Les orthopédagogues globe-trotteuses

Les orthopédagogues globe-trotteuses

10 juillet 2022 par 

Avant d’être travailleuse autonome, j’étais une employée régulière du Centre de services scolaires des Phares et j’étais orthopédagogue dans une école de Rimouski. Six mois après le début de la pandémie, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a eu le pressant besoin de former toutes les enseignantes1 et professionnelles de l’enseignement à l’utilisation des technologies qui nous permettraient d’enseigner à distance. Au fil d’une formation offerte, j’ai pu faire la connaissance d’Eugénie Pettigrew-Leydier, une orthopédagogue investie d’une mission hors du commun. Elle est la directrice d’AIDEOR, un service d’aide en orthopédagogie « en OR », qui offre ses services en orthopédagogie aux familles et aux écoles francophones du monde entier, littéralement! 

Franco-canadienne passionnée par sa profession et mordue de voyages, elle part en 2012 à Toulouse, en France. Là-bas, elle souhaite mieux comprendre les besoins du système scolaire français en matière d’adaptation scolaire. Elle remarque alors que les orthopédagogues avec une formation universitaire en enseignement en adaptation scolaire et sociale sont une denrée rare à l’extérieur du Québec. S’ensuivent des séjours en Australie, au Paraguay, aux Philippines et au Japon. Grâce à Eugénie, l’orthopédagogie se voit intégrée au sein d’établissements français, notamment au Lycée français de Manille aux Philippines. Puis elle s’installe à Yokohama, au Japon, avec sa famille.

Depuis 2018, Eugénie innove en utilisant la téléorthopédagogie pour donner à tout enfant francophone un accès à des services éducatifs adaptés à ses besoins et à sa réalité. En 2021, Eugénie s’est distinguée en étant la lauréate du Prix du public, dans le cadre des Trophées des Français de l’étranger. Son projet bienveillant, innovant et audacieux a été honoré au ministère des Affaires étrangères sur le quai d’Orsay, à Paris. 

J’ai moi-même rejoint l’équipe d’Eugénie. Voici un aperçu du travail d’une téléorthopédagogue2.

Conakry, Guinée, 15 h / Rimouski, Canada, 11 h

En un clic, je me retrouve en Guinée, devant Rima, 7 ans, et sa maman, très impliquée dans l’éducation de sa fille. Malgré les différences culturelles et le mode virtuel, l’apprentissage du français ne diffère pas d’un continent à l’autre, car les bases sont les mêmes. Ce sont plutôt les stratégies d’enseignement de la téléorthopédagogue qui diffèrent et s’adaptent pour respecter le rythme de chacun. Rima adore jouer et, même en ligne, il est possible d’entretenir une relation dynamique grâce entre autres au partage de mon écran qu’elle peut contrôler à distance. 

Barcelone, Espagne, 14 h / Rimouski, Canada, 8 h

Les parents de Grégory, 7 ans, font l’école à la maison. Ils sont francophones, mais leur style de vie les amène à voyager régulièrement. Les parents avaient besoin de soutien pour enseigner à leur fils qui rencontrait des difficultés en mathématiques. Grégory évolue très bien maintenant, car on a rapidement ciblé ses besoins et ses capacités, et fixé des objectifs. Le travail fait avec Grégory est préventif : la plupart des orthopédagogues ont le souci de limiter la souffrance scolaire avant que ne surgissent de plus grandes difficultés.

Lyon, France, 17 h / Rimouski, Canada, 11 h

Stéphanie a 7 ans. Son enseignante recommandait une évaluation en orthophonie puisqu’elle éprouvait des difficultés globales. Toutefois, après avoir consulté Eugénie, la mère a choisi de faire appel à une téléorthopédagogue pour faire une analyse : un tri des besoins de sa fille. Après une série d’interventions avec Stéphanie, j’ai choisi de cibler l’orthographe d’usage. Stéphanie répond très bien, comme la plupart des enfants, à l’intervention individuelle. Je peux facilement capter son attention puisque les distractions dans l’environnement sont limitées.

Almaty, Kazakhstan, 17 h / Rimouski, Canada, 8 h

Damien,10 ans, revient tout juste de l’Almaty International School. Nés au Canada et expatriés pour des raisons professionnelles, les parents de Damien tenaient à ce que leur fils poursuive l’apprentissage du français. Ils trouveront en téléorthopédagogie les services adaptés aux besoins de leur enfant. Malheureusement, à cause de l’instabilité politique au Kazakhstan en début d’année, les parents ont dû suspendre les rencontres. 

Grâce à la téléorthopédagogie, l’intervention en sous-groupes internationaux est aussi possible. Cette façon de faire augmente l’accessibilité aux services et favorise l’ouverture sur le monde.

1. Le féminin est utilisé pour alléger le texte et à des fins politiques puisque la majorité des emplois dans le secteur de l’éducation sont occupés par des femmes.

2. Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat.

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