France Gagnon (Parti conservateur) : « Y aller un pas à la fois »

France Gagnon (Parti conservateur) : « Y aller un pas à la fois »

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
9 septembre 2021 par 


Pendant la campagne électorale fédérale, Le Mouton Noir interrogera un représentant de chaque parti sur le thème de l’urgence climatique. Quatrième partie : le Parti conservateur, qui a fait des efforts en consacrant dix pages de son programme à la lutte aux changements climatiques… mais qui est toujours noyauté par des climato-sceptiques, et qui refuse obstinément de s’attaquer au secteur des sables bitumineux. Sa seule proposition pour en limiter les émissions : construire de petits réacteurs nucléaires pour créer l’électricité nécessaire à l’exploitation du pétrole!

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Coordonnatrice de la Table de concertation des aînés du Bas-Saint-Laurent, France Gagnon fut autrefois conseillère politique de Lucien Bouchard. Mais cette année, elle est la candidate du Parti conservateur dans la circonscription Rimouski-Neigette–Témiscouata–Les Basques.

Les membres du Parti conservateur ont fait parler d’eux en refusant à 54 % de reconnaître la réalité des changements climatiques. Votre chef Erin O’Toole dit, à l’inverse que les changements climatiques existent. Vous vous situez où?

De prime abord, je dois préciser que je suis loin d’être une spécialiste de l’environnement. Par contre, je suis une personne qui voit bien que sa planète a besoin d’aide… On voit que le réchauffement fait des dégâts un peu partout, dont ici au Québec. Je ne suis pas sûre qu’on parvienne à renverser la vapeur, mais il y a comme une urgence d’agir pour essayer, à tout le moins, de ralentir les dégâts qu’on fait.

Pour moi, la plateforme environnementale du Parti conservateur est réaliste et responsable : on prend le taureau par les cornes, même si on ne touche peut-être que les pointes, mais on le fait de façon responsable. Je ne suis pas sûre que si demain matin on voulait tout changer d’un coup, ça marcherait… Parce que monsieur ou madame Tout-le-Monde préfère faire un petit pas à la fois.

Je vais prendre l’exemple de la récupération : commencer à trier le papier et les déchets, ça a été une grande adaptation. Après, on a dit aux gens de mettre les pelures de légumes dans un autre bac. Tout ça s’est fait lentement, parce que c’est difficile d’amener des gens à faire de grands changements du jour au lendemain. Pour moi, c’est important d’y aller un pas à la fois, mais que ça fonctionne et que ce soit durable dans le temps.

Ce n’est pas évident pour monsieur et madame Tout-le-Monde, mais les gouvernements ont des leviers que les citoyens n’ont pas. Est-ce que l’expression « urgence climatique » vous parle, et pourrait s’incarner dans des mesures rapides si vous entrez au gouvernement? Ou vous pensez que c’est exagéré?

Je ne pense pas que c’est exagéré. Là où je m’interroge, c’est à savoir si c’est réaliste. Si demain matin on enlève tous les véhicules à essence sur la route, il y a plein de monde qui n’a pas les moyens de passer à l’électrique tout de suite… Et ici à Rimouski, c’est compliqué parce qu’il n’y a pas de bornes partout : j’aurais pu m’acheter un véhicule entièrement électrique, mais quand je vais voir mes enfants dans les Laurentides, il faut que je fasse des arrêts pour recharger ma voiture. Je suis tentée de passer d’abord à l’hybride. Puis, quand toutes les installations seront faites pour que ce soit facile de se promener avec un véhicule entièrement électrique, oui, n’importe quand!

C’est difficile de faire ces changements rapidement. Maintenant, est-ce qu’on peut se donner un échéancier plus serré? Je pense que oui. Quand on dit 2030, c’est dans neuf ans, ce n’est pas si loin… Je suis une grand-mère, de cinq petits-enfants de 12 à 19 ans. Eux voient beaucoup plus cette urgence que les gens de mon époque, parce qu’ils sont pris dedans et savent ce qu’ils vont vivre avec ça. Donc eux, les amener à faire des changements immédiatement, c’est beaucoup plus simple que demander ça à des gens de 70 ou 80 ans.

Les conservateurs veulent respecter la cible des accords de Paris, c’est-à-dire réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 % d’ici 2030. Les autres partis veulent faire plus, 40 ou 50 %. Vous pensez qu’on ne peut pas être plus ambitieux?

Je reviens toujours à mon premier mot : je ne suis pas sûre que ce soit réaliste. C’est ce dont j’ai peur. Si on prend le temps de jaser avec les gens, qu’on leur demande ce que c’est pour eux l’urgence climatique et ce qu’ils sont prêts à faire dans leur cour, c’est là que le discours change… Quand on touche le côté financier et les habitudes de vie des gens, c’est une autre affaire. J’aime mieux avoir une cible un peu moins grande, mais faire en sorte de l’atteindre.

Prenons la taxe carbone : M. O’Toole reconnait qu’elle est nécessaire, mais il veut la limiter à 50 $ la tonne à peine. L’idée d’une taxe carbone, c’est que si la pollution coûte plus cher, les gens vont choisir un véhicule qui consomme moins, tout en continuant à pouvoir se  déplacer. Alors, pourquoi un tarif si bas?

Parce que pour nous, c’est une autre manière de taxer l’individu. On trouve que l’individu est suffisamment taxé. Ça va jusqu’aux investissements : à partir du moment où tu taxes trop, les investisseurs vont dire : « Le Canada, on repassera… »

On peut baisser d’autres taxes ailleurs…

On pourrait.

Vous voulez transformer la taxe carbone en un compte d’épargne. Quand on fera le plein d’essence, de l’argent ira dans ce compte et nous permettra d’acheter un abonnement d’autobus, un vélo, voire une voiture électrique. Vous n’êtes pas en train de créer une bureaucratie supplémentaire et plein de problèmes techniques potentiels?

Je ne penserais pas. On est capable de créer des passeports vaccinaux en deux mois, de créer des vaccins très rapidement. À partir du moment où on veut mettre quelque chose en place, on prend les moyens pour y arriver. C’est la beauté du Parti conservateur : proposer des choses réalisables, qui apporteront du changement rapidement... plutôt que d’avoir de grandes cibles, retaper sur un clou constamment et que ça n’avance pas.

Votre chef veut mener à bien le projet d’oléoduc Trans Mountain, et possiblement relancer le projet Northern Gateway dans le nord de la Colombie-Britannique.  Donc il ne faut pas s’attendre à ce qu’on extraie moins de pétrole au Canada sous un gouvernement conservateur?

Extraire moins, non. Extraire plus, non plus. Ce qu’on dit, c’est que malgré l’urgence climatique, malgré toute la bonne volonté des partis, il y a des grands changements qui seront plus longs à faire. L’électrique, ce n’est pas pour demain matin dans plein de secteurs. L’essence, on va en avoir besoin encore pour un certain temps. Est-ce que c’est 10 ans, 20 ans? Je ne suis pas une spécialiste de l’environnement, je ne serais pas capable de vous le dire.

Mais M. O’Toole a abandonné le projet de venir passer au Québec [l’oléoduc Énergie Est], c’est une bonne nouvelle. Je viens de partis nationalistes, le Québec c’est quelque chose qui me tient à cœur. Donc je vais protéger mon Québec.

Donc vous seriez contre Énergie Est, mais pas contre Northern Gateway?

C’est-à-dire qu’on n’a pas la même réalité dans l’Est que dans l’Ouest…

Northern Gateway traverse des territoires sauvages. Il a été abandonné il y a quelques années suite à une contestation de groupes environnementalistes et autochtones.

Peut-être. Je ne pourrais pas vous répondre là-dessus. Mais ce que je sais, c’est que les pipelines de l’Ouest, pour eux c’est rentable, c’est une partie importante de leur économie. Et on en a besoin actuellement. Je n’aimerais pas que notre pétrole vienne des États-Unis, par exemple. J’aime autant le prendre chez nous.

Dans son programme, le Parti conservateur dit vouloir capter le CO2 dans l’air. Mais la technologie pour faire cela n’existe pas encore… Vous insistez sur le côté réaliste de votre programme, mais vous faites des promesses dont on ne sait pas si elles vont aboutir. Ce n’est pas un peu étrange?

On va créer un crédit d’impôt pour accélérer le déploiement de la technologie. On n’est pas rendus à le ramasser. Ce qu’on dit, c’est : peut-on investir des sous là-dessus pour arriver à faire ça?

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