Comment expliquer à une amie française qu’on vit sous la monarchie au Canada

Comment expliquer à une amie française qu’on vit sous la monarchie au Canada

9 juin 2022 par 


Une amie humoriste française m’a écrit à propos du jubilé de la reine d’Angleterre.

« Allo Fred, je voulais savoir ce que ça te fait dans ton cœur cette célébration? Parce que tu es la seule personne qui parle français que je connais qui est sujet de sa Majesté! »

Outch. Ça fait mal à lire. Mais je lui ai tout de même répondu, du mieux que je peux.

Bonjour Audrey,

Effectivement, fin mai, les Canadiens célèbrent l'anniversaire de leur monarque, la reine du Canada. Le Québec a le mérite d’avoir transformé cette fête impérialiste en célébration des patriotes.

Encore à ce jour, une vieille chipie coiffée d’une couronne orne nos pièces de monnaie. Eh oui. Je suis Québécois, un Franco-canadien, un sujet de la reine, un larbin. Je suis un fils déchu de race surhumaine. En France, vous avez fait la Révolution française; au Québec, nous avons fait la Révolution tranquille. Mais nous avons ceci en commun que les bourgeois les ont gagnées les deux.

Le Canada n’a pas de Président, mais un premier ministre. Notre système démocratique se qualifie de monarchie constitutionnelle uninominale à un tour.

Dans nos livres d’histoire, on lit platement que «le Canada ne naît ni d'une révolution ni d'une éclatante manifestation de l'ambition nationale, mais plutôt d'une série de conférences et de négociations régulières qui constitueront ultimement les termes de la Confédération le 1er juillet 1867.» Cet aplaventrisme historique se reconnait jusque dans nos œuvres artistiques triviales et notre rapport de laquais aux hommes d’affaires.

Le Canada, c’est un chemin de fer d’un océan à l’autre. Cette colonne vertébrale d’acier, réservée principalement au transport de pétrole, réduit ce territoire à un État-Pétrolier (le 4e plus grand producteur au monde). Le Canada, ce n’est pas un pays, c’est une colonie. Ce sont des colonisateurs (les possédants), des colons (les prolétaires) et des colonisés (les Premiers Peuples). Depuis 155 ans, seulement 2 partis politiques de droite s’échangent le pouvoir: libéraux et conservateurs.

La loi sur les Indiens (1876), toujours en vigueur, fut promulguée sous la gouverne de notre premier Premier ministre alcoolique et raciste, dont l’objectif était de tuer les cultures autochtones. Cette loi fut une inspiration pour les architectes de l’apartheid sud-africaine.

La monarchie coûte aux Canadiens environ 70 millions $ par année. Lorsque ces consanguins fortunés viennent au pays, c’est nous qui payons la facture! En 2016, la visite royale du prince William et de Kate Middleton nous aura coûté 3,9 millions $.  

Le gouverneur général du Canada est le représentant de la reine au Canada. Nommé par la Couronne sous la recommandation du premier ministre, il occupe la position de commandant en chef des Forces armées canadiennes et sanctionne les lois fédérales. La crème de l’élite hautaine a occupé cette fonction : une ancienne astronaute coupable de harcèlement ainsi qu’une fraudeuse en chaise roulante condamnée à la prison. Les gouverneurs généraux jouissent d’une très confortable pension à vie au départ de leurs fonctions : 150 000 $ par année.

En poste depuis 2021, notre gouverneure générale est la première personne d’origine autochtone (inuite) à occuper cette fonction. Un colonialisme inclusif, on évolue! Nous la payons plus de 300 000$ par année pour représenter la reine. C’est une honte. Une escroquerie d’un autre siècle qui nous rappelle que les turpitudes morales de l’aristocratie ne sont pas terminées.

Propagande oblige, on a même créé les Prix du gouverneur général qui sont considérés parmi les plus prestigieux prix littéraires du pays. Nos plus brillants écrivains doivent s’humilier en allant récolter leur prix et la bourse de 25 000$ qui l’accompagne. Certains le refusent, d’autres se pincent le nez en l’acceptant, alors que les plus serviles en font une fierté.

Pour se séparer du Canada et de sa reine, le Québec a organisé deux référendums sur son indépendance. Nous nous sommes dit «Non» deux fois. La paperasse. Trop de documents à remplir. Notre révolution n’a pas peur du sang, mais de la gestion administrative.

Les seules couronnes qui méritent encore d’exister sont celles autour des dents.

Bon jubilé, chère amie.

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