Un petit Donald Trump de l’immobilier à Sept-Iles

Un petit Donald Trump de l’immobilier à Sept-Iles

4 juin 2022 par 


«Il y a beaucoup de travailleurs pauvres à Sept-Îles. Le coût de la vie a augmenté. Le prix moyen des maisons a quadruplé. La pénurie de logement met une pression sur la population. La pauvreté est différente, mais pas plus facile en région.»

Robin Couture, porte-parole du Collectif Québec sans pauvreté

La journaliste Marie-Ève Poulin du journal Le Nord-Côtier rapportait récemment la naissance d’un petit Donald Trump à Sept-Iles.1

On apprend qu’un promoteur immobilier a fait l’acquisition de 555 des 2500 unités de logements que compte Sept-Îles. Un logement sur cinq lui appartient maintenant. Mais encore plus inquiétant, c’est que l’homme d’affaire avoue vouloir désormais loger «des gens de qualité».

Qu’est-ce que des gens de qualité pour cet affairiste cravaté? En entrevue Jean-Pierre Poulin, directeur de Devcore immobilier, s’explique au journal : «Devcore a de la classe, ce nest pas une place où les gens se droguent ou se prostituent. Ça, on nen a pas dans nos immeubles et on nen accepte pas non plus, on ne tolère pas ça et on est assez sévère là-dessus.» Il ajoute : «On veut que, dans un an, nos immeubles, ce soit smooth. On veut donner de la qualité, on veut des gens de qualité. Mais sil y a quelquun qui ne cadre pas dans ça, bien il faut quil quitte.»

Jean-Pierre Poulin et ses deux partenaires d’affaires espèrent que les gens vont embarquer dans leur projet d’immeubles technologiques luxueux. Depuis quelques années déjà, le constructeur-locateur Devcore intègre de nouvelles technologies et de nouvelles applications dans ses projets immobiliers. Cet exploiteur endimanché confiait au journal Le Droit qu’il entend devenir un leader mondial en services à domicile : «On veut devenir le Uber des services à domicile.»

Évidemment, Devcore a l’intention d’augmenter le prix de ses loyers après les rénovations des logements vacants. «Les appartements de Devcore cibleront une clientèle ayant des salaires élevés», admet le plein d’ marde professionnel.

Et les gens qui travaillent au salaire minimum ou à faible revenu? Les retraités qui ont une capacité de payer limitée? Les gens qui traversent des moments difficiles? Les mammifères imberbes qui ont besoin d’un toit pour survivre?

Visiblement, JP Purin gère un besoin essentiel comme une business au plus fort la poche. Sait-il qu’une récente étude de la Fondation pour l’alphabétisation nous dit que 1845 personnes seraient en situation de grande vulnérabilité à Sept-Îles? C’est-à-dire 9% de la population de 15 ans et plus. «Ces gens sont aux prises avec cette question de faible revenu, mais, également, ils ne sont pas équipés en matière de compétences de base pour faire face au marché du travail aujourdhui.», explique l’économiste et auteur de l’étude, Pierre Langlois. L’économiste évoque même une «tempête sociale parfaite».

Le promoteur vorace de Sept-Iles n’en a rien à foutre et se déculpabilise même : «Ce nest pas notre mission, ce nest pas notre mandat. On veut aider les gens, on ne veut pas de mal à personne, mais avoir quelquun qui a un problème de santé mentale, qui se drogue et qui fait des badtrip à 3h du matin, ça fait que les bons locataires veulent sen aller.»

Visiblement, le directeur de Devcore n’est ni sociologue ni humaniste. À 20 ans, il possédait déjà une quarantaine d’unité de logements. Depuis, ce gentrificateur affirme haut et fort qu’il ne souhaite pas avoir n’importe qui comme locataire. Voilà un bel exemple d’un seigneur qui collectionne les portes sans se soucier des vies qui se cachent derrières elles.

Comble de l’ironie, son autre entreprise en partenariat se nomme les «Immobilières Joie de Vivre». Cet entrepreneur qui se nomme Joie de Vivre, c’est l’équivalent d’un clown fou pour enfant armé d’une hache qui s’appellerait le «Barbier-Coquin». 

Parlant des personnes vulnérables, JP Poulin, qu’on imagine bien en Monsieur Burns, renchérit froidement : «Ça ne marchera pas avec nous, avec notre modèle, et ça nous nuit. Ça nuit à tout le monde aux alentours. Il y a des places [ailleurs] pour ça.»

«On veut upgrader, on veut donner un service hors pair. Mais pour pouvoir le faire, on veut une clientèle qui va nous suivre là-dedans», avoue sa partenaire d’affaire Mélanie Girard. Eh oui, pour ces combinards bas de gamme, «upgrader» signifie discriminer et restreindre l’accès à un logement aux personnes vulnérables. Les rats ont pris forme humaine.

Un plein d’marde riche subventionné par le gouvernement

De sa propre bouche de rond de cuir, Jean-Pierre Poulin avoue candidement : «Avec les nouveaux programmes gouvernementaux de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), où elle finance une grande partie de la construction, indépendamment des coûts, si on promet de garder des logements "abordables" pour des logements comparables, on peut se permettre daller de lavant. La SCHL nous aide au niveau du financement en nous offrant des taux dintérêt qui sont vraiment avantageux. On parle par exemple de logements à une chambre qui vont tourner autour de 1200$/mois.» Comme on le constate ici, un logement abordable, ce n’est ni un logement social ni un logement à prix modique.

Sept-Iles en tête des lieux où il coûte le plus cher pour éviter la pauvreté

À Sept-Îles, le revenu viable augmente plus vite que le revenu des ménages, ce qui signifie un appauvrissement.

L’Institut de recherche et d’information socioéconomiques (IRIS) publiait son étude annuelle sur les revenus viables pour vivre décemment hors de la pauvreté, ciblant sept villes au Québec.Le coût des logements plus élevé qu’ailleurs et le prix de l’essence placent encore Sept-Îles en tête des lieux où il coûte le plus cher pour éviter la pauvreté.

L’IRIS ajoute le logement, cette année, sur la liste des causes qui expliquent la présence de Sept-Îles au sommet du Palmarès.

Il est donc facile d’imaginer les conséquences désastreuses qu’engendreront l’embourgeoisement imposée par l’entreprise immobilière Devcore. Ce petit Donald Trump québécois travaille à créer une augmentation des injustices sociales. Où sont les élu.e.s pour faire barrière aux mercenaires de l’habitation? C’est ça, une tempête sociale parfaite!

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