dernier numéro

VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Un combat en héritage! Des régions aux identités singulières à valoriser

Un combat en héritage! Des régions aux identités singulières à valoriser

HOMMAGE À SUZANNE TREMBLAY (1937-2020)
13 octobre 2021 par 

Le 26 septembre 2020 s’en est allée une femme de convictions, de passion et de fougue. Elle laissait nos territoires orphelins d’une sentinelle infatigable. Ce départ a été masqué par la pandémie de Covid-19 qui occupe encore aujourd’hui l’espace social et politique du Québec. Concomitamment, malgré ce virus déstabilisant, la vie et ses incertitudes se poursuivent : les décisions se prennent (ou ne se prennent pas), des projets voient le jour (d’autres non), des collectifs sont entendus (d’autres moins). À ce titre, la vigilance et la prise de parole restent nécessaires. Consensus et dissensus participent à la vigueur de la démocratie et façonnent nos espaces de vie. Suzanne Tremblay l’avait compris et par ses actions, ses sorties publiques (qui pouvaient déranger), elle nous incitait à réfléchir, discuter, parler, revendiquer, bouger, agir.

Comme le rappelle Danielle Lafontaine dans sa contribution, Suzanne Tremblay accompagnait depuis longtemps les chercheurs du GRIDEQ, que ce soit dans des activités à caractère scientifique et académique ou dans d’autres, plus ancrées dans les territoires. Embauchée à l’UQAR pour son expertise dans l’enseignement et la petite enfance, et bien avant de prendre des responsabilités proprement politiques, Suzanne a en effet rapidement développé un intérêt pour le développement régional et mis sa passion de l’engagement au service de la réflexion et de l’action pour nos territoires. Ce compagnonnage d’esprit et de cœur a pris une tournure plus officielle avec l’invitation lancée à Suzanne, en avril 2018, de s’associer au GRIDEQ à titre de membre honoraire — une invitation qu’elle avait acceptée avec émotion. Quelques mois plus tard, comme mise en bouche à la cérémonie durant laquelle elle recevait la médaille de l’UQAR, une table ronde composée d’acteurs régionaux creusait une voie suivie par Suzanne : on y discutait, ensemble, des enjeux régionaux. Le présent cahier veut, au terme de ces nombreuses années de route commune, rendre hommage à une femme d’exception.

En écho à son parcours exemplaire et à son intérêt toujours vif, jusqu’à la toute fin de son existence, pour les enjeux collectifs et l’avenir de nos régions, nous avons fait le choix de marier des témoignages de personnes ayant côtoyé Suzanne dans l’un ou l’autre de ses engagements et des textes présentant des réflexions et des initiatives liées aux défis actuels de nos territoires. Dans les pages suivantes se côtoient ainsi des collègues, des ami·e·s, des chercheur·e·s et des professionnel·le·s de différents secteurs, qui s’expriment ici souvent à plusieurs titres. L’ensemble dessine le portrait sensible et interrelié d’une femme et d’une région, dont la réalité trouve des échos ailleurs au Québec et dans le monde.

Au-delà de la pandémie (période où les droits collectifs prennent sens), un courant de fond est à l’œuvre ces dernières années autour de la reconnaissance et de la protection des droits individuels, sans discrimination et iniquité envers les moins visibles. Ces luttes sont importantes et s’inscrivent dans une longue histoire de résistance aux injustices et inégalités de toutes sortes, auxquelles Suzanne était attentive. Il s’agit toutefois de trouver la note juste et de nous souvenir que les défis s’articulent à des échelles multiples, de l’individuel au collectif, du lieu de travail ou de la maison à la MRC et bien au-delà, et que nos existences communes nécessitent des engagements également communs. Les territoires sont ces lieux partagés où se dessinent les destins des communautés. Or la couleur et la vitalité d’un territoire sont liées aux projets qu’on y déploie. Pour que ces projets soient le reflet des intérêts collectifs, et non seulement celui des acteurs auxquels l’histoire a l’habitude de donner le plus de poids, faut-il que le groupe se manifeste également. L’alliance de réseaux, allant du communautaire à l’environnement jusqu’au développement économique, assure une force visible et une volonté difficile à ignorer. L’Est-du-Québec l’a démontré avec force, alors que nous fêtons cette année les 50 ans des Opérations Dignité.

Suzanne Tremblay – porte-flambeau de l’intérêt général – dégageait une force vive de lutteuse. En soulignant ses combats, le GRIDEQ appelle à un dynamisme et à une créativité politiques, intersectoriels et solidaires. Comme elle s’est longtemps employée à le faire, il s’agit d’accompagner les territoires afin de ne pas oublier le Bas-du-Fleuve, le Bas-Saint-Laurent ou, débordant de sa frontière, l’Est-du-Québec et les autres régions, regroupant des institutions, des entreprises, des collectifs, des habitantes et des habitants qui tracent leurs devenirs au croisement de réalités multiples. Les chantiers sont nombreux et reposent sur nos épaules à toutes et tous!

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