L’économie sociale, ingrédient essentiel de la vitalité du Bas-Saint-Laurent

L’économie sociale, ingrédient essentiel de la vitalité du Bas-Saint-Laurent

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
2 novembre 2021 par 


Ce matin, les candidat·e·s aux élections municipales du Bas-Saint-Laurent étaient conviés à une réunion virtuelle par le pôle d’économie sociale de la région. L’occasion de sensibiliser ces aspirant·e·s maire·sse·s à l’importantce de cette branche de l’économie, qui inclut les coopératives et les organismes à but non lucratif avec volet marchand.

Six candidat·e·s à la mairie d’une ville ont répondu à l’invitation : il s’agit de Virginie Proulx et Guy Caron (Rimouski), Sylvie Blanchette et Normand Boulianne (Amqui), Eddy Métivier (Matane) et Philippe Guilbert (Trois-Pistoles).

Organisée sous forme de questionnaires à choix multiples, la réunion se voulait ludique afin de faire passer quelques messages importants. On a ainsi pu apprendre qu’il existe 335 entreprises d’économie sociale au Bas-Saint-Laurent, qu’elles embauchent 5600 personnes (dont 3000 à temps plein) et réalisent un chiffre d’affaires total de 700 millions $.

On retrouve ces entreprises dans tous les secteurs, mais les plus représentés sont les services aux personnes, la culture et le tourisme. « On peut être en lien avec l’économie sociale toute sa vie, en la commençant en CPE et en la terminant en coop funéraire », s’est amusé l’animateur Jacques Bérubé, qui est aussi coordonnateur d’Économie sociale Bas-Saint-Laurent.

Des entreprises viables et durables

Malheureusement, certains préjugés ont la vie dure. « Il est faux de dire que les entreprises d’économie sociale vivent au crochet du gouvernement », a par exemple déclaré M. Bérubé. En effet, celles-ci atteignent un taux d’autofinancement de 60 à 80 % alors que bien des sociétés privées coûtent plus cher au contribuable : « On pourrait additionner les subventions gouvernementales versées à toutes les entreprises d’économie sociale du Québec, et on n’arriverait probablement pas au montant que Bombardier a reçu », a illustré Jacques Bérubé.

Puisque ces entreprises n’ont pas pour but d’enrichir leur propriétaire, elles parviennent à survivre plus longtemps que les entreprises privées classiques. Un sondage auprès des 166 membres d’Économie sociale Bas-Saint-Laurent a ainsi permis de déterminer que près de 80 % d’entre eux existaient depuis plus de 10 ans, et au moins 55 % depuis plus de 20 ans – ce qui est le cas du journal que vous lisez. Des taux significativement meilleurs que ceux de l’ensemble des entreprises canadiennes, qui ne sont que 43 % à atteindre une décennie d’existence.

Grâce à cette dépendance moins importante au profit, l’économie sociale permet de maintenir des services dans les milieux ruraux dévitalisés, c’est-à-dire là où l’entreprise privée ne juge pas bon d’investir. « De par le fait qu’elles cherchent la rentabilité, les entreprises privées ne cherchent pas nécessairement le bien commun, alors il y a des trous qui se créent dans notre tissu économique et social. Le rôle de l’économie sociale est complémentaire à celui de l’entreprise privée », a résumé le candidat à la mairie de Rimouski Guy Caron.

Ainsi, dans les villages du Bas-Saint-Laurent, un grand nombre de dépanneurs peuvent continuer d’exister grâce aux valeurs prônées par l’économie sociale. Cette dernière permet également la reprise collective d’entreprises, comme cela s’est vu dans le cas du Central Café à Rimouski.

Des  maillons importants de l’économie locale

À Matane, le plus gros employeur est même une entreprise d’économie sociale : il s’agit des Ateliers Léopold-Desrosiers, dont la mission est de créer de l'emploi pour des personnes vivant avec un handicap. Cet organisme embauche aujourd’hui 176 travailleurs, et produit par exemple du bois d’allumage à partir du bois déclassé de scieries, qui est ensuite vendu par la chaîne de quincailleries Canac. Un cas qui prouve que les deux types d’économie (conventionnelle et sociale) peuvent cohabiter.

Selon Virginie Proulx, les entreprises d’économie sociale, qui sont « omniprésentes » à Rimouski, peuvent performer mieux que les autres dans un contexte de rareté de main-d’œuvre : « Les employés se sentent partie prenante de l’entreprise, donc vont moins avoir tendance à quitter ».

Philippe Guilbert a rappelé que l’économie sociale était aussi très active dans la ville dont il brigue la mairie, Trois-Pistoles. Information confirmée par Jacques Bérubé : c’est de la MRC des Basques qu’est provenu le plus grand nombre de demandes de financement auprès du Fonds régional d’investissement en économie sociale (FRIÉS), actif depuis deux ans et géré par Économie sociale Bas-Saint-Laurent. Cela a permis d’aider des projets originaux comme la Coop Kayaks des îles, la Ferme coopérative du Moulin à Saint-Clément ou l’Atelier de transformation agroalimentaire des Basques (ATAB).

Aucun·e maire·sse élu·e par acclamation n’était présent·e lors de cette réunion, à l’exception de la préfète de La Matapédia Chantale Lavoie. L’occasion de se rappeler que les campagnes électorales sont un bon moment pour sensibiliser les futur·e·s dirigeant·e·s, qui ont alors une oreille plus attentive… Le candidat à la mairie de Matane Eddy Métivier a humblement avoué avoir découvert qu’un grand nombre d’organismes et entreprises de sa ville relevaient de l’économie sociale. « J’en ai appris sur l’économie sociale, ça va m’aider », a abondé la candidate Sylvie Blanchette, d’Amqui.

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