Élections municipales : à Sainte-Luce, la transparence au cœur des débats

Élections municipales : à Sainte-Luce, la transparence au cœur des débats

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
21 octobre 2021 par 


C’est une rareté au Bas-Saint-Laurent : à Sainte-Luce, tous les postes du conseil municipal feront l’objet d’une élection le 7 novembre prochain. Dans cette municipalité, les deux candidats à la mairie défendent des visions radicalement opposées sur les questions de transparence et de participation citoyenne.

Suite à la démission de Maïté Blanchette Vézina en avril, le conseiller municipal Roch Vézina est devenu maire et entend le rester après les élections. Parmi les autres conseillers, deux ont déjà démissionné pour cause de déménagement, et deux ne poursuivront pas l’aventure. Quant à la dernière élue, Micheline Barriault, elle se présente elle aussi à la mairie, et est à la tête d’une équipe pour conquérir un maximum de sièges.

Pendant la pandémie, la municipalité de Sainte-Luce avait été novatrice en diffusant ses séances du conseil en direct sur le web, ce qui permettait aux citoyens de se connecter et de poser directement leurs questions. « Il y avait beaucoup plus de personnes qui participaient, et beaucoup de citoyens nous disaient qu’ils réécoutaient la séance le lendemain sur la page Facebook de la municipalité », assure Micheline Barriault qui regrette que depuis le retour au « présentiel », cette manière de faire a été supprimée, bien que les mesures sanitaires limitent à 25 le nombre de spectateurs dans la salle du conseil.

Roch Vézina invoque les coûts engendrés par la diffusion pour justifier la décision de ne pas la poursuivre : « J’ai entrepris des démarches pour faire la télédiffusion. Les gens pensent que c’est gratuit, mais ça ne l’est pas : pour visionner TV Mitis, il faut être abonné à Cogeco. De plus, on devrait s’équiper de caméras, et avoir un employé sur place… »

La politique municipale intéresse-t-elle les citoyens?

Le maire sortant pense que le jeu n’en vaut pas la chandelle : au maximum, il a vu une trentaine de personnes se connecter sur Zoom, incluant les élus. « À nos séances du conseil, il vient sept ou huit personnes, déclare-t-il. La chose municipale intéresse peu la population. Le seul moment où ils sont intéressés, c’est quand ils ont une hausse de taxes. »

Micheline Barriault s’inscrit en faux : selon elle, « les citoyens nous demandent souvent ce qu’il se passe avec tel ou tel projet ». Elle regrette que dans les derniers mois, la population ait été très peu impliquée dans les décisions du conseil : « Je me suis prononcée contre deux gros projets qui ont été votés, pas parce que j’étais contre sur le fond, mais parce qu’il n’y avait eu aucune information des citoyens. » Il s’agit de la recharge de la plage et du réaménagement de la promenade de l’Anse-aux-Coques, site emblématique de Sainte-Luce-sur-Mer. Elle s’engage à faire les consultations qui n’ont pas eu lieu si elle est élue.

Roch Vézina balaie ces critiques du revers de la main : d’après lui, une consultation pour la recharge de plage a déjà eu lieu en 2014. « C’est une réparation. Si à chaque fois que la municipalité doit faire une réparation, elle demande l’autorisation de la population, plus rien ne va avancer », affirme-t-il, comparant la gestion d’une municipalité avec celle d’une propriété privée. « Je refuse de faire de la politique, je fais de la gestion! Consultez n’importe quelle population, dès qu’il y a une petite dépense ils vont dire non. On est élus pour prendre des décisions, il faut les prendre! »

Des séances du conseil « pas très dynamiques »

Concernant la future promenade, M. Vézina veut qu’elle soit aménagée en une dizaine de tronçons successifs, et dit qu’il faut informer plutôt que consulter. Il rappelle que son adversaire était d’accord avec le projet en question, ce qui est vrai : Mme Barriault a même travaillé dessus et parle de « beau projet », mais elle pense que l’étape de consultation est nécessaire car les élus « n’ont pas la science infuse ».

L’aspirante mairesse entend aussi changer l’organisation des séances du conseil, jugeant que le processus actuel (lecture des points, puis proposition et adoption) n’est « pas très dynamique » et déplait à la population, qui pense que tout est décidé d’avance. Micheline Barriault voudrait donc davantage de débats en public (sans pour autant supprimer les séances de travail à huis clos), mais aussi que la population puisse poser des questions après la proposition d’un point. Ainsi, les élus voteraient de manière plus éclairée, ou seraient incités à reporter le point afin d’en parler davantage.

De son côté, Roch Vézina ne présente pas d’équipe mais recommande à la population de voter pour les six candidats qui se présentent contre ceux de l’équipe Barriault. Parce que ce sont des « bonnes têtes », mais aussi parce qu’ils ont l’avantage aux yeux du maire sortant d’être des candidats indépendants.

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