Quand la science nous dit de prendre l’avion

Quand la science nous dit de prendre l’avion

28 mars 2022 par 


En matière de transport, quelle est la différence entre technocrate vert et écologiste radical ?

Le technocrate vert se demande : « Comment aller à sa job le plus proprement possible? »

Tandis que l’écolo radical se demande : « Pourquoi aller à sa job? Si elle contribue à la destruction du monde et à l’exploitation humaine, pourquoi s’y rendre « proprement » au lieu d’abolir certains secteurs et accompagner les travailleurs et travailleuses vers autre chose? »

Pour sauver ce qui reste de biodiversité (comme la vie humaine, entre autres), on devra faire des deuils et accepter que des secteurs polluants meurent pour qu’on vive.

Mais là, on agit comme si nous étions au salon mortuaire, réunis autour du cercueil de grand-papa, à se demander : « Comment le faire danser encore? Choisissons les bons souliers! ».

Tout ça pour dire que Radio-Canada, le média d’État qui manque de suite dans les idées, fait la promotion d’une étude récente à propos de l’industrie du tourisme, menée par des chercheurs de l'Université du Québec à Montréal, qui révèle qu'il n’y a pas assez de volume pour stimuler la concurrence dans le transport aérien régional.1

Sans aucune critique ni remise en question de la pertinence des recommandations de l’étude, le média donne la parole à la Chambre de commerce et à l’industrie du tourisme pour faire valoir que l’Est du Québec doit augmenter le nombre de vols d’avion et ainsi augmenter l’achalandage pour être compétitif. Grâce à cette étude, les personnes d’influence des Chambres de commerce pourront faire pression sur nos gouvernements armés de « faits scientifiques ».

Selon Mohamed Reda Khomsi, professeur-chercheur au Département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM, « les acteurs du milieu, notamment les municipalités et les gouvernements, doivent établir des incitatifs pour stimuler la demande dans le transport aérien, et ce, sur une plus longue période que la saison estivale, qui s'étend habituellement sur huit semaines. » Merci cher scientifique!

Frappés par le siècle des Lumières, les chercheurs de l’étude concluent : « Si les prix baissent, ça va automatiquement avoir un impact sur la demande et il y aura plus de personnes qui vont voyager. De plus, il faut qu’un travail soit fait, à la fois par les acteurs du transport aérien et par le gouvernement, pour bonifier certains programmes qui encouragent les gens à utiliser le transport aérien. » Vous avez bien lu : encourager les gens à utiliser le transport aérien. Le rapport du GIEC, ça sonne rien dans vos petites noix?

Des chercheurs qui proposent des solutions qui nous tuent. Notre média d’État qui en fait la promotion sans inclure une critique écologiste. Et dire que l’élite progressiste ne cesse de sermonner la plèbe qu’elle doit arrêter d’être cynique, d’écouter la science et faire confiance aux médias. « Écoutez la science, les experts, les spécialistes! »

La directrice de la chambre de commerce capitaliste et de tourisme de masse de Gaspé, Marie-Claude Brière, va jusqu’à affirmer : « Il y a un exercice de communication à faire pour se rendre compte que si on utilise plus l’avion, à la longue, ça va être payant pour tout le monde. » Mais sur quelle osti de ciboire de planète vivent-ils tous ces ronds de cuir climatonégationnistes?

Quand les méthodes scientifiques sont au service de l’apocalypse. Ça donne ça. Comme dirait Will Smith : « Y’a des claques qui se perdent. »

Dans un documentaire « Tourisme contre nature », on en apprend davantage sur les ravages de l’industrie touristique de masse en Gaspésie : pollution atmosphérique, grabuge, déchets, destruction des écosystèmes, conflits, augmentation des forces policières sur le terrain et plages transformées en litière pour gros matou Coors Light de Laval.2

Dans une vingtaine d’années, quand ces personnes d’influence seront vieilles, je propose de les empiler dans un CHSLD sans air climatisé avec vu sur l’aéroport. Ils pourront ainsi attendre la mort dans une canicule asphyxiante en contemplant le monde qu’ils nous auront légué.

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