Plus de la moitié des Bas-Laurentiens ne comprendront pas ce texte

Plus de la moitié des Bas-Laurentiens ne comprendront pas ce texte

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
20 octobre 2021 par 


La Fondation pour l’alphabétisation a récemment publié une étude présentant les degrés de littératie dans toutes les MRC du Québec. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Est-du-Québec ne fait pas bonne figure dans ce palmarès, se classant en-dessous de la moyenne provinciale…

La Fondation a voulu savoir quelle proportion des plus de 15 ans n’atteignait pas le niveau 3 du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), qui « est considéré comme le seuil à atteindre afin d’avoir les outils nécessaires pour bien fonctionner ». Une personne qui atteint ce niveau est en mesure de comprendre des textes longs, comportant plusieurs informations. 

En faisant des liens entre les résultats moyens des Québécois au PEICA selon leur niveau d’étude et les données du recensement de 2016, la Fondation pour l’alphabétisation a pu calculer des pourcentages régionalisés de population ne répondant pas aux exigences du niveau 3. C’est le cas de 53 % des Québécois, un taux qui devrait toutefois descendre à 50,6 % en 2021 d’après les projections faites dans l’étude.

Les Bas-Laurentiens lisent moins bien que l’ensemble des Québécois : ils étaient 56,6 % à ne pas comprendre un texte contenant un minimum de complexité en 2016, et devraient être 54,2 % en 2021. La Gaspésie fait encore pire, avec des taux respectifs de 59,4 % et 57 %.

Le vieillissement et la nature du tissu économique en cause

La démographie vieillissante de nos régions explique une partie de ces résultats, note le rapport. Mais leur structure économique est aussi en cause : en effet, la Fondation pour l’alphabétisation note qu’une une composante agricole importante et une activité économique concentrée dans les ressources naturelles sont d’autres facteurs influant sur les compétences en lecture de la population.

Au Bas-Saint-Laurent, on note d’ailleurs une disparité marquée entre les deux MRC voisines de Rimouski-Neigette (où 51,7 % de la population n’atteignait pas le niveau 3) et du Témiscouata (dont 61,3 % des résidents ne comprennent pas un texte long). Dans le premier cas, la présence d’un pôle universitaire et d’administration publique à Rimouski permet d’atteindre un meilleur score que la moyenne québécoise; dans le second, on a affaire à des milieux ruraux éloignés des établissements d’enseignement et dont la moyenne d’âge est élevée, avec une économie de « région ressource » (acériculture, foresterie).

Deux MRC de Gaspésie se classent encore plus mal que le Témiscouata : il s’agit du Rocher-Percé (62,6 % de la population n’atteint pas le niveau 3) et de la Haute-Gaspésie (62,2 %).

Les solutions passeront par une large mobilisation

Pour remédier à cette situation, la Fondation pour l’alphabétisation suggère notamment de sensibiliser les grands employeurs des MRC les moins performantes. Il s’agit généralement d’entreprises œuvrant dans le domaine manufacturier, dans la transformation ou dans les ressources naturelles, et qui n’exigent pas une longue formation scolaire de leurs salariés. En laissant leurs futurs employés obtenir un diplôme (ce qui n’arrive pas toujours dans un contexte de rareté de main-d’œuvre), ou en déployant des mécanismes de formation continue en milieu de travail, ces employeurs pourraient participer à l’alphabétisation du Québec.

Autre piste de solution : mieux répartir l’enseignement supérieur et les actifs culturels. En effet, une MRC sans établissement d’enseignement supérieur aura moins de diplômés collégiaux et universitaires. Les bibliothèques sont également mal réparties sur le territoire, alors qu’il s’agit de lieux propices à l’organisation d’activités communautaires et pédagogiques.

En entrevue au Devoir, le président de la Fondation pour l’alphabétisation André Huberdeau a ajouté que l’alphabétisation est d’abord un « défi régional », et qu’il espérait une prise de conscience chez les élus locaux et régionaux.

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