Les acteurs méconnus du logement communautaire

Les acteurs méconnus du logement communautaire

1 août 2021 par 


Dans les années 1950 et 1960, le Québec est en pleine expansion. Le taux de naissance bondit, et les familles à revenus faible et moyen s’entassent dans des logements trop petits. Dans les grands centres, on démolit des immeubles à logements, souvent dans des quartiers pauvres, pour construire des autoroutes ou des stationnements, obligeant les citoyens à se relocaliser dans un autre quartier. C’est ainsi que, dans les années 1970, naissent les premiers mouvements de mobilisation citoyenne pour le droit au logement, qui demandent des logements abordables dans leur milieu de vie. Les offices municipaux d’habitation (OMH) voient le jour au début de cette décennie. Mais la demande est grande et certains groupes de la population ont des besoins particuliers : les groupes de ressources techniques (GRT) sont alors créés pour aider les communautés à réaliser des projets de coopératives d’habitation et d’OBNL d’habitation.

En 2018, soit quarante ans après leur création, les GRT de toute la province ont réussi à mettre en place 80 000 logements qui abritent 145 000 personnes. Comme la demande n’a jamais diminué, au contraire elle croît chaque année, c’est bien peu. Il faut se rappeler qu’à la fin de la récession, en 1991, le gouvernement fédéral a cessé d’intervenir financièrement dans le développement de l’habitation communautaire. Le Parti québécois a donc lancé le programme Accès Logis Québec, sous la direction de la Société d’habitation du Québec (SHQ) pour soutenir financièrement les OMH et les GRT, et même si la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) est de retour dans le soutien financier, les deux entités doivent se partager les mêmes enveloppes. Les groupes de citoyens et les organismes communautaires qui œuvrent avec les GRT doivent donc aller vers d’autres bailleurs de fonds pour boucler le montage financier de leurs projets d’habitation communautaire. Ajouter à cela que pour mener un projet à terme, il faut trouver un terrain, faire les appels d’offres, recevoir les soumissions, s’assurer que le projet répond aux normes d’urbanisme de la municipalité… Ça demande du temps. Un an, deux ans, le temps que les coûts de construction augmentent, que les taux hypothécaires explosent, et le montage financier ne tient plus, le projet se retrouve sur la glace et il faut retourner chercher des fonds. Parfois, une dizaine d'années peuvent s'écouler avant de voir un bâtiment prêt à recevoir sa première cohorte de membres locataires.

Malgré toutes ces difficultés, les GRT réussissent à créer des habitations communautaires qui répondent aux besoins de la population. Au Bas-Saint-Laurent, le GRT Les Habitations populaires de l’Est a vu la réalisation de plusieurs OBNL d’habitation pour la clientèle aînée, de Sainte-Flavie à Saint-Ulric en passant par Saint-Léon-le-Grand, où les Résidences léonaises partagent un système de chauffage à la biomasse avec l’église. Ces initiatives permettent aux citoyens de vivre dans un environnement sécuritaire, dans leur milieu de vie, près de leur famille et de leurs amis. À Trois-Pistoles, l’organisme l’Éveil accueillait en juin 2020, après six ans d’efforts, des personnes avec des traumatismes crâniens ou des limitations physiques dans la maison Martin Matte.

Malgré toutes ces belles initiatives, beaucoup de jeunes familles, parfois monoparentales, de travailleurs à revenu faible ou moyen, doivent encore consacrer plus de 40 %, 50 %, parfois 80 % de leur budget pour pouvoir se loger. Il y a encore des gens avec des besoins particuliers qui souhaitent vivre dans un logement adapté, dans un bâtiment où ils auraient accès à de l’accompagnement. Et les listes d’attente des habitations pour aînés atteignent souvent une centaine de noms.

En attendant que nos gouvernements acceptent de prononcer les termes « crise du logement » sans « il n’y a pas de », je vous invite à regarder Les bâtisseurs : 40 ans d’habitation communautaire au Québec. Produit en 2018 par Babel Films, le documentaire explique comment les GRT de partout dans la province arrivent, avec peu de moyens, à créer des logements qui répondent aux besoins des communautés.

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