La SÉMER toujours dans le flou

La SÉMER toujours dans le flou

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
19 août 2021 par 


Date de production du gaz, émissions de gaz à effet de serre (GES)… il est toujours aussi difficile d’obtenir des réponses de la part de la SÉMER, cette société d’économie mixte qui reçoit le contenu du bac brun de la moitié des Bas-Laurentiens.

Alors qu’en début d’année, son président Michel Lagacé prévoyait que la SÉMER serait en mesure de vendre du gaz naturel comprimé à la fin de l’été 2021, il ne veut plus fixer d’échéancier pour le début de la production. « On va attendre d’avoir des réponses du gouvernement du Québec avant de donner des dates », explique-t-il en entrevue au Mouton Noir.

La SÉMER a besoin de 2,3 millions $ pour convertir son usine de biométhanisation, après qu’elle ait abandonné l’idée de produire du gaz naturel liquéfié. Elle espère depuis plus de deux ans obtenir cette somme sous forme de subvention gouvernementale. Récemment, en juin, elle a déposé un rapport au ministère de l’Économie et de l’Innovation.

Tant que cette conversion n’est pas faite, le biométhane extrait des matières organiques des résidents de cinq MRC du Bas-Saint-Laurent est brûlé sur place, et non utilisé à des fins énergétiques comme cela devrait être le cas.

Si la subvention tant attendue est finalement versée, elle s’ajouterait à 14 autres millions de dollars non remboursables octroyés par des organismes publics au fil des ans, d’après l’entreprise. « Des montants de subvention résiduels sont en attente selon la performance atteinte », ajoute M. Lagacé.

Ce dernier n’était pas en mesure de nous dire la quantité totale d’argent qui a été investie dans la SÉMER depuis sa création lorsque nous lui avons parlé, mardi. En 2017, la SÉMER annonçait que le coût total de son projet était de 27,6 millions $, une somme qui a pu augmenter depuis. La différence entre ce montant et celui des subventions déjà obtenues est de « l’endettement, un prêt qu’on rembourse et qu’on devra rembourser », déclare le président. Ajoutons que le déficit de la SÉMER est estimé à 100 000 $ par mois.

Silence sur les émissions de GES

En début d’année, la SÉMER a obtenu une autre subvention de 1,9 million $ de Québec car elle a réussi à traiter davantage de matière organique. « C’est une aide financière qui avait été promise par le gouvernement de l’époque quand on a signé l’entente de mise en place de la SÉMER : il fallait couvrir un certain nombre d’habitants », explique M. Lagacé. Cette somme a notamment permis d’acheter un dessableur, qui extrait le sable de la matière organique, et améliore donc le procédé de biométhanisation.

La vidéo de présentation de ce nouvel équipement, réalisée par l’organisme spécialisé en gestion des matières résiduelles Co-éco, a de quoi laisser perplexe : on y explique que la SÉMER « rédui[t] nos émissions de gaz à effet de serre en captant le méthane produit par nos matières organiques et en le brûlant », ce qui serait une de ses « deux premières missions ».

Cependant, tous les lieux d’enfouissement technique du Québec font la même chose : ils doivent s’équiper d’une torchère dans le but de transformer leur méthane en CO2, qui a un impact 25 fois moins fort sur l’effet de serre. En réalité, c’est seulement lorsque la SÉMER parviendra à vendre son biogaz (et que celui-ci remplacera des combustibles fossiles) qu’elle réduira vraiment les émissions de GES des Bas-Laurentiens.

Michel Lagacé refuse d’ailleurs de dévoiler les émissions de GES de la SÉMER, prétextant le secret industriel. Après vérification auprès du ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, seules les entreprises dont les émissions annuelles dépassent les 10 000 tonnes équivalent CO2 ont l’obligation de déclarer leurs émissions de GES.

Nous n’obtiendrons pas non plus de commentaire sur la potentielle multiplateforme de gestion des matières résiduelles des MRC de La Mitis et de La Matapédia, qui devrait réduire la quantité de matière organique envoyée à la SÉMER – et donc sa capacité à décrocher des subventions basées sur la performance. « On verra ça en temps et lieu », se contente de répondre celui qui est aussi préfet de la MRC de Rivière-du-Loup.

Au dire de Michel Lagacé, le futur client Énergir (avec qui un contrat a été signé il y a deux ans et demi) se montre « patient » malgré les retards accumulés par la société contrôlée à 80 % par le public (Ville et MRC de Rivière-du-Loup) et à 20 % par le privé (Terix-Envirogaz). « On a convenu ensemble qu’il y aurait un report de la date de la première livraison. Le contrat de 20 ans va débuter à ce moment-là », affirme-t-il.

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