COP26 : CEUX QUI AURAIENT PRÉFÉRÉ QUE CE SOIT UN ÉCHEC

COP26 : CEUX QUI AURAIENT PRÉFÉRÉ QUE CE SOIT UN ÉCHEC

20 janvier 2022 par 


Du 31 octobre au 12 novembre dernier se déroulait une rencontre réunissant tous les membres des Nations unies autour d’une même table environnementale. La 26e édition de la Conference of Parties (COP26) devait se montrer à la hauteur, car elle avait tout un mandat. Six ans plus tôt, à la conférence de Paris (COP21), le monde s’était donné comme objectif de limiter le réchauffement planétaire sous les 1,5 °C afin d’éviter les impacts les plus importants engendrés par les changements climatiques. Cette année, à Glasgow, nous allions découvrir si cet objectif était encore atteignable ou s’il était déjà trop tard et que le pire nous attendait au détour d’un autre discours creux.

Avons-nous réussi? Est-ce que tout ce bla-bla-bla aura finalement servi la cause planétaire? Ou était-ce une nouvelle opération d’écoblanchiment de linge sale en public?

UNE QUESTION DE DEGRÉ

La COP26 a été l’occasion pour plusieurs pays de soumettre à la communauté internationale leurs nouvelles cibles de réduction d’émission de gaz à effet de serre et les actions qu’ils promettent de mettre en place. Le tout a été comptabilisé dans une savante machine numérique qui a déterminé quel réchauffement planétaire nous attend à la fin du siècle. Donc, selon les experts optimistes du climat, nous nous dirigeons vers un réchauffement autour de 1,8 °C si tous les pays atteignent les cibles qu’ils se sont fixées1. Mais comme on le sait tous, les discours et les promesses ne sont rien si elles ne sont pas accompagnées d’actions concrètes. Si on ne considère que les mesures déjà mises en place par l’ensemble des gouvernements (par exemple la taxe carbone mise en place par le gouvernement du Canada), on se dirige plutôt vers un réchauffement de 2,6 °C d’ici 2100. Somme toute, est-ce que cette COP26 aura servi à quelque chose? Seul l’avenir nous le dira. Mais considérant qu’après la conférence de Paris, il y a six ans, les projections climatiques nous amenaient vers un monde avec une température de +3,6 °C, on constate que beaucoup de chemin a été fait depuis.

L’ART DU DÉLAI

L’une des plus grosses déceptions lors de la COP26 fut le changement autour de l’utilisation du charbon comme source d’énergie. L’accord final entre tous les membres parle de diminuer le recours à ce combustible fossile (phase down) alors que bien des pays, dont le Canada, misaient plutôt sur son élimination (phase off). La déception fut telle que, lors de son discours de clôture, le président de la COP26, le Britannique Alok Sharma, a présenté, avec une voix nouée par des sanglots, ses excuses aux pays membres présents dans la salle. Personne n’avait envie de festoyer. Sauf peut-être les compagnies d’énergies fossiles qui voient dans ce phase down une occasion d’ajouter quelques années à leur business lucrative. Parce que ce sera inévitable, un jour ou l’autre, les sociétés humaines n’utiliseront plus ce type de combustible. Ça, les intérêts fossiles l’ont compris et c’est pourquoi ils ont abandonné la stratégie du déni et du climatoscepticisme : ce discours est devenu trop difficile à soutenir devant les catastrophes naturelles qui se succèdent sans relâche. Non, leur meilleure tactique consiste maintenant à créer le plus de délais possible pour retarder, ne serait-ce que de quelques années, l’adoption de toute mesure contraignante pour leur industrie qui tente par tous les moyens de s’infiltrer dans les sphères décisionnelles internationales. Et c’est aussi pour cette raison que l’industrie fossile s’efforce de propager l’idée que la COP26 n’a servi à rien et que la lutte aux changements climatiques est vouée à l’échec. Les grands émetteurs de GES préfèrent nous voir défaitistes et pessimistes, car c’est le meilleur moyen de nous garder passifs. Mais ne soyons pas dupes, l’optimisme, même en ce temps de crise, reste la meilleure arme pour transformer ce bla-bla-bla en réel vecteur de changements.

1. Ces projections de réchauffement sont le résultat d’une analyse faite par Climate Action Tracker et ont été corroborées par d’autres analyses, comme celle de l’Agence internationale de l’énergie. Voir : https://climateactiontracker.org/press/Glasgows-one-degree-2030-credibility-gap-net-zeros-lip-service-to-climate-action/

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