Manifestation à Rimouski pour le logement social : « Le toit, c’est le début ou la fin de la pauvreté »

Manifestation à Rimouski pour le logement social : « Le toit, c’est le début ou la fin de la pauvreté »

L'autrice fait partie de l'Initiative de journalisme local
5 mars 2022 par 

PHOTO: Fred Dubé


Le rassemblement à Rimouski le 4 mars 2022 a réuni environ 75 personnes devant les bureaux de Revenu Québec, pour réclamer du gouvernement Legault un réinvestissement massif dans le logement social. Lors de ce rassemblement, Sylvain Dubé, coordonnateur de l’organisme Action Logement de l’Est, soulignait dans son allocution que « Le toit, c’est le début ou la fin de la pauvreté » afin de présenter l’importance du logement abordable pour les personnes en situation de vulnérabilité. Alors que la pénurie de logements frappe de plein fouet la région du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, les différents groupes sociaux et communautaires présents lors du rassemblement ont témoigné des conséquences de cet enjeu.

Un logement pour fuir la violence

Geneviève Lévesque, coordonnatrice de la Maison d’aide et d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale La Débrouille à Rimouski témoignait de la situation critique de la pénurie de logements pour les femmes victimes de violence conjugale. Les femmes quittent leur logement pour trouver refuge à La Débrouille, mais par la suite, elles ne retrouvent plus de logements pour elles et leurs enfants.

« Chez nous, les femmes essaient de fuir la violence. Elles viennent en maison d’hébergement et, dans les dernières années, les hébergements se prolongent. Ce qui était des hébergements de deux ou trois mois vont jusqu’à six ou sept mois maintenant. Les logements sociaux, il n’y en a plus. Les femmes attendent presque un an même parfois plus pour avoir accès à un logement pour elles et leurs enfants. Ça devient un peu compliqué. On souhaite qu’elles ne reviennent pas avec le conjoint dans un milieu violent, donc on aimerait que le logement social soit davantage développé », explique Geneviève Lévesque.

Ces femmes ne trouvent pas de logements sociaux et elles n’ont pas accès au logement privé, car elles sont souvent victimes de discrimination de la part des propriétaires. Ces derniers ont l’embarras du choix quant au choix des locataires et ils ne sélectionnent pas les femmes qui ont des enfants et un mauvais crédit. La coordonnatrice de La Débrouille explique que pour « les femmes avec des enfants, c’est très difficile, surtout avec le crédit (…). ». Elle comprend que les propriétaires réalisent des enquêtes de crédit, mais elle explique que, pour les femmes victimes de violence conjugale, « ce n’est pas facile quand tu travailles au salaire minimum et tu en arraches avec deux enfants. Parfois, le crédit est plus difficile à avoir ». Ces femmes ont aussi quitté leur logement en n’emportant presque rien et elles sont très vulnérables à la pauvreté.

Pas de plan B

Au comité logement Action Logement de l’Est, qui couvre le territoire de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, le coordonnateur Sylvain Dubé se préoccupe de la situation de plus en plus précaire dans lequel se retrouvent les locataires. L’exemple le plus fréquent qu’il observe est le rachat de logements sous reprise de finance par des entreprises « à numéro » qui développent « légalement ou illégalement » des logements. Ces logements ne sont pas rénovés et il décrit la situation des locataires qui habitent ces logements de la manière suivante :

« On se retrouve avec majoritairement des gens qui sont semi terrorisés à ne pas avoir de plan B pour être capable de s’en aller, parce qu’ils sont dans des conditions où les logements ne sont pas rénovés, vétustes, et avec de plus en plus de champignons. L’hiver qui vient de passer n’est pas exceptionnel, mais pouvez-vous vous imaginer un mois à moins 20 de moyenne, ce que ça peut coûter quand on a un logement mal isolé avec le vent qui passe au travers ? Ces gens-là ont soit crevé de faim ou se sont privés de plein de choses pour être capables d’avoir malgré tout le logement qu’ils ont ».

Sylvain Dubé ajoute que le logement devrait être un bien essentiel en Amérique du Nord où il fait froid six mois par année. Il mentionne donc qu’il faut « mettre de la pression (sur les élus) parce qu’un jour il n’y a personne qui est à l’abri ici de se retrouver à la rue comme on est aujourd’hui ».

Besoins d’un réinvestissement massif dans le logement social

Lors du rassemblement, le Comité logement Bas-Saint-Laurent, avec l’appui de nombreux autres groupes sociaux et communautaires, a interpellé le premier ministre François Legault et la ministre de l’Habitation Andrée Laforest, pour revendiquer des investissements immédiats et ambitieux pour le logement social et communautaire dans le dernier budget de la CAQ.

La question du logement devrait aussi interpeller le milieu municipal. Dans le rapport annuel 2020-2021 de la Table régionale des élu.e.s. municipaux du Bas-Saint-Laurent, publié le 2 mars 2022, l’enjeu de la pénurie de logements brillait par son absence. La question est seulement abordée dans les enjeux de 2022 et ne permet pas de saisir l’urgence de la situation. Le rapport indique que « comme partout au Québec, la pénurie de logements, privés et sociaux, et la hausse des prix de l’immobilier inquiètent les membres de la TREMBSL qui s’intéresseront particulièrement aux leviers à la disposition des municipalités pour améliorer la situation. ». La question vient après l’enjeu du développement éolien, de l’internet haute vitesse et des transports. Pourtant, dans la vision du Bas-Saint-Laurent, l’inclusion fait partie des piliers bas-laurentiens : « L’inclusion est un pilier fort de la région qui souhaite offrir une égalité des chances de s’épanouir et vivre en santé partout sur le territoire (…). L’inclusion est aussi le reflet de l’attitude solidaire de la communauté des leaders bas-laurentiens engagés dans le développement de leur région ». Habiter le territoire est pourtant essentiel au développement régional.

 

 

 

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