Un producteur de vin dénonce une « discrimination » de Québec

Un producteur de vin dénonce une « discrimination » de Québec

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
2 août 2021 par 

Le propriétaire du Vignoble Carpinteri de Saint-Ulric, Tony Carpinteri, est fâché contre la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ), qu’il accuse de nuire aux producteurs artisanaux d’alcool.

M. Carpinteri ne fait pas affaire avec la Société des alcools du Québec (SAQ) et vend lui-même son vin. Mais en vertu de la loi, il n’a pas le droit de faire livrer ses bouteilles par un intermédiaire, qu’il s’agisse de Postes Canada ou d’une entreprise comme FedEx ou Purolator. « Si quelqu’un me commande une caisse de vin à Montréal, il faut que j’aille la porter avec ma voiture. C’est une aberration », tonne-t-il.

Pour ce Sicilien installé depuis plus de 40 ans au Bas-Saint-Laurent, il s’agit là d’une forme de discrimination, qui désavantage ceux qui vivent loin des gros marchés que sont les centres urbains. « Le gars qui a un vignoble près de Montréal peut peut-être faire ça [livrer son vin lui-même] : il a quatre millions d’habitants à la sortie de son vignoble. Nous on est dans le Bas-du-Fleuve, il faut faire 600 km pour livrer la même affaire! »

« La Loi sur la Société des alcools du Québec qui encadre les permis de fabrication de boissons alcooliques, ainsi que la Directive sur les marchés publics, ne font pas de distinction en fonction de l’endroit où un permis de production artisanale est exploité », répond la porte-parole de la RACJ Joyce Tremblay lorsqu’on la questionne sur une éventuelle iniquité causée par la loi.

Pourrait-on voir prochainement voir cette règle changer, afin de donner un coup de pouce aux producteurs locaux, dans la continuité des efforts faits par la CAQ depuis le début de la pandémie pour encourager l’achat local? Joyce Tremblay ne se mouille pas : « Cette question relève d’orientations gouvernementales et implique d’autres acteurs du gouvernement. »

Interdit de livrer des spiritueux

En plus du vin, le Vignoble Carpinteri produit quelques spiritueux comme du limoncello ou du brandy. Sur sa boutique en ligne, l’entreprise affiche ces produits mais ajoute à côté un rond rouge dans lequel est écrit : « Produit québécois interdit d’être vendu au Québec ». En-dessous, une précision : « La Loi sur la Société des alcools du Québec nous interdit de vendre nos spiritueux artisanaux québécois sur notre boutique en ligne. Vente à la propriété seulement. »

Joyce Tremblay modère cette affirmation : « La vente sur internet n’est pas interdite, toutefois le client doit aller chercher lui-même les spiritueux qu’il achète à l’établissement du titulaire de permis de production artisanale de spiritueux ». Au final, que l’on puisse ou non faire la transaction sur le site web, le résultat est le même : il est impossible pour le producteur de livrer son spiritueux.

Tony Carpinteri n’est pas le premier producteur d’alcool à hausser la voix : la semaine dernière, l’Union québécoise des microdistilleries (UQMD) est sortie publiquement pour dénoncer le fait qu’elles doivent payer une taxe à la Société des alcools du Québec, nommée majoration de la SAQ, même quand elles font de la vente directe à la distillerie (et n’ont donc aucunement recours aux services de la SAQ).

Le président de l’UQMD Jonathan Roy, copropriétaire de la distillerie Fils du Roy à Saint-Arsène, se dit « étouffé » par la SAQ dans la mesure où pour chaque bouteille vendue, ses confrères distillateurs et lui doivent remettre remettre 52 % du prix à la société d’État.

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