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VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Hausse des tarifs de la SÉMER : et les clients privés?

Hausse des tarifs de la SÉMER : et les clients privés?

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
7 octobre 2021 par 

Simon Périard PHOTO: CHAU


La SÉMER, qui collecte le bac brun de la moitié des Bas-Laurentiens et tente sans succès d’en extraire du gaz naturel depuis plusieurs années, a annoncé une hausse de ses tarifs cette semaine : à partir de 2022, chaque personne vivant dans une municipalité qui envoie ses matières putrescibles à l’usine de biométhanisation de Cacouna paiera 15 $, contre 12 $ auparavant.

Hier, dans un article d’Infodimanche, le président de la SÉMER Michel Lagacé invoquait une raison : il s’agirait d’absorber une hausse de la police d’assurance du bâtiment. Fixée à 90 000 $ depuis plusieurs années, celle-ci pourrait atteindre 300 000 à 450 000 $ dans le futur. Faire payer à chaque citoyen 3 $ de plus permettrait de collecter 300 000 $ supplémentaires, ce qui pourrait suffire si la négociation avec la compagnie d’assurances tourne favorablement.

Dans ce calcul, on passe toutefois un paramètre sous silence, note l’ex-maire de Saint-Paul-de-la-Croix Simon Périard, qui scrute depuis de longues années tout ce qui se passe autour de la SÉMER : la société d’économie mixte n’a pas que des clients publics (les municipalités). Plusieurs entreprises lui envoient en effet leur matière organique. « Financez-vous les clients privés de la SÉMER? » demande donc l’ancien maire aux lecteurs de sa page Facebook.

En juin, M. Périard a fait une demande d’accès à l’information à la SÉMER pour savoir quels tonnages de matière résiduelle venaient respectivement du public et du privé. Résultat, en 2020, les citoyens ont envoyé 3750 tonnes et les entreprises (dont les noms ont été caviardés) 11 960 tonnes, soit 3,2 fois plus.

Silence du président

Le Mouton Noir a écrit au président de la SÉMER pour lui demander si les clients privés verraient également leur contribution augmenter, et si oui à quel niveau. Vingt-quatre heures plus tard, aucune réponse de Michel Lagacé.

Rien de surprenant : par le passé, celui qui est aussi préfet de la MRC de Rivière-du-Loup n’a jamais voulu dire combien payaient les clients privés. Depuis des années, la SÉMER refuse également de rendre publics ses états financiers, arguant que de tels renseignements pourraient profiter à d’éventuels compétiteurs. La Commission d’accès à l’information lui a donné raison début 2020.

Par ailleurs, la SÉMER a fait savoir dans une lettre aux municipalités clientes que ses coûts annuels d’opération étaient estimés à 2 millions $. Si 100 000 citoyens paient 15 $ par année chacun, cela signifie qu’ils couvrent à eux seuls les trois quarts des coûts d’opération, laissant à peine un quart de la facture aux clients privés.

Michel Lagacé a déjà relativisé les hausses successives de tarifs de la SÉMER en disant que d’autres usines de biométhanisation facturent 20 $ chaque citoyen. Simon Périard pense que son objectif à moyen terme est d’atteindre cette tarification, ce qui signifierait que les citoyens paieraient 100 % des coûts d’opération.

Il faut toutefois rappeler que la SÉMER a accumulé d’énormes déficits, qui pourraient totaliser plus de 8 millions $, et qu’il faudra bien rembourser. Les clients privés paient-ils assez pour que ce trou puisse être comblé? Bien que la SÉMER soit détenue à 80 % par des entités publiques (la Ville et la MRC de Rivière-du-Loup), seul son conseil d’administration le sait…

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