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De la ferme à la fourchette : vers une alimentation durable au Bas-Saint-Laurent

Par Amy McMackin le 2022/08
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De la ferme à la fourchette : vers une alimentation durable au Bas-Saint-Laurent

Par Amy McMackin le 2022/08

Le Bas-Saint-Laurent se démarque par une riche culture agroalimentaire dont la région est fière. Pendant des millénaires, les peuples autochtones originaires de ce territoire ont prospéré grâce à leurs compétences en pêche, en chasse et en cueillette. Avec l’arrivée des colons européens sont venues les techniques agroalimentaires qui servent depuis comme méthode standard pour rentabiliser la terre. De nos jours, le Bas-Saint-Laurent dispose d’une industrie bioalimentaire estimée à 780 M$ qui représente plus de 19 000 emplois.

Le secteur agroalimentaire au Bas-Saint-Laurent contribue non seulement à son économie de façon importante, mais assure l’alimentation de milliers de Québécois et de Québécoises. Ici, nous tirons profit de cinq productions principales : laitière, acéricole, porcine, bovine et céréalière, telle que l’orge, l’avoine ou le blé. Ces secteurs génèrent près de 90 % des revenus agricoles de la région.

Mais ce portrait est susceptible d’être bouleversé dans les années à venir. L’industrie bioalimentaire est l’un des domaines qui contribuent le plus aux changements climatiques et se place parmi les plus vulnérables face à un climat en constante évolution. Nous en constatons déjà les conséquences, autant au Bas-Saint-Laurent qu’ailleurs.

Globalement, la productivité agroalimentaire des dernières années a baissé de 21 %, en raison de températures extrêmes et de périodes de sécheresse ou de précipitations intenses de plus en plus fréquentes. L’augmentation du taux de carbone atmosphérique nuirait également à la qualité nutritionnelle des aliments. Si rien ne change, le nombre de personnes à l’échelle mondiale confrontées à l’insécurité alimentaire sera de 8 à 80 millions de plus en 2050. Nous avons besoin d’une transition rapide vers des systèmes alimentaires durables et résilients.

Se pose ainsi la question : quelles sont les pratiques à adopter afin d’assurer la pérennité de l’industrie agroalimentaire, le bien-être environnemental et la sécurité alimentaire pour tous? Heureusement, les stratégies d’atténuation nécessaires sont bien connues. Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié en avril 2022, souligne l’importance de diversifier les systèmes de production alimentaire et de combiner les intrants de l’élevage, de la pêche et des différentes cultures. D’ailleurs, le rapport recommande une évolution vers des régimes alimentaires à faible teneur en protéines animales qui ont autant de bénéfices pour l’environnement que pour la santé humaine. Qu’est-ce que cela signifie pour le secteur bioalimentaire du Bas-Saint-Laurent qui repose surtout sur l’agriculture animale?

TRANSFORMER LES PRATIQUES

Il y a bien des changements à l’horizon, que nous le voulions ou non. Quantité de fermes d’élevage ou d’opérations maraîchères s’écartent de la monoproduction, mélangeant l’agriculture animale avec une rotation saisonnière des cultures. D’autres réduisent l’utilisation d’engrais et de pesticides pétrochimiques dans leurs activités, privilégiant plutôt les techniques d’agriculture régénérative. Quant aux consommateurs, ils ont un intérêt accru pour les produits du terroir, soutenant directement l’économie locale et limitant l’impact écologique associé au transport des aliments. La région se démarque même par la présence de « fermes » d’insectes comestibles : des aliments de l’avenir qui offrent un riche apport protéique avec une faible empreinte environnementale.

Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir l’avis d’un expert pour comprendre que les Québécois et les Québécoises ne vont pas tous intégrer des grillons à leur alimentation du jour au lendemain, ni adopter un régime entièrement à base de plantes. Par ailleurs, c’est aussi une évidence, tous les acteurs de l’industrie bioalimentaire ne sont pas en mesure de réformer leurs pratiques commerciales dans les meilleurs délais.

Au Québec, ce n’est pas en subventionnant une fois de plus les multinationales telles Kraft ou PepsiCo que nous allons progresser. La construction d’un nouveau centre de production de croustilles ne va pas réellement « accroître l’autonomie alimentaire » de la Belle Province. Le gouvernement doit plutôt assurer et faciliter la transformation des fermes de proximité en des entreprises plus respectueuses de l’environnement.

La population québécoise exige de ses ministères responsables une stratégie nationale pour une alimentation durable et réalisable. Bien que le Plan pour une économie verte 2030 puisse encore être amélioré, l’accent mis sur le transfert des connaissances scientifiques au sein du secteur bioalimentaire provincial semble prometteur. Cette stratégie est d’ailleurs appuyée par les ministères régionaux du Bas-Saint-Laurent.

À l’heure actuelle, presque aucun pays ne dispose d’un plan pour transformer ses systèmes alimentaires. Selon les experts du GIEC, c’est l’équivalent de donner un laissez-passer à l’une des industries les plus destructrices du monde et de condamner les personnes les plus vulnérables.

Espérons que nous relèverons ce défi sans précédent chez nous et que d’autres pays pourront s’inspirer de notre exemple.

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