Terfa, futur poids lourd touristique du Bas-Saint-Laurent

Terfa, futur poids lourd touristique du Bas-Saint-Laurent

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
18 août 2021 par 


Issu de la fusion de la Réserve faunique Duchénier et du Canyon des Portes de l’Enfer, Terfa entend devenir un acteur majeur du tourisme de plein-air au Bas-Saint-Laurent et amener beaucoup de visiteurs dans le haut pays. Une sacrée évolution pour un organisme qui puise ses racines dans les Opérations Dignité.

Ces temps-ci, la forêt est en chantier du côté de Saint-Narcisse-de-Rimouski : on coupe des arbres, on aménage des routes et des plateformes, on amène l’électricité. D’ici la fin de l’année 2022, c’est plus de 15 millions $ qui vont être dépensés sur moins de 300 km2, pour transformer ce coin de pays en un sérieux rival des parcs de la SÉPAQ. « L’ouverture de la saison 2023 devrait être spectaculaire », prédit le directeur général de Terfa, Maxime Gendron.

Terfa, c’est l’acronyme de « Territoire d'expériences récréatives des forêts anciennes », un organisme sans but lucratif né fin 2019 du regroupement du Canyon des Portes de l’Enfer et de la Réserve faunique Duchénier. Si le premier site, qui reçoit 30 000 visiteurs par année, est bien connu, le deuxième est quant à lui prisé des chasseurs et pêcheurs.

Créée à la suite des Opérations Dignité dans un souci de développement régional, la Réserve faunique Duchénier représente un cas à part au Québec : plus grande concentration de lacs au sud du Saint-Laurent, elle n’a jamais été membre du réseau SÉPAQ. C’est ce qui permet aujourd’hui à Terfa de développer une offre touristique complètement indépendante, avec une « couleur locale » selon Maxime Gendron.

Faire une randonnée, aller au musée, dormir au chalet

Et les moyens pour y arriver sont là : grâce à une subvention de 10 millions $ provenant du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, de nombreux nouveaux attraits vont voir le jour dans la réserve dans le but d’attirer une clientèle familiale.

Ainsi, le village historique Scott, un ensemble de chalets de bois rond, sera rénové et converti en centre d’interprétation. Il s’agit d’un ancien site de pêche vieux d’un siècle, autrefois prisé de la bourgeoisie de Boston. « C’est particulier, parce qu’il y a 100 ans, Boston c’était l’autre bout de la terre! s’étonne M. Gendron. Ils venaient en train ou en hydravion, puis sur des chevaux en forêt… »

De plus, environ un tiers de la réserve faunique va être convertie en aire protégée, ce qui signifie que plus aucune activité industrielle (exploration pétrolière et gazière, mine, exploitation forestière) ne pourra s’y exercer. Cela va remédier au fait que l’an dernier, le gouvernement du Québec n’avait pas inscrit la réserve Duchénier dans sa liste de nouvelles aires protégées, malgré l’existence d’une forte volonté régionale en ce sens.

De nouveaux sentiers de randonnée seront aménagés, ce qui permettra notamment de confirmer sur le terrain la connexion jusque là administrative avec le Canyon, explique Maxime Gendron. « Le Canyon des Portes de l’Enfer a la plus haute passerelle suspendue au Québec, mais c’est un cul-de-sac : au bout, il y a une pancarte "Réserve faunique", alors tu revires de bord. Grâce à la fusion, on va aménager un sentier, et il va être possible de faire une boucle. »

Si on ajoute les parcours canotables sur les nombreux lacs, il y en aura pour tous les goûts. La fréquentation devrait augmenter considérablement l’été, période qui était là jusque là plus tranquille puisque peu propice à la pêche et fermée à la chasse. Mais les usagers traditionnels ne seront pas oubliés : plusieurs lacs ont été réensemencés avec de l’omble de fontaine, au grand plaisir des pêcheurs. Les espèces invasives qui compétitionnaient avec cette truite, comme le meunier noir ou la perchaude, ont été éradiquées.

Pour la nuit, 21 nouveaux chalets en bois « ultraconfortables » de différentes tailles seront construits et éparpillés sur le territoire long d’une vingtaine de kilomètres, entre Saint-Narcisse et Saint-Guy.

Budget pas totalement bouclé

 

Un poste d’accueil flambant neuf va aussi voir le jour, mais étant donné la hausse des coûts de construction, une nouvelle demande de subvention de l’ordre de 3 millions $ a été faite au ministère du Tourisme pour mener à bien ce projet. Non loin de là, un camping pouvant accueillir 49 véhicules récréatifs sera aménagé, en plus de l’érection de yourtes et de plateformes pour poser des tentes… Cela signifie qu’au total, Terfa pourra héberger environ 300 personnes chaque nuit.

Du côté du Canyon des Portes de l’Enfer, une autre subvention de 3,8 millions $ va permettre de construire une nacelle pour admirer la chute du Grand-Sault, à côté de laquelle prendra place un restaurant. Une deuxième phase du sentier interactif traversant la forêt d’Oniria sera également réalisée.

Une fois ces travaux terminés, Terfa sera donc un attrait majeur du Bas-Saint-Laurent, accessible pendant les quatre saisons. De l’avis de Maxime Gendron, son rayonnement sera un atout pour la route touristique des Monts Notre-Dame et les villages qui la jouxtent : « Le tour de la Gaspésie est bien connu, mais dans quelques années les touristes feront le tour du Bas-Saint-Laurent en passant par le haut pays », s’avance-t-il. Un projet assurément intéressant, qui devra toutefois faire attention à garder des tarifs abordables pour l’ensemble des résidents de la région et à ne pas tomber dans le glamping.

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