Le blogue du rédac

Abolir la propriété privée ou mourir entre pauvres (partie 1/3)

Par Gabriel Leblanc le 2022/09
Le blogue du rédac

Abolir la propriété privée ou mourir entre pauvres (partie 1/3)

Par
Gabriel Leblanc
le 2022/09

Dernièrement, un article de la célèbre revue Science nous annonçait qu’on allait tout-es mourir dans un avenir très rapproché. Une « limite planétaire », concept auquel je me suis référé dans un article précédent1, vient d’être franchie : d’immenses réserves de méthane et de dioxyde de carbone contenues dans le pergélisol se libéreront sous peu, doublant la quantité de GES déjà présente dans l’atmosphère2. Yes. Dans le genre « deux fois plus que c’qu’il y a déjà ». Dans le genre « ça va déjà mal en criss, pis ça va être au moins deux fois pire ».

Mais ok, j’avoue que j’exagère quand je dis qu’on va tout-es mourir. En fait, les riches, qui disposent des moyens de production, des propriétés et des profits, s’en sortiront assez indemnes. C’est pas tout le monde qui va mourir, bin non! Autour de flutes vides (les gens pour leur servir le champagne seront morts), ces rescapés pourront se dire : « Qui l’eût cru! Que posséder le monde allait à la fois tout détruire ET nous sauver simultanément! Une chance qu’on le possédait, hein? ».

Vous savez, tout ça n’est pas une blague. Surtout si un changement radical ne s’orchestre pas éminemment. Ce qui n’est pas une blague aussi, c’est que ces riches propriétaires de la planète seront à la fois les responsables et les épargnés, et que leur responsabilité tient justement du fait qu’ils sont PROPRIÉTAIRES DE LA PLANÈTE. Leurs actifs leur confèrent des sommes monétaires complètement ridicules, si bien qu’un gars comme Elon Musk se fait 55 millions juste en prenant le temps d’aller chier3. Mais cet argent vient de quelque part et, comme je souhaite l’analyser, provient du fait que l’on peut faire d’un bien son exclusivité et d’en générer des profits immondes. L’enjeu découle de l’assentiment que des choses puissent être privatisées, marchandisées et profitabilisées. En l’occurrence, toute la débarque environnementale qu’on subit provient du concept même de propriété.

Pourquoi survivront-ils, eux? Parce qu’ils possèdent tout l’or du monde et que ce qui est à eux n’est pas à nous. L’humanité entière, sur leur planète en feu, devant ces richissimes égocentriques boostés aux médias qui les adulent, pourra se prosterner tant qu’elle le souhaitera. Ils seront dans leur plein droit lorsqu’ils nous diront : « on en prend juste deux personnes et c’est pour remplir nos flutes! ». Le monde leur appartient et il leur appartient parce que la propriété existe.

« Le propriétaire est maître de laisser pourrir ses fruits sur pied, de semer du sel dans son champ, de traire ses vaches sur le sable, de changer une vigne en désert, et de faire un parc d’un potager : tout cela est-il, oui ou non, de l’abus? »

–     Pierre-Joseph Proudhon, dans Qu’est-ce que la propriété? en 1840 (p.163)

La propriété, le passeport du j’m’en caliss

Plus localement, la société immobilière GP, qui possède l’ancienne école d’agriculture à Rimouski, est libre de laisser se détériorer le bâtiment pour en justifier la destruction. Au nom de la propriété privée, GP pourrait, par exemple, démolir l’ancienne école pour ensuite y bâtir des condos de luxe. C’est un peu ça, la propriété. Un genre de « c’est à moi, je fais ce que je veux », sans que nul n’ait mot à dire, sans que la raison collective puisse s’élever au-dessus de ses ambitions individualistes. Ainsi, toute entrave citoyenne à ces projets insensés serait déclarée illégale.

Mais, c’est quoi le lien entre GP et la destruction de la planète, Gabi? Très simplement : la propriété. Les droits qui en découlent confèrent des pouvoirs exceptionnels à des individus qui ne le sont pas. Mon point, c’est qu’en permettant à certain-es privilégié-es de posséder (ou, par extension, de déposséder les autres d’un bien potentiel), on accorde notre pouvoir à des factions particulières de nos sociétés : les hautes classes sociales. Parce qu’être propriétaire, c’est pas juste « avoir quelque chose », mais plutôt se retrouver avec un ensemble de droits, notamment celui d’exploiter les autres et de laisser guider ses décisions par le profit. Le propriétaire peut tout autant slaquer sans raison ses employé-es que de prendre les pires orientations écocidaires. À l’inverse, si l’entreprise n’est à personne, mais possédée coopérativement par la collectivité, de quel droit une seule personne peut prendre des décisions que d’autres jugeraient idiotes?

La propriété, c’est un peu un permis pour laisser place à toute sa liberté individuelle; une forme d’affranchissement des devoirs qui viennent avec le fait de vivre en collectivité; le passeport du j’m’en caliss.



[1]     https://www.moutonnoir.com/2022/05/planter-des-arbres-va-nous-tuer

[2]     https://www.ledevoir.com/environnement/754764/le-monde-est-en-train-de-basculer-vers-l-abime-climatique

[3]     https://www.moutonnoir.com/2022/09/les-pauvres-ne-se-forcent-pas-assez

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