Duhaime, le Messmer réactionnaire (partie 1)

Duhaime, le Messmer réactionnaire (partie 1)

27 février 2022 par 

PHOTO: Érick Labbé, Le Soleil


Avez-vous lu la plateforme politique du Parti conservateur du Québec (PCQ)? Je l’ai fait. C’est bigrement inquiétant. Depuis, je trouve l’univers de Walking Dead relaxe comparé au monde que nous proposent ces partisans d’un passé qui ne veut pas mourir.

Si l’image publique de son chef Éric Duhaime le montre en représentant du peuple avec des yeux de petit chien battu, ses idées politiques, elles, sont violentes. Duhaime est bien connu, c’est un habile populiste et un mystificateur capable de nous faire désirer ce qui nous détruit. Pendant de nombreuses années, ce riche homme d’affaires a répandu dans les radios-poubelles ses idées libertariennes, antisyndicalistes, climatonégationnistes, xénophobes et misogynes. Messmer Duhaime a fait son pain et son beurre et son champagne en chiant sur tous les mouvements communautaires, écologistes, étudiants, féministes, LGBTQ, de travailleurs en grève pis aujourd’hui il se réclame du peuple? Mais quel peuple? Ils restent qui, dans son peuple?

Ce réactionnaire assumé prône la sauvagerie du darwinisme social, préfère la compétition malsaine à l’entraide et favorise la liberté individuelle du plus fort plutôt qu’une liberté collective partagée. Selon Duhaime, l’homme est un loup pour l’homme et seuls les plus forts survivront, améliorant ainsi la race humaine.

Pour mieux comprendre ce que cache cet hypnotiseur, je vous propose un survol de la plateforme de son parti politique. Mordez dans un morceau de cuir, la traversée s’annonce douloureuse. 

Logement : aggraver la crise

Le parti propose de dérèglementer le plus possible le marché du logement. Selon les conservateurs, la main invisible ouvrira les portes invisibles de logements invisibles. « En libéralisant le marché, la construction de logements à loyers modérés s’accélérera. Il n’y a pas de crise du logement […]. », écrivent-ils. En rendant les barèmes de fixation de loyer moins restrictifs, l’investissement dans le marché locatif augmenterait, on construirait alors plus de logements luxueux, ce qui ferait déménager les riches et libérerait des logements pour les classes inférieures. C’est la théorie du ruissellement économique appliquée à l’habitation. Le seul bémol, c’est que ça ne fonctionne pas, c’est de la pensée magique, c’est miser sur ce qui aggrave la crise : le privé et les promoteurs. Comme s’il suffisait de construire des logements de luxe pour créer un effet d’entraînement tel le courant d’une rivière qui libérerait d’autres habitations plus modestes jusqu’à faire apparaitre en bas de l’échelle sociale des logements modiques que pourraient enfin se partager les démunis et les coquerelles. Sortez vos ti-canots les locataires et laissez-vous porter par le courant du ruissellement immobilier.

Le parti propose aussi de donner plus de droits et de pouvoirs au propriétaire. Les conservateurs sont contre un registre des loyers et affirme que « le contrôle des loyers deviendrait total et cela se ferait par un moyen détourné, alors que seule une minorité de locataires éprouvent des problèmes d’abordabilité. » Une minorité? Selon l’Union des municipalités du Québec, « on estime qu’une personne sur cinq consacre plus de la moitié de ses revenus pour se loger. C’est majeur. Et cette tendance est encore plus marquée chez les jeunes, les moins fortunés et les personnes seules. Ainsi, 1,7 million de personnes éprouvent des difficultés à accéder à la propriété, à un logement abordable ou simplement à un logement répondant à leurs besoins, entraînant par le fait même d’importantes répercussions socio-économiques sur nos communautés. »1 Qui accepterait de se faire gouverner par un parti aussi déconnecté qu’une lampe à l’huile.

Le PCQ milite même pour un dépôt d’argent garanti que les locataires devraient débourser à leur proprio. Les conservateurs défendent le projet ainsi : « Lorsqu’on loue une auto, on laisse un dépôt de garantie ; pourquoi interdire cette pratique pour un logement ? » Le scénario est clair : pas d’argent pour un dépôt, pas de loyer. Voici encore une méthode discriminatoire aux apparences anodines qui réduit l’accès au logement de manière crasse. La vie est tellement simple pour les conservateurs : suffit d’avoir du cash! Leçon d’économie conservatrice 101 : arrêtez d’être pauvre.

Pendant ce temps, les Comités logement à travers le Québec demandent : des mesures de contrôle obligatoire des loyers pour arrêter les hausses abusives sur le marché privé ; des mesures concrètes pour lutter contre la discrimination ; le financement du logement social et communautaire. Exactement le contraire des zombies conservateurs. On viserait bien la tête pour les achever, mais on la cherche encore.

Environnement : détruire, c’est protéger

Le Parti Conservateur du Québec en matière d’écologie est passé maître dans l’art de la contradiction et du déni. Il propose de :

-      Encourager l’exploration et l’exploitation des ressources minérales, comme le gaz de schiste. (On parle ici de forer la vallée du Saint-Laurent et autre joyau irremplaçable du Québec pour trouver quelque goûte de pétrole.)

-      Construire un 3e lien à Québec. (Aussi utile qu’un troisième sourcil un jour de pluie.)

-      Suspendre le projet de tramway. (Qui dit transport en commun dit communisme.)

-      Établir des taxes sur le carbone les moins élevées possibles. (Tant qu’à rien faire.)

-      Augmenter jusqu’à 120 km/h la limite de vitesse. (Les conservateurs sont pressés pour des gens qui avancent à reculons.)

-      Élargir les autoroutes 20 et 40 à trois ou quatre voies avec une ou deux de ces voies renforcées pour les camions. (Malgré que les études nous ont bien démontré que des plus grosses autoroutes, ça fait juste des plus gros embouteillages.)2 

On jugerait que la plateforme environnementale des conservateurs a été rédigé par les quatre cavaliers de l’Apocalypse trop enthousiastes de finir la job au plus crisse. « Nous sommes fiers de nos valeurs en environnement, parce que nous sommes réalistes », écrivent-ils. Le réalisme de la droite populiste cache toujours les fantasmes de vieux messieurs riches nostalgiques de la ségrégation et de la Standard Oil Company.

Le conservatisme vert, dont ils se réclament, est en fait un climatonégationnisme qui s’assume : « Nous conservateurs avons depuis toujours des préoccupations qui convergent avec l’écologie et croyons qu’il faut agir de façon proactive mais aussi rationnelle par rapport aux effets des changements climatiques causés ou non par l’activité humaine. » Pardon? Causés ou non par l’activité humaine? Mais c’est un fait tellement défendu par la grosse majorité scientifique que ceux qui s’y opposent rentrent dans une Yaris. Impossible de proposer des solutions écologiques viables si on refuse d’accepter que le climat se réchauffe à cause de l’activité humaine industrielle. Être nuancé pour le PCQ, c’est refuser les constats de la science. La Terre est ronde ou pas. Pour ou contre, la gravité. Vive la nuance.

Ça se poursuit : « L’existence du génie humain donne à l’homme une place à part dans la nature. » Faux. La notion de biodiversité en harmonie avec les écosystèmes nous place tous au cœur de la nature. Sinon, ça pète! C’est exactement cette vieille mentalité où l’humain domine la nature qui nous mène vers l’extinction de masse. Le jour où on sera rendu à miser sur le génie humain des conservateurs, c’est qu’il ne restera plus rien à sauver.

« Nos ressources n’auront aucune valeur si elles restent dans le sol. » Quelle lucidité. Dépêchons-nous de créer de la valeur en extrayant au plus vite tout le pétrole avant que les catastrophes écologiques rendent la chose impossible! Pompons le pétrole, pompons le minerai, pompons l’eau potable et engraissons la pompe à finances qui nous procurera de belles pompes funèbres.

« Ce sont les sociétés qui créent de la richesse qui ont les ressources pour protéger leur environnement. » Comment crée-t-on de la richesse dans une société capitaliste? Principalement en détruisant l’environnement et en exploitant les êtres vivants. Le programme rajoute : « Il est plus logique de faire croître le plus possible notre économie afin de mieux faire face aux conséquences de certains changements climatiques, plutôt que de nuire à notre économie maintenant et de compromettre notre capacité d'adaptation à l’avenir. » Suffit de se mettre riche en exploitant la nature et ensuite on pourra réinvestir cette richesse pour tenter de réparer ce qu’on aura détruit. Voilà, le génie conservateur! Quand les conservateurs commencent une phrase par « il est plus logique de », appelez la police.3

La plateforme stipule : « Nous défendons les droits et libertés fondamentaux contre les empiétements du pouvoir de l’État. » Oui, je veux bien, mais selon les valeurs conservatrices libertariennes, c’est pour mieux rediriger ce pouvoir aux profits des multinationales, des riches propriétaires et autres patrons.

Pour vous éviter une dépression carabinée, j’aborderai la santé, l’économie et l’immigration dans ma prochaine chronique partie 2. À tout de suite!

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