La fin du changement d’heure n’est pas pour demain

La fin du changement d’heure n’est pas pour demain

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
5 novembre 2021 par 


Dans la nuit de samedi à dimanche, nous reculerons nos montres et horloges d’une heure, avec une conséquence immédiate sur la clarté de nos après-midis : dimanche, le soleil se couchera à 16 h 04 à Rimouski, et même à 15 h 47 à Gaspé…

À l’origine, la décision de changer d’heure deux fois par an a été prise pour économiser de l’énergie : on passe à l’heure « avancée » l’été afin de synchroniser nos heures d’éveil avec les moments de luminosité, ce qui a pour effet de diminuer notre utilisation d’électricité. En raison des progrès technologiques, ces gains énergétiques deviennent toutefois de moins en moins importants.

À l’inverse, on sent l’exaspération des citoyens croître chaque fois qu’un changement d’heure se présente. En effet, celui-ci a un impact sur la qualité du sommeil et sur le stress, notamment au printemps quand on repasse à l’heure avancée : certaines études affirment que le nombre d’AVC augmente dans les deux jours suivants. En novembre, l’arrivée plus précoce de la nuit provoque un nombre plus élevé d’accidents de la route. De manière générale, les parents de jeunes enfants et les éleveurs redoutent les deux samedis où il faut régler les pendules, puisque cela bouscule leur précieuse routine.

Discrétion en Europe et en Ontario, refus en Alberta

L’an dernier à la même époque, on parlait de l’abolition du changement d’heure : l’Ontario étudiait la question, et François Legault se disait également prêt à y réfléchir. Mais cette année, c’est le silence radio.

Même l’Europe, qui devait abandonner cette mesure en 2021, a « oublié » de le faire. En cause, des négociations qui patinent entre les États sur le fuseau horaire à conserver, tandis que la pandémie de Covid-19 a accaparé l’attention. Pourtant, en France, 84 % des personnes qui s’étaient prononcées lors d’une consultation en ligne organisée par l’Assemblée nationale disaient être en faveur de la fin du changement d’heure.

De ce côté-ci de l’Atlantique, un référendum sur la fin du changement d’heure a été organisé le 18 octobre en Alberta, en même temps que le référendum sur la péréquation. Et c’est le statu quo qui l’a emporté, d’une marge infime : 50,24 % des votants ont dit non à la fin du changement d’heure.

Notons toutefois que l’Alberta n’est pas dans le cas de l’Est-du-Québec, qui se situe à l’extrémité orientale d’un fuseau horaire immense – il va jusqu’à Thunder Bay. Si l’heure avancée était maintenue toute l’année, le soleil ne se lèverait pas avant 9 h 40 à Calgary à la fin décembre, et même à 9 h 51 à Edmonton.

Dire « bonne nuit » à 16 h

Conclusion des expériences européenne et albertaine : mettre fin au changement d’heure est moins simple qu’il n’y parait. Ici, l’Ontario avait d’ailleurs fixé une condition pour abolir cette tradition : il fallait que le Québec et l’État de New York emboîtent le pas, histoire de ne pas nuire aux liens économiques entre ces trois territoires… ce qui pourrait prendre plusieurs années de discussions.

Une autre solution serait que le Québec soit partitionné temporellement, c’est-à-dire que le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie rejoignent le fuseau horaire des provinces maritimes, beaucoup mieux adapté à nos longitudes. Pas sûr, cependant, que ce soit plus facile à mettre en place : par le passé, l’industrie touristique gaspésienne s’est opposée à cette mesure, sous prétexte que les touristes arrivant en Gaspésie perdraient une heure lors de leur première journée.

Ce n’est donc pas demain la veille qu’on verra une journée de décembre finir après 16 h dans l’Est-du-Québec…

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