En formation Black Bloc avec ma mère de 70 ans

En formation Black Bloc avec ma mère de 70 ans

23 juillet 2022 par 


« Cest tellement facile de prôner la nuance quand on est en situation de force et de confort. »

Aurélien Barrau, astrophysicien et militant écologiste

J’avoue qu’on a éclaté de rire lorsqu’on a lu les qualificatifs à notre égard au lendemain de notre action militante, qui consistait à se cagouler pour aller au conseil de ville et poser des questions aux élu.e.s municipaux. «L’extrême gauche», «terrifiant black bloc», «intimidation», «hurluberlus»; en lisant tous ces beaux sobriquets, ma mère et moi avons ri, malgré la gravité de la situation. Bien, oui. Parce que ma mère de 70 ans, l’être humain le plus doux, généreux et altruiste que je connaisse, était avec son fils lors de la marche et de la visite à l’Hôtel de ville de Rimouski.

Ma mère de 70 ans, militante d’extrême gauche et terrifiante cagoulée en formation black bloc, selon les dires d’une poignée de vieux bonhommes qui sentent l’Ensure. À vous chers petits messieurs fâchés (journalistes médiocres, maire autoritaire et Bonhomme Sept Heures théâtral), ma mère n’a jamais eu besoin de vos conseils paternalistes pour vivre sa vie, se libérer et faire ses propres choix. Ma mère de 70 ans vous emmerde. Cette amazone retraitée a dédié sa vie aux autres en travaillant comme préposée aux bénéficiaires. À présent, cette femme voit les défis écologiques devant nous, les crimes climatiques qui se poursuivent et l’inaction des divers paliers de gouvernement. Posez-vous la question : comment une femme de cet âge, retraitée, en est venue à revêtir la cagoule? À quel point êtes-vous des petits messieurs déconnectés pour ne rien comprendre à nos actions? C’est le test de Rorschach pour l’élite : dis-moi comment tu interprètes la foule cagoulée, je te dirai à quelle classe sociale tu penses appartenir.

Eudore-au-gaz

Monsieur Belzile, grand homme de théâtre fatigué, nous a gratifiés de son opinion bancale dans une lettre ouverte, qui fut d’ailleurs très appréciée par la candidate de la CAQ (bravo!). Un texte aussi confus que méprisant qui ignorait totalement les vrais enjeux dénoncés : la crise climatique et la crise du logement. Ce qui indignait monsieur Belzile, c’est la cagoule. Y a-t-il un chapitre sur les dangers de la cagoule dans le rapport du GIEC? Eudore, si tu prends le volant comme tu prends le stylo, ton char doit être magané. Monsieur Belzile dénigrait également les deux textes1-2 publiés dans le Mouton Noir écrit par deux femmes qui étaient présentes, qui ont parlé avec des militant.e.s sur les lieux et qui ont une dizaine de vidéos pour appuyer leur dire. Et vous, papa Eudore, où sont vos sources? Est-ce Radio Énergie? Ou un pseudo-journaliste du journal Le Soir qui était déjà au lit en jaquette lors des évènements? Belles sources crédibles, Eudore-au-gaz.

Scientist Rebellion

Les gérants d’estrade frileux qui osent encore dire aux autres quoi faire et comment le faire, je vous invite à lire ce que Peter Kalmus, climatologue et scientifique à la NASA, témoignait dans le journal Guardian après son action de désobéissance civile : « Je suis un scientifique du climat et un père désespéré. Comment puis-je plaider plus fort ? Que faut-il faire ? Que pouvons-nous faire, mes collègues et moi, pour empêcher cette catastrophe qui se déroule maintenant tout autour de nous avec une clarté si atroce ? […] Si tout le monde pouvait voir ce que je vois venir, la société passerait en mode urgence climatique et mettrait fin aux combustibles fossiles en quelques années seulement. […] Mercredi, j'ai risqué d'être arrêté en m'enfermant avec des collègues et des sympathisants dans une entrée de l'immeuble JP Morgan Chase, dans le centre-ville de Los Angeles. Notre action à Los Angeles s'inscrit dans le cadre d'une campagne internationale organisée par un groupe de scientifiques inquiets, Scientist Rebellion, auquel participent plus de 1 200 scientifiques dans 26 pays et qui est soutenue par des groupes climatiques locaux. Notre journée d'action fait suite au rapport du groupe de travail 3 du GIEC, qui détaille l'écart déchirant entre la direction que prend la société et celle que nous devons prendre. Notre mouvement prend rapidement de l'ampleur. Je ne peux pas rester sans rien faire, et vous ne devriez pas non plus. »3

Au maire apeuré par ses citoyennes pacifiques et aux élu.e.s larbins, vous auriez pu utiliser cette force vive, cette énergie militante, ce bénévolat dans l’émeute pour porter les revendications vers les hauts lieux du pouvoir; faire pression encore plus sur la CAQ comme on fait pression sur vous; prendre comme levier cette révolte qui gronde pour briser le statu quo; vous alimenter de nos revendications… Mais vous avez plutôt choisi de nous déshumaniser, de nous décrédibiliser, de nous policer.

Pendant ce temps, au Cercle des fermières derrière son métier à tisser, ma mère d’extrême gauche poursuit sa confection de linges à vaisselle et de cagoules pour rapiécer ce monde décousu.

 

« On va toujours trop loin pour ceux qui vont nulle part. »

Pierre Falardeau

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe