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VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Le Comité climat du député Blanchette-Joncas, une idée encore floue

Le Comité climat du député Blanchette-Joncas, une idée encore floue

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
13 octobre 2021 par 


Lors du débat organisé au cégep de Rimouski pendant la campagne électorale fédérale, Maxime Blanchette-Joncas a fait une promesse : en cas de réélection, il mettrait en place un « comité climat » pour attaquer de front la question des changements climatiques dans la région. La forme exacte de ce comité est toutefois loin d’être définie, explique-t-il en entrevue au Mouton Noir.

Puisque les maires et préfets des MRC de Rimouski-Neigette, de Témiscouata et des Basques seront invités à participer à cette nouvelle entité, le député fédéral attend le résultat des élections municipales (qui sont déjà jouées à plus de 50 %) avant d’entrer en contact avec eux à ce sujet. Et cela représente pas mal de  monde : « Mon collègue à l’Assemblée nationale Harold LeBel a déjà crée un Conseil climat, mais il se limite à Rimouski-Neigette, déclare le député fédéral. Ma circonscription inclut également Témiscouata et Les Basques. »

Le futur groupe de travail aura pour objectif de cibler les défis liés aux changements climatiques au niveau régional, et d’identifier des solutions durables qui déboucheront sur un plan d’action. « S’il faut faire remonter ces enjeux à Ottawa, c’est certain que je vais être le porteur, puisque c’est mon rôle en tant qu’élu », assure le trentenaire qui entame sa troisième année en tant que député, et qui aimerait pouvoir faire intervenir des experts au besoin pour approfondir la réflexion.

Citoyens bienvenus

L’environnement a (enfin) commencé à se tailler une petite place dans les programmes des différents partis fédéraux, et les préoccupations des citoyens à ce sujet sont telles qu’il devient nécessaire d’en parler même hors campagne électorale, pense M. Blanchette-Joncas. L’initiative de créer un Comité climat n’émane pas des instances du Bloc mais est personnelle, et il dit avoir déjà consulté quelques organismes actifs dans sa circonscription, comme le Conseil régional de l’environnement ou l’organisme de bassin versant du fleuve Saint-Jean.

Outre les élus – et c’est la différence avec le Conseil climat d’Harold LeBel –, le Comité climat version Blanchette-Joncas inclura certains de ces organismes, qui tentent déjà de sensibiliser les élus et de leur proposer des solutions constructives.

Des simples quidams intéressés par le sujet des changements climatiques seront également présents, promet l’organisateur : « Je crois que les citoyens ont à cœur l’enjeu de l’environnement. Ils veulent se faire entendre et ils le font de différentes façons, on le voit notamment avec Rimouski en transition. J’aimerais collaborer avec eux. »

Le projet est donc embryonnaire et tout reste à déterminer, de sa structure jusqu’au nom des participants : même leur nombre n’est pas encore déterminé. Si l’échelle de la circonscription fédérale (environ 85 000 habitants) est intéressante pour parler de lutte aux changements climatiques, plusieurs défis se présentent pour faire fonctionner ce nouveau comité.

De nombreux défis rien que pour la mise en place du comité…

Tout d’abord, comment choisir les citoyens : par tirage au sort ou sur candidature? Une fois cela fait, se pose la question de la durée de leur engagement : en effet, il est difficile pour la plupart des gens de faire perdurer une participation bénévole, dans la mesure où ils doivent composer avec leurs obligations familiales et professionnelles. Faudra-t-il songer à les rémunérer? À titre d’exemple, lors de la Convention citoyenne sur le climat organisée par Emmanuel Macron en France, chaque participant recevait minimalement 130 $ par journée de participation.

Maxime Blanchette-Joncas est ouvert à parler de rémunération, mais cela amène immédiatement la question du financement du Comité climat. « Si c’est des fonds publics, cela va demander beaucoup de rigueur, prévient-il. Comment fait-on la rémunération? Sur quoi est-elle basée? Comment se fait le processus de sélection? Il faut éviter toute apparence de conflit d’intérêt. » Contrairement aux élus provinciaux, les députés fédéraux n’ont pas de budget discrétionnaire qu’ils peuvent dépenser comme bon leur semble.

Enfin, il faudra asseoir la légitimité de ce nouvel outil dans une région où les comités et les « tables » en tout genre se sont multipliées ces derniers temps, sans que la population ne soit toujours au courant de ce qu’ils font réellement. Le député bloquiste le martèle, il ne veut pas de doublon avec des choses qui existent déjà, mais c’est sans doute plus facile à dire qu’à faire. Par exemple, quand la FabRégion dit qu’elle veut que le Bas-Saint-Laurent soit à 50 % autonome dans les domaines agricole, énergétique et manufacturier, n’est-elle pas déjà en train de travailler d’une certaine manière sur un plan de lutte aux changements climatiques?

À terme, un risque guette certains des comités qui ont ainsi été créés par le passé : celui de la marginalisation. À preuve, deux ans après sa création, le Conseil climat d’Harold LeBel vivote déjà : il ne s’est pas réuni depuis plus d’un an. Lors de la dernière marche pour le climat, son initiateur a déclaré vouloir le relancer, mais la lutte aux changements climatiques ne peut se satisfaire d’interventions saccadées de la sorte : elle a besoin de réelles structures pérennes et efficaces. À Maxime Blanchette-Joncas de montrer qu’il est capable d’en créer une qui survive à son mandat de député…

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