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Une terre à but non lucratif : ne pas oublier le facteur humain (3)

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Une terre à but non lucratif : ne pas oublier le facteur humain (3)

Avec la hausse du prix des terres, le rêve agricole devient de plus en plus inaccessible. Pourtant, à la ferme Sageterre, située au Bic dans le Bas-Saint-Laurent, la terre et les biens servent maintenant au bénéfice de la collectivité depuis qu’elle est devenue une Fiducie d’utilité sociale agroécologique (FUSA). Le Mouton Noir propose une série de trois articles pour offrir un aperçu des projets qui naissent de la ferme Sageterre et des personnes qui animent ce lieu. Troisième partie : Magali Rolland et la construction d’un projet collectif qui tient compte du facteur humain.

En travaillant à la coopérative de solidarité Le Bercail1 à Rimouski, Magali Rolland, fraîchement diplômée en psychosociologie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), découvre le milieu coopératif qui lui donne envie de se trouver un milieu de vie qui cadre avec ces valeurs. Ayant déjà entendu parler de la ferme Sageterre durant ses études, elle intègre la ferme comme WOOFeur2 dans les jardins de Jean Bédard et de Marie-Hélène Langlais en 2015, pour ensuite habiter un des logements sur la ferme en 2016.

Les défis de l’autosuffisance

Son projet, le jardin des confidences, est créé dans le but d’atteindre une autosuffisance alimentaire. Magali découvre autant le plaisir que les défis de l’autosuffisance : « J’ai eu à la fois beaucoup de plaisir et de défis et de difficultés aussi, parce que j’ai visé grand au départ, pour découvrir plusieurs failles ensuite (…). ». Par exemple, elle n’avait pas un espace intérieur assez grand pour faire les semis puisqu’elle occupait le plus petit logement sur la ferme.

Le travail s’étire aussi au-delà de l’été : « Pour avoir un jardin au Québec, tu travailles fort au printemps et à l’été, et ensuite, tu travailles fort à l’automne pour pouvoir faire des conserves pour qu’en hiver tu aies tous tes fruits et légumes pour ta consommation ». Elle ajoute : « Apprivoiser ce rythme-là, ç’a été quand même initiatique. (…) j’ai appris énormément, j’ai appris que je n’avais pas forcément la main verte non plus ! »

Le défi devient aussi de plus en plus important avec la naissance de ses deux enfants, ce qui lui laisse moins de temps pour le jardin.

Bâtir un milieu de vie et un projet collectif

Au-delà du jardin, Sageterre représente pour Magali un milieu de vie. « Pour moi, Sageterre était vraiment un lieu de vie, ce n’était pas simplement le projet du jardin, c’était un ancrage dans une communauté qui porte des valeurs communes, c’était de donner naissance à mes enfants là parce que je voulais vraiment qu’on s’imprègne d’un mode de vie alternatif, solidaire, communautaire, parce que pour moi c’est ce qui fait sens dans notre monde actuellement ».

Magali avait intégré la ferme Sageterre avant qu’elle ne devienne une FUSA. Lors de la transition, elle décide de mettre à disposition son bagage de psychosociologue pour faciliter la transition, car il y a tout un modèle de gouvernance à développer. Elle va donc contribuer à organiser les rencontres et aller chercher des alliés pour les accompagner dans cette transition, ce qui va notamment leur permettre d’adopter la méthode agilepour bâtir leur modèle de gouvernance ou d’engager une stagiaire en psychosociologie.

Magali rappelle qu’il y a les relations humaines à considérer dans les projets collectifs. C’est un aspect qui est souvent oublié ou qui est considéré, mais personne n’y accorde du temps. « Personne ne prend le temps de se parler, parce que ça pousse au jardin », donne-t-elle comme exemple. Pourtant, « si on ne le fait pas, on prend vraiment le risque et on fait le gros pari de se planter parce que la nature humaine est d’une complexité infinie », prévient-elle.

« J’avais déjà entendu ça dans une des écocommunauté de France (…) le PFH — le putain de facteur humain —, parce qu’on l’oublie et on tient beaucoup pour acquises des choses en relations humaines, mais on est vraiment des bébés souvent sur plein de choses dans les dynamiques relationnelles et ces choses-là peuvent devenir vraiment chaotiques. Elles peuvent couler des projets. C’est souvent ça qui se passe ».

Sageterre devient ainsi pour Magali un lieu pour expérimenter les relations humaines : « Sageterre c’est le juste équilibre qu’il offre entre collectif et individu, le “je” et le “nous”, justement, il y a un trait d’union à créer, il y a un pont cohérent à faire, moi je trouve que Sageterre c’est un beau lieu pour l’expérimenter ».

 


[1] Le Bercail était un café-bistro qui a fermé ses portes en 2019

[2] Un mot dérivé de WorldWide Opportunities on Organic Farms, un mouvement mondial qui relie visiteurs et fermiers-producteurs biologiques afin de promouvoir des expériences culturelles et éducationnelles basées sur la confiance et sur des échanges non-monétaires, aidant ainsi à construire une communauté mondiale durable.

https://wwoof.ca/fr/comment-%C3%A7a-marche/%C3%AAtre-un-wwoofeur

[3] Une méthode agile est une approche itérative et collaborative, capable de prendre en compte les besoins initiaux du client et ceux liés aux évolutions.

https://www.ideematic.com/actualites/2015/01/methodes-agiles-definition/

 

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