Grâce à l’augmentation du salaire minimum, un travailleur déclare : «Crisse, je suis encore pauvre»

Grâce à l’augmentation du salaire minimum, un travailleur déclare : «Crisse, je suis encore pauvre»

3 mai 2022 par 


«Avec son augmentation ridicule du salaire minimum, non seulement le gouvernement refuse-t-il d'aider ces personnes à sortir de la pauvreté, mais il les regarde s'appauvrir sans broncher.
»

Virginie Larivière, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté 

Au salaire minimum, même si on travaille 40 heures par semaine, on reste pauvre quand même. À moins de voler son patron. Chose qui est illégale parce que c’est la job du boss, ça, voler ton temps, ton énergie, ta force, ton travail, ton talent pour en tirer profit. Patronner, c’est voler.

Déjà que le salariat, c’est aliénant.

Déjà que travailler 40 heures par semaine, c’est trop pour vivre sa vie.

Déjà que travailler pour un boss, c’est indigne.

Mais en plus, on se tape toutes ces merdes injustes pis on reste pauvre?

Pas de caviar pour les lézards!

Au moins, j’ai reçu mon cadeau de 500$ de la CAQ. J’ai seulement rempli mon rapport d’impôt pis bingo : à moi, les doux bidous. Ça m’a permis de m’acheter une entrée de crabe pis d’aller chez le dentiste me faire enlever les morceaux de carapace de crabe pognés dans mes gencives. C’est ça, faire rouler l’économie.

Je me plains pas, là. C’est mieux que rien, le salaire minimum qui bondit de 75 cents, pour atteindre 14,25 $ l’heure. Ça règle rien à la pauvreté, mais…mais…au moins, ça augmente! Ok, moins vite que le coût de la vie, que les loyers, que l’épicerie, que le gaz pis toutes, mais c’est mieux que rien. Non? En fait, c’est comme rien, mais fois trois 25 cennes, c’est trois fois rien. Ça donne rien de neuf.

Le salaire minimum a augmenté de l’équivalent de trois games d’arcade des années 80. TROIS! En 1988, ça valait cher!

Les Banques alimentaires du Québec nous rappellent que le nombre de personnes avec un revenu d’emploi qui ont recours aux paniers de provisions a bondi de 40% entre mars 2019 et mars 2021.

Au Canada, huit années d’espérance de vie séparent les hommes les plus pauvres des plus riches. Un revenu élevé peut ajouter plusieurs années de vie. Faire Westmount à Hochelaga en char, ça te prend 24 minutes; le faire en train de vie, ça te prend 8 ans. Ça demeure une bonne nouvelle : les défavorisés souffrent moins longtemps.

Je ne suis pas pauvre. Je suis juste un futur riche.

Les gens du «Collectif pour un Québec sans pauvreté» qualifient la hausse d’«irresponsable et insultante».1 Calmez-vous! Les jamais-contents grognent qu’au Québec, pour sortir de la pauvreté en travaillant à temps plein, il faut minimum 18$ l’heure! Vous voulez ruiner nos PME? Si nos entreprises ne peuvent plus prospérer sur le dos des travailleurs pauvres, où s’en va notre économie capitaliste?

Si on augmente les indigents à 18$, ceux et celles qui travaillent fort à 30$/heure, par justice, j’espère qu’on va les augmenter à 34$/heure. Ça changera rien à leur confort ni à leur survie, mais ils se sentiraient respectés.

La gauche radicale propose même d’instaurer un revenu universel de base. C’est-à-dire un revenu versé à tout·es les membres d’une communauté, sans exception, sans condition et de manière automatique. Des fous! L’argent, c’est comme l’éducation, si elle est gratuite, c’est comme si elle n’avait pas de valeur. Si un artiste dans le milieu du showbiz annonce des billets à 5$, il n’en vendra pas plus qu’à 50$. Parce que si le billet n’est que 5$, les spectateurs se diront que le spectacle ne doit pas être bon. La même logique s’applique à un revenu universel de base : si l’argent est gratuit, les riches n’ont plus de valeur.

Ça prend plus de self-made-men pour créer la richesse. Ceux-là qui se sont faits tout seuls. Ça, c’est des gens tellement géniaux que même si y’étaient seuls sur la planète Mars, ils seraient devenus riches. En partant de zéro sans aide, le self-made-man aurait survécu, se serait auto-accouché, puis auto-nourri, auto-éduqué, auto-logé, auto-soigné, auto-inventé une économie, auto-fait fortune et auto-accouplé comme un hippocampe pour s’auto-perpétuer. Facile! Suffit de vouloir! 

« Les pauvres ne sont pas invités à la télévision pour raconter leur vie, commenter lactualité ou critiquer les décisions du gouvernement. Ils nont pas de siège au Parlement et ne font lobjet daucune campagne de publicité. On ne les voit nulle part, pour la bonne raison que la pauvreté est encore aujourdhui une source de honte, quelle fait partie de ces souffrances qui ne se disent pas. »2

Mathieu Belsile, essayiste

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