiera les rendements agricoles. Mais cette démarche n’a de sens qu’une fois affranchies des contraintes capitalistes (Ricard Lanata, 2013, p. 64).

Ces contraintes se déclinent sous forme de découragement à pratiquer l’échange et l’entreposage de semences rustiques, locales et résistantes à un type d’écosystème. Ce qui produit un encouragement a utilisé des semences hybrides et OGM ainsi qu’un usage de produits phytosanitaires. Les semences standardisées exigent la disparition des semences locales pour exister. Les producteurs et agriculteurs se voient alors placés sous une dépendance envers ce complexe bio-industriel (Ricard Lanata, 2013, p. 64).

En effet, les filières agro-industrielles qui produisent les équipements industriels exigent une standardisation des productions agricoles, pour éviter de devoir réadapter continuellement leurs machines à la variabilité des matières premières rustiques et locales.

On constate que la logique de rentabilité se place à court terme en raison des investissements colossaux, de la nécessité de devoir faire appel à des partenaires financiers, qui, eux, exigent une rentabilité rapide. Avec la réduction des stocks alimentaires mondiaux, ou encore le plafonnement des rendements agricoles … produisent une rareté de la production. Ce qui entraine une hausse des cours boursiers (Ricard Lanata, 2013, p. 64).

Renversement

            Dans une logique inverse, la démarche agroécologique demande d’entreposer et préserver les semences locales pour maintenir une vitalité de l’écosystème par la variété des semences utilisée.

En matière de productivité des semences locales et diversifiées, des études menées au Brésil en 2003 ont pu mettre en évidence une production plus importante par unité de surface, que l’agriculture conventionnelle (Ricard Lanata, 2013, p. 65). L’agroécologie (représentée par l’agriculture familiale) permet une augmentation significative du Produit intérieur brut agricole au Brésil que l’agriculture conventionnelle. Grâce à l’absence de grosses machines standardisées, le secteur de l’agriculture familiale représente 70% des emplois dans le secteur agricole.

Ainsi, l’agriculture familiale (agroécologie) permet une viabilité sur le long terme des écosystèmes locaux, sans toucher à leur vitalité.

La pratique au quotidien

            Chaque pratique agricole doit être subordonnée à un impératif d’intérêt général : la viabilité des écosystèmes et l’enrichissement des produits agricoles. Cela grâce à la prise en compte constante des différentes relations qui constituent l’écosystème accueillant la pratique agricole.

Cette dimension holistique de l’agroécologie se retrouve également dans la nécessité d’une implication sociale. Et cette implication se retrouve, par exemple, dans la pratique quotidienne de réaliser son petit jardin. Car aujourd’hui, cultiver son jardin est un acte de résistance politique au même titre que des classes d’éveil à la nature. Tous deux participent à actualiser de nouvelles pratiques et les inscrire dans le quotidien. De plus, ces pratiques deviennent un nouveau lieu de partage et de gouvernance.

Seulement, l’engouement autour de ces alternatives n’entraine pas un mouvement de masse nécessaire pour effectuer un virage. En effet, les classes moyennes de toutes les régions du monde « demeurent fidèles au grand récit du progrès et de l’enrichissement capitalistes » (Ricard Lanata, 2013, p. 70). Naturaliser les récits de domination dans la culture populaire qui constitue l’environnement consommé par cette classe marque le succès de l’idéologie capitaliste (Ricard Lanata, 2013, p. 70).

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