Boire des Cocktails Molotov avec Gandhi

Boire des Cocktails Molotov avec Gandhi

17 juillet 2022 par 

PHOTO: Virginie Larivière


Rimouski va très bien. La preuve? Check ça.

«Les promoteurs de C Hôtel vous présentent : OMÉGA condos urbains», que nous annoncent les pleins d’marde de l’immobilier. Ce projet de luxe s’ajoute au projet immobilier de luxe du Groupe Sélection et au projet de luxe de l’Îlot Sainte-Agnès : tous avec stationnements souterrains, piscine, gymnase et vue sur le fleuve en cachant celle des autres. Des projets qui n’incluent aucun logement social. Zéro.

À Rimouski, les tours de luxe poussent comme de la mauvaise herbe, mais planter des arbres demeure mission impossible.

Le site internet d’Oméga condos nous annonce la bonne nouvelle : «Une réelle oasis urbaine au cœur de Rimouski, offrant des condominiums de prestige qui redéfinissent les règles classiques du style de vie urbain. Et un Noah Spa.» Et oui, un spa au premier étage qui singe vulgairement la nature en face du fleuve St-Laurent que l’on pollue. Tout ça, à partir d’un demi million de dollars! Un demi million pour un bunker de privilégié à l’abri des crottés.

Tout ça, à partir d’un demi million de dollars! Un demi million…

Nous sommes en pleine crise du logement pis les riches se bâtissent des oasis climatisés de prestige sous nos yeux de Merlans frits.

Nos élu.e.s. municipaux? Ils se contentent de répéter en boucle comme des tourne-disques pétés qu’ils ne peuvent rien faire. C’est la mort du politique.

Ce futur est notre présent

Selon l’ONU : «Nous risquons de voir un scénario dapartheid climatique où les riches payent pour échapper aux canicules, à la faim et aux conflits, alors que le reste du monde est abandonné à ses souffrances.» Le survivalisme aura des airs de vol transatlantique : du champagne, de l’espace et de l’oxygène frais pour la première classe, les genoux dans la face et les pets du voisin recyclés en boucle en guise d’aération en classe économique, ce qui sera encore un privilège en comparaison du sort réservé à la majorité qui restera clouée au sol.

Pendant que les riches se radicalisent, les contribuables de la classe moyenne débattent sur la façon la plus écoresponsable d’emballer le BBQ qu’ils s’offriront à Noël.

Le capitalisme a intégré les catastrophes naturelles à son marché et se porte à merveille. Peu importe le nombre et l’amplitude des catastrophes environnementales, la Terre sera toujours assez grande et luxuriante pour qu’une poignée de rupins aux dents en diamant savourent le spectacle inouï de la fin du monde, confortablement assis dans un resto chic, buvant avec ironie une Corona accompagnée d’un guacamole bio, sniffant avec nonchalance de la coke sans OGM, épatés par les serviettes de table qui sont des origamis vintages des oreilles de la princesse Diana.

Face à la violence capitaliste, se défendre est légitime

Dans son excellent livre Boire des Cocktails Molotov avec Gandhi (2022 vf), Mark Boyle nous présente les différentes formes de violence dans nos sociétés : «Pourrait-on commencer à envisager que notre absence d’action effective visant à les arrêter puisse être, en réalité, l’approche violente?»

L’auteur poursuit sa réflexion : « La violence la plus féroce nous vient de la Machine. Cette Machine moderne que lon entretient, qui est dune violence inouïe envers les êtres, et ce, sans même que lon ne sen rende compte, car la minorité qui en extirpe ses privilèges na pas intérêt à ce quon la perçoive au quotidien, à ce que notre capacité de consommation qui lenrichit tant soit entachée. La Machine, cest «la banalité du mal» dHannah Arendt appliquée à l’écocide. Cette mécanique qui consiste à morceler au maximum les différentes étapes dun crime atroce que personne ne saurait individuellement sen incriminer. Le maillage est idéal pour que perdure une société-usine dont l’énergie vitale dépend de la destruction du monde, sans que jamais notre empathie ne sen trouve sollicitée, et encore moins alarmée. La violence de la Machine est première, et la nôtre, celle des oppressés, tiendrait plutôt de la légitime défense.» 

Faudra-t-il qu’on les brûle vos oasis urbains pour retrouver notre dignité?

« Il y a trois sortes de violence. 

La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions dhommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté dabolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant lauxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il ny a pas de pire hypocrisie de nappeler violence que la seconde, en feignant doublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. » 

– Helder Camara, évêque catholique brésilien

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