As-tu vraiment besoin de manger, Robin Servant?

As-tu vraiment besoin de manger, Robin Servant?

2 décembre 2021 par 


Dans le cadre de cette rubrique, 
Le Mouton Noir présente une ou un artiste du Bas-Saint-Laurent. Avec l’autorisation de Coline Pierré et Martin Page, Le Mouton Noir s’est inspiré du collectif que ces auteur·e·s ont publié en 2018 aux éditions Monstrograph, Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger?, un recueil de 35 questions posées à 31 artistes sur leurs conditions de vie, de travail, de création.

Que réponds-tu quand on te demande quel est ton métier?

Ça dépend de qui le demande et pourquoi. « Musicien », quand je veux que ça aille vite. « Concepteur sonore », quand j’ai le goût d’expliquer. « Je travaille sur le son pour le cinéma et la télé », quand j’ai le goût d’avoir l’air de faire une « vraie job ». « Technicien audiovisuel », quand c’est pour les assurances.

Créer, c’est quoi?

C’est beaucoup de travail, pas toujours passionnant, souvent routinier, pour quelques surprises qui font oublier tout le reste. J’essaie le plus possible que ce travail se fasse dans la joie et le bonheur. Je ne suis pas du genre « artiste torturé ». Le chemin est assez dur à trouver, pas besoin d’angoisser en plus!

Quel rapport ton travail entretient-il avec la réalité?

La musique et les idées qui sont dans « ma tête » sont dans le monde à cause de mon corps. Je me suis beaucoup intéressé à la musique qu’on entend « dans notre tête » et à son degré d’existence. Le plus gros du travail est de transformer ces ondes électromagnétiques cervicales en ondes acoustiques en dehors de mon corps à travers des instruments ou des haut-parleurs. Je fais aussi beaucoup de création à partir de prises de son faites sur le terrain. Il faut donc que je me coordonne un peu avec le monde pour le capter avec mes micros.

Est-ce que parfois tu en as marre?

Oui, évidemment. Rarement à cause de la création elle-même, mais souvent à cause des conditions dans lesquelles elle se fait et des conditions de travail de mes collègues travailleurs culturels. Le sous-financement de la culture rend beaucoup de gens malades autour de moi. Ce n’est pas normal que le principal facteur de renouvellement de personnel dans un secteur de travail soit le burn-out, l’épuisement ou le découragement. Ce n’est pas non plus normal qu’on nous offre de bonne foi, avec les meilleures intentions et tous les moyens disponibles, des conditions de travail qui sont très souvent en deçà du salaire minimum. Ce n’est pas normal, finalement de devoir avoir un travail à temps partiel (ou un autre à temps plein!) pour se permettre le « luxe » d’avoir une pratique artistique ou de travailler dans le secteur culturel. Je me considère extrêmement chanceux de n’avoir vécu aucun épisode d’épuisement professionnel et de pouvoir travailler la plupart du temps sur un seul projet à la fois.

Qu’est-ce qui te sauve?

Le plaisir et l’émerveillement de la création. La joie du travail en équipe. La curiosité. La surprise.

Qui sont tes alliés?

Ma blonde et ma famille, mes collègues de création et mes amis.

Qu’est-ce qui est choisi ou subi dans tes conditions de travail?

Choisi : les collaborateurs et les collaboratrices avec qui je travaille. J’ai la chance de pouvoir travailler sur un éventail très vaste de projets et de me faire proposer beaucoup de collaborations qui m’amènent là où je ne serais pas allé seul.

Choisi : ne plus avoir de travail salarié de type « alimentaire ».

Subi : les contraintes du calendrier et des dates de tombée des projets. Devoir malgré tout travailler sur plusieurs projets à la fois.

Subi : le travail d’éducation constante qu’on doit faire pour expliquer que le travail artistique est non seulement légitime, mais nécessaire dans la vie de tout un chacun.

Subi : la phrase « Tu es chanceux de vivre de ta passion. » Oui, c’est une chance, mais pas de type loto. C’est une chance d’avoir trouvé jeune ce qui me passionnait et d’avoir eu la possibilité de m’y consacrer. Je la souhaite à tout le monde.

Que pense l’enfant ou l’adolescent que tu étais de ton travail ?

Je savais déjà à 14 ans que d’une manière ou d’une autre, ma vie serait consacrée à la création. Je crois que l’ado serait satisfait que son désir n’ait pas été trop trahi. Par contre, il serait surpris que la guitare électrique soit un outil secondaire dans ma vie. Et que les pédales de guitares me servent plus souvent avec un accordéon. Il serait très surpris de voir que j’ai du gros plaisir avec des synthétiseurs, de la musique générative et que je crée des instruments qui décident par eux-mêmes des notes qu’ils jouent! Mais je pense qu’il aimerait la musique que je fais.

As-tu vraiment besoin de manger?

Oui, mais ma médecin me dit que je devrais maigrir.

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