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Rivière-du-Loup : tout couper !

Par Jean-Francois Vallée le 2022/12
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Rivière-du-Loup : tout couper !

Par Jean-Francois Vallée le 2022/12

« Tout le monde a droit à la poésie et à la beauté de nos forêts ».

George Sand, écrivaine française, 1872.

La pénurie de logements frappe le Bas-Saint-Laurent comme toutes les régions du Québec. L’une des conséquences directes est la disparition accélérée des derniers boisés urbains, qui cèdent la place à des résidences et des immeubles en hauteur. Rivière-du-Loup en constitue un excellent exemple. Un dernier boisé subsistait au bord de la longue rue Fraser, à l’ouest de l’hôtel Au fleuve d’argent. Début décembre, promoteur vient de le raser en un claquement de doigt. Une percée de plus qui sera bouchée par des édifices vantant et vendant la belle vue sur le fleuve, et où la biodiversité sera réduite à néant. Sans états d’âme… Et au moment même où la 15e Conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP 15) vient de faire adopter un cadre à restaurer et à protéger 30 % des écosystèmes terrestres et maritimes de la planète.

Aux quatre coins de Rivière-du-Loup, le développement immobilier accélère sa guerre ouverte contre les arbres, contre la canopée, contre l’humus et contre cette damnée biodiversité, ennemie jurée des développeurs.

Comme si la planète se portait à merveille.

Impossible de compter assez vite les derniers secteurs sauvages de la ville ainsi rasés tellement les règlements de la ville sont laxistes et permettent en toute impunité aux promoteurs de dynamiter, niveler, asphalter et bétonner à un rythme infernal. Dans une ville qui ne comptabilise aucun de ces arbres coupés à blanc, puisque sa « politique de l’arbre » ne s’applique pas plus aux boisés qu’aux forêts.

Au point où il ne reste plus de nature à protéger, ou à défendre. Tous les boisés résiduels ne sont en fait que des anomalies temporaires à corriger. Leurs propriétaires n’attendent que le moment propice et payant pour les développer.

Vous voyez une talle d’arbre dans la ville ? Mon conseil bienveillant : prenez-la en photo, c’est la dernière fois que vous la contemplez.

Boucher la vue… bouchée par bouchée

Le pire, c’est qu’on les remplace toujours par des constructions encore plus hautes que les cimes de l’ancienne canopée… Normal : les locataires de ces logements de luxe doivent bien bénéficier d’une compensation sous forme de plaisir solitaire, soit leur portion d’horizon à eux tous seuls.

Ainsi, le mot d’ordre de Rivière-du-Loup reste, comme toujours : privatiser les vues et boucher la ligne d’horizon, bouchée par bouchée.

À jamais. Pour des siècles et des siècles. Amen.

Vous voulez marcher en forêt à Rivière-du-Loup ? Vous avez le choix : le parc des Chutes, le parc des Chutes, ou… le parc des Chutes. Ce parc déjà saturé où convergent et affluent tellement de citoyens en quête d’un salutaire bain de forêt que ses sentiers sont devenus des autoroutes de marcheurs tout sauf tranquilles.

Et le flanc ouest de la rivière du Loup ne sera bientôt plus qu’une enfilade d’immenses édifices, de la résidence Le Saint-Louis à la Maison des aînés, en passant par le plus monstrueux : le gigantesque projet Medway.

Finie l’impression de s’y promener à l’autre bout du monde : chaque marcheur se donnera en spectacle devant des retraités empilés en hauteur, les uns sur les autres.

Dans un tel contexte, le maire continue d’affirmer sa « fierté devant nos nombreux espaces verts »… Quoi ? Mais il n’en reste qu’un seul ! Tous les autres sont des océans de pelouse accueillant quelques arbres clairsemés.

Quand les citoyens se réveilleront, il sera trop tard.

Si vous passez voir votre parenté dans le temps des Fêtes, allez profiter pour la dernière fois de votre vie de la belle vue sur le fleuve de la passerelle de la chute. Vos proches vous expliqueront ceci : « Medway, voyez-vous, a acheté la moitié de cette vue pour mieux la privatiser, avec l’appui enthousiaste et unanime du conseil ».

Quand on gâche ainsi un capital de beauté aussi exceptionnel, ce n’est pas la fierté qui m’envahit, mais la déception, la tristesse et la honte.

Il reste à espérer que Rivière-du-Loup finisse par trouver l’équilibre entre développement et préservation, ce qui exigera du temps et de la volonté.

Québec souhaite conserver son droit d’empiéter sur l’habitat d’espèces menacées | Le Devoir

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