La mort du Gala Artis, le son de cloche d'une industrie ringarde

La mort du Gala Artis, le son de cloche d'une industrie ringarde

21 juin 2022 par 

Vedettes en semi-plastique semi-poulet.


« Vous avez détruit la beauté du monde »
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Huguette Gaulin, poète

Le réseau TVA a annoncé mardi mettre fin au Gala Artis après 36 années de trop longue existence. Le concept de l’évènement était d’inviter la plèbe à aller voter dans un St-Hubert pour rendre une vedette populaire de TVA encore plus populaire et ainsi augmenter les cotes d’écoute de TVA, vendre de la publicité et faire faire du gros cash à PKP.

La mort du Gala Artis : un premier pas dans le bon sens

Jadis appelée Le Gala Métro-Star, cette tradition ringarde née en 1986 n'existe plus. C’est une question de cotes d’écoute et non une décision basée sur le fait que les producteurs et diffuseurs trouvaient le concept totalement déplacé et irrespectueux envers les gens « ordinaires ». Avec son tapis rouge diffusé avant le gala, le Gala Artis se targuait même d’être la cérémonie la plus « jet-set » au Québec. Jet-set, qui signifie  «se promener en limousine pour faire accroire qu’on a du fun». 

C'est quand même charmant que les vedettes voient une fierté dans le fait d'être nommé au Gala Artis, alors qu'en vérité, ce qu'il récompense, c'est la soumission de ces larbins clonés à la culture Québecor.

Le manque d’intérêt pour les cérémonies télévisuelles, telles que les Oscars, les Césars, les Oliviers, se remarque à travers le monde. En entrevue, l’écrivain du bas du fleuve, Sébastien Chabot, résume sa vision de la chose : « Toujours voir toujours les mêmes toujours de faces toujours aux mêmes places pour toujours des cachets de lunion des toujours de mêmes faces aux toujours de mêmes places. C’était énervant lire ça, han? Cest leffet que ça me fait de toujours voir les toujours de mêmes faces… (Moi, j'connais une chanson pour, etc.) Soyons plus clairs, je me réjouis que ces choristes de l'art creux perdent un gala de je-te-la-lèche-tu-me-la-lèches. »

La mort des vedettes : un deuxième pas dans le bon sens

D’après vous, qu’est-ce qui se passerait si Sébastien Benoit n’était pas là pour animer La poule aux œufs d’or? Rien. Tout se déroulerait à merveille quand même. Autrement dit, on glorifie des gens que s’ils n’étaient pas là, ça ne changerait rien à toute. Tu veux une preuve? Kidnappe et séquestre Sébastien Benoit dans ta cave, Dieu s’en rendra même pas compte. À un moment donné, peut-être que sa mère ou sa blonde va allumer : « Heille, ça fait 5 ans que j’ai pas vu Sébastien? Bof. » Fin de l’intrigue.

Ça me faisait rire pendant le confinement de la Covid, quand une vedette écrivait sur les réseaux sociaux : «Cher public, je m'ennuie de vous autres!» Ce qu'il fallait entendre, c'était plutôt : «Je m’ennuie de me faire applaudir par vous autres!». Appelle une vedette pour lui donner de tes nouvelles et remarque le degré d'enthousiasme pour le fun.

Des vedettes en culture, c’est comme des pesticides en agriculture : on en met partout, ça tue la diversité pis ça rend malade. « Es-tu en train de dire que Mario Dumont donne le cancer, Fred?» Oui. Mario Dumont est le glyphosate de l’information. Roundup Dumont. Mario DuMonsanto. Évidemment, le gala Artis a récompensé à plusieurs reprises sa désinformation.

J’imagine qu’en pleine crise écologique, crise du logement et inflation des prix qui rapetisse le panier d’épicerie, la population constate que c’est choquant d’admirer des vedettes inutiles déambuler sur un tapis rouge en vêtement hors de prix, boire du champagne et récolter une statuette en or pour leur rôle plate dans une série médiocre.

La mort de l’industrie : troisième pas dans le bon sens

À une époque où les technicien.e.s et autres artisans de l’ombre tombent en dépression et en burn-out pour alimenter l’industrie culturelle capitaliste, la mort du Gala Artis est une excellente nouvelle. La semaine dernière, on confirmait que le milieu des arts de la scène vit une crise généralisée de main-d’œuvre alors que des spectacles doivent être annulés.1

David Laferrière, président de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles RIDEAU, qualifie même la situation de « majeure » :  « On a été témoin de nombreuses personnes qui se sont enlevé la vie dans les deux dernières années. Ç’a fragilisé beaucoup de structures tant dans les salles de spectacles que dans les équipes de tournées. Ce nest plus juste d’être capable de livrer un show, cest d’être capable de maintenir la santé physique et mentale de nos équipes. »

La codirectrice générale du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants, Caroline Johnson, affirme quant à elle que « les gens dans les évènements culturels, ce sont des machines de guerre. » On qualifie les êtres humains de machines de guerre, et on se surprend ensuite que le corps et l'esprit craquent. L’épuisement des travailleurs, qui sont souvent forcés d’accomplir des tâches ne correspondant pas à leurs fonctions, augmente la détresse psychologique.

Pendant que les vedettes tournent des publicités lucratives, se crossent dans des talk-shows prétentieux, créent des œuvrent bourgeoises, propagent des platitudes dans d’immenses festivals, eh bien, ceux qui tiennent tout ça à bout de bras, c’est-à-dire les prolétaires du milieu culturel, crèvent et se suicident. La décroissance concerne aussi le milieu culturel, qui est foutrement en retard sur ces enjeux.

En espérant la même chose de Radio-Canada et ses nombreux galas où l'esbroufe tue les cultures et étouffe la détresse des artisans sous des montagnes de paillettes.

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