La tournée pour sauver les églises porte fruit

La tournée pour sauver les églises porte fruit

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
27 août 2021 par 

Église Saint-Gabriel-de-Rimouski


Neuf nouvelles églises du Bas-Saint-Laurent pourraient être converties prochainement afin de répondre à des besoins d’organismes communautaires locaux, ou d’avoir des usages culturels et touristiques. C’est ce qui ressort pour l’instant de la tournée des municipalités organisée par la Coalition Urgence rurale et le Centre de mise en valeur des Opérations Dignité, dont Le Mouton Noir parlait le mois dernier.

Les municipalités concernées sont Saint-Jean-de-la-Lande, Auclair, Lejeune, Biencourt, Trinité-des-Monts, Saint-Narcisse-de-Rimouski, Saint-Marcellin, Saint-Gabriel-de-Rimouski et Saint-Donat.

« Sans nécessairement orienter les projets, on suggérait fortement aux personnes présentes aux assemblées de garder la nef de l’église, pour permettre aux communautés rurales d’avoir un tant soit peu d’activités culturelles comme des spectacles musicaux », explique Martin Gagnon, le coordonnateur du Centre de mise en valeur des Opérations Dignité qui a animé pas moins de 22 assemblées dans les dernières semaines. « Cela évite de massacrer l’église en faisant des divisions ou un nouvel étage, et cela passe mieux auprès du Conseil du patrimoine religieux. »

En effet, tous les projets seront étudiés par le Conseil du patrimoine religieux. Il se peut que certains d’entre eux soient retoqués si l’étude de faisabilité s’avère négative.

Cafés, musées, chambres à louer

Mais si tout se passe bien, des bâtiments vont carrément échapper à la démolition. C’est notamment le cas à Saint-Jean-de-la-Lande, où l’église a été vendue à des particuliers en même temps que des lots boisés il y a quelques années. Les propriétaires n’ont pas les moyens de s’occuper de l’édifice, mais celui-ci devrait être sauvé : en plus d’une salle pour des spectacles, un café et un dépanneur seront aménagés dans la partie arrière.

« Ça va répondre à un paquet de besoins de la municipalité, parce que la population y est quand même importante, avec les deux lacs surpeuplés autour », se réjouit Martin Gagnon. Il n’existe plus de commerce de proximité à Saint-Jean-de-la-Lande depuis la fermeture de l’épicerie l’an dernier.

D’autres cafés vont voir le jour dans des églises, comme à Saint-Narcisse-de-Rimouski où le manque de commerces de ce type a été clairement identifié par la population. Idem à Trinité-des-Monts, où on pourra également visiter un centre d’interprétation de la foresterie collective. Ce village situé sur la route 232 a en effet été l’un des premiers où un groupement forestier a été créé.

Dans cinq églises (Saint-Donat, Saint-Marcellin, Trinité-des-Monts, Auclair et Saint-Jean-de-la-Lande), des chambres devraient également être aménagées dans la sacristie. En effet, le long de la route touristique des Monts Notre-Dame, le manque d’hébergement pour les touristes est criant, alors que la demande est forte tant en été qu’en hiver (beaucoup de motoneigistes parcourent la région).

Tournée toujours en cours

Si l’on ajoute les projets de conversion déjà bien avancés d’Esprit-Saint et de Lac-des-Aigles, c’est un total de 11 bâtiments religieux qui pourraient être requalifiées sur le tracé de la route des Monts Notre-Dame ou à proximité. Assurer une activité économique dans l’église permettra de financer son entretien et bénéficiera aussi bien aux locaux qu’aux visiteurs, remarque Martin Gagnon.

La tournée des municipalités se poursuit, et Martin Gagnon ira dans chaque localité qui en fait la demande. Il tire un bilan positif du travail fait jusqu’à présent : « Ça s’est super bien passé. Je pensais que ça allait brasser un peu dans les assemblées, mais au contraire. » À vrai dire, l’heure n’est plus à la confrontation : les communautés rurales sont maintenant confrontées à l’évidence que les fabriques n’ont plus les moyens de s’occuper des églises, qui vont fermer. Il faut donc convertir ou démolir…

Et le moment est idéal pour travailler sur la transformation, puisque dans cette période pré-élections (fédérales cette année, provinciales en 2022), l’argent abonde. « Il y a tellement de programmes de financement à l’heure actuelle, que je n’arrive pas à passer au travers », s’exclame Martin Gagnon, qui répète le même refrain dans tous les villages où il va : « Donnez-vous le droit de rêver, le bon Dieu va être bien content si du monde revient à l’église! »

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