Élections fédérales : à Rimouski, une candidate pour la décroissance

Élections fédérales : à Rimouski, une candidate pour la décroissance

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
1 septembre 2021 par 


Les citoyens de la circonscription Rimouski-Neigette–Témiscouata–Les Basques ont une nouvelle option qui sort de l’ordinaire pour les élections fédérales du 20 septembre : Noémi Bureau-Civil se lance comme candidate indépendante et fera campagne pour la décroissance, ce mouvement qui critique le dogme de la croissance économique et prône une réduction de la consommation.

Membre du groupe citoyen Prospérité sans pétrole, Noémi Bureau-Civil vit depuis deux ans à Saint-Valérien. Il s’agit d’un retour pour elle dans la région, alors qu’elle a grandi dans le quartier Sacré-Cœur à Rimouski.

Elle explique qu’après 25 ans d’absence, elle a observé bien des changements négatifs dans la région : « L’étalement urbain a mangé les sentiers sauvages et les mares à grenouilles où je jouais. Le souffle du fleuve échoue à me rafraîchir par des chaleurs accablantes rendues normales. Les personnes vulnérables, encore plus dans les villages excentrées, sont plus esseulées que jamais. » À plus large échelle, elle se désole de l’explosion des inégalités et ne voit pas un monde meilleur poindre à l’horizon.

Pour elle, une même cause est derrière tout cela : la recherche infinie de croissance économique, éternelle obsession de nos gouvernements. Il faut rompre avec ce modèle, pense Noémi Bureau-Civil, pour qui le projet décroissanciste peut être résumé par le sous-titre du livre Guérir du mal de l’infini d’Yves-Marie Abraham : « Produire moins, partager plus, décider ensemble ». Elle fait d’ailleurs partie du groupe de recherche sur la décroissance Polémos en compagnie de ce professeur de HEC Montréal.

Sageterre, un exemple de décroissance au Bas-Saint-Laurent

La candidate indépendante a lancé sa campagne depuis la ferme Sageterre du Bic, sur laquelle s’opère déjà une forme de décroissance : les propriétaires des lieux en ont fait une fiducie d’utilité sociale agricole (FUSA), c’est-à-dire que cette terre ne pourra plus être utilisée que pour un usage agricole écologique. « Sageterre est non partisan au niveau politique, mais ça ne veut pas dire apolitique », déclare le copropriétaire des lieux, Jean Bédard, heureux d’accueillir Noémi Bureau-Civil avec qui il partage plusieurs valeurs. « La décroissance de ce qui tue et la croissance de ce qui donne vie, c’est notre monde à nous. »

Pourquoi se lancer au fédéral? Parce que l’urgence de la situation impose de parler de décroissance à tous les niveaux, explique la candidate. L’importance de sauter dans l’arène politique et de nager à contre-courant s’est imposée à elle récemment, déclare-t-elle également : « Je suis atterrée par les élections qui ont lieu en ce moment, dans un contexte pandémique, pendant une rentrée scolaire désorganisée, alors que les travailleurs de la santé sont épuisés et qu’on a découvert des sépultures d’enfants autochtones. C’est totalement inadéquat de la part du gouvernement, mais je ne pouvais pas rester passive par rapport à ça. »

Loin des machines des grands partis, Noémi Bureau-Civil partira à la rencontre des électeurs de Rimouski-Neigette–Témiscouata–Les Basques sur sa moto électrique usagée lors de ces trois dernières semaines de campagne. Avec sur son porte-bagages un véritable projet de société, ce qui détonnera à coup sûr lors des débats toujours très techniques de la campagne fédérale.

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