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L’eau douce au Québec, inépuisable? Ça ne coule pas de source

Par Amy McMackin le 2022/10
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L’eau douce au Québec, inépuisable? Ça ne coule pas de source

Par Amy McMackin le 2022/10

Le monde a subi un été 2022 particulièrement chaud. Quand le Royaume-Uni a battu des records de chaleur, la France et l’Espagne ont souffert d’une suite de canicules de plus en plus suffocantes et la région Pacifique du continent nord-américain a, encore une fois, été frappée par la sécheresse. En revanche, le Québec vivait à nouveau une période estivale maussade. L’est de la province a ainsi enduré ses habituelles précipitations accompagnées de températures fraîches. Ces conditions trop souvent tenues pour acquises tendent cependant à changer et modifient des données qui semblaient, par le passé, immuables.

Cet été, nous avons oublié les répercussions de la chaleur extrême que nous avons déjà subies et que nous subirons encore. Nous avons ignoré les avis des experts constatant que cet été n’était rien d’autre qu’un répit anormal de conditions météorologiques de plus en plus sévères. Surtout, nous avons oublié que nos réserves d’eau douce ne sont pas inépuisables. La ressource est plutôt menacée par les conséquences des changements climatiques qui affectent l’ensemble de la planète.

Généralement, les cycles météorologiques au Québec deviennent de plus en plus extrêmes. En effet, la province se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale, avec une hausse de 1 à 3 °C de température moyenne depuis 1950. Les températures moyennes annuelles pourraient continuer d’augmenter de 3,5 °C d’ici ٢٠٥٠ ou de plus de 6 °C à l’horizon 2080.

À cause des changements climatiques, nous observons de plus en plus de périodes caniculaires, des fortes précipitations ou des sécheresses. Lors des périodes de sécheresse, quand les précipitations sont très faibles et les températures sont souvent plus élevées par rapport à la norme, les sols s’assèchent et le débit des fleuves ralentit. Nous observons aussi une baisse du niveau des réserves naturelles d’eau, telles que les lacs ou les zones humides.

Les contrecoups de la sécheresse sont nombreux : des feux de forêt plus fréquents relâchent des fumées et des poussières dans l’atmosphère, diminuant ainsi la qualité de l’air et provoquant plus de problèmes respiratoires, surtout chez les personnes les plus vulnérables. D’ailleurs, la mortalité des forêts est influencée par le stress hydrique, ce qui empire la situation. Des répercussions financières ou alimentaires en raison de pertes agricoles sont également perceptibles. De plus, les eaux à faible débit voient leurs risques de contamination augmenter, ce qui peut provoquer plus de maladies chez les animaux et les humains qui s’en servent pour s’hydrater ou se baigner.

Malgré un été assez doux, nous avons connu plusieurs de ces phénomènes au Québec cette année. En mai, la canicule la plus hâtive des archives de la province a engendré des conditions sèches suffisantes pour provoquer un grand nombre d’incendies. Puis, un mois de juin particulièrement pluvieux a entraîné d’importants glissements de terrain, les sols asséchés étant plus difficiles à réhydrater. Cet enchaînement a menacé certaines récoltes agricoles et produit un fourrage de moins bonne qualité pour les animaux d’élevage. Outre les impacts sur le plan agricole, une baisse temporelle des niveaux des cours d’eau naturels a restreint la plaisance et les sports nautiques, parmi d’autres activités aquatiques.

Plus étendue est la période de sécheresse, plus les conséquences sont catastrophiques. Écologiquement et économiquement, des mois de juillet et d’août plus doux furent salvateurs. Mais ce ne sera pas forcément toujours le cas. Jusqu’à présent, les événements de sécheresse au Québec sont généralement tamponnés par des périodes plus douces et humides. Néanmoins, ce mécanisme risque d’être de moins en moins efficace dans l’atténuation des conséquences liées aux sécheresses encore plus fréquentes ou de plus longue durée.

Le mythe de l’abondance

Il faut réexaminer nos habitudes de consommation d’eau. Pendant longtemps, nous nous sommes dit que les 20 % d’eau douce mondiale présente au Canada garantiraient une ressource hydrique inépuisable, permettant probablement aux Canadiens d’être les plus grands consommateurs d’eau au monde. Chaque Québécois consomme en moyenne plus de 400 litres d’eau par jour, chiffre qui ne tient même pas compte de l’eau consommée par l’agriculture et d’autres industries.

Depuis que nous reconnaissons le mythe de l’abondance de l’eau au Québec, nous essayons de comprendre quelles régions sont vulnérables aux pénuries. De nombreuses fermes et industries commencent à emmagasiner l’eau à la fonte printanière pour s’en servir pendant les périodes plus sèches. D’autres stratégies d’adaptation, comme la construction de puits et de canalisations, peuvent améliorer l’irrigation.

Bien sûr, il faut également que chacun des Québécois apprenne à être plus prudent avec sa consommation individuelle. Nous atténuerons ainsi les contrecoups des sécheresses à venir, autant pour nous que pour les générations futures.

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