La liberté d’apprendre autrement, pourquoi pas?

La liberté d’apprendre autrement, pourquoi pas?

8 août 2021 par 


Bonjour, je m’appelle Marianne, j’ai 16 ans et je ne vais pas à l’école.

École à la maison, homeschooling, éducation sans école, apprentissage autonome : tant de manières de nommer quelque chose qui signifie simplement choisir d’apprendre ailleurs que dans une école.

Si l’on me demandait ce qu’est l’école à la maison, je serais embêtée. On me dirait que, pourtant, je suis assez bien placée pour en parler, puisque je la fais depuis dix ans. Il faut comprendre que c’est différent pour chacun. Quand une famille décide de faire l’école à la maison, personne ne lui remet un manuel sur la bonne manière de procéder. Chacun y va selon ses convictions. Ainsi, nous pourrions décider de suivre le même programme que l’école et être au même niveau que les enfants qui y vont. Ou, dans la mesure ou les exigences de base sont respectées, être en marge de ce qui se fait traditionnellement et laisser l’enfant évoluer à son propre rythme sans se soucier qu’il obtienne ou non un diplôme. On peut aussi grappiller un peu partout, combiner des idées, changer en cours de route. Les possibilités sont infinies et c’est ce qui rend ce choix de vie merveilleux : la liberté!

Je crois qu’encore plusieurs personnes ont des idées préconçues à propos de ce mode de vie. Nous serions des enfants soi-disant antisociaux, toujours cloîtrés dans nos maisons, etc. On m'a déjà demandé : « Mais alors, est-ce que tu vois du monde? As-tu des ami(e)s? » Bien sûr que je vois des gens. Et oui j’ai des ami(e)s. Même si certains voient ce choix de vie de manière négative, je remarque, la plupart du temps, beaucoup de curiosité et d’intérêt.
L’école à la maison n’est pas un sujet très abordé. Avant la pandémie, plusieurs personnes ne savaient même pas que cela existait, mais quand les écoles ont fermé en 2020, on dirait que beaucoup se sont rendu compte que, eh oui, c’est possible de ne pas aller à l’école! 

Avec la COVID, nous avons bien moins d’occasions de voir du monde, c’est un fait. Avant, nous avions accès à un groupe réunissant les familles faisant l’école à la maison dans notre région. Nous organisions des rencontres, des activités. Maintenant ce n’est plus possible. Bien que le gouvernement ait trouvé primordial de rouvrir les écoles le plus tôt possible (les enfants ont besoin de sortir, de voir leurs amis), il est resté fermé à nos demandes d’assouplissement pour que nous puissions voir ne serait-ce que quelques personnes, quitte à devoir porter le masque comme à l’école ou à suivre un quelconque règlement. Nous étions prêts à faire tout le nécessaire, si besoin. Mais rien n’a été mis en place. Le gouvernement n’a jamais cessé d’essayer d’accommoder les enfants qui fréquentent l’école. Et nous, dans tout ça? Ne sommes-nous pas des enfants autant que les autres? En 2019, au Québec, nous étions près de 6 000 à ne pas aller à l’école. Depuis la crise, ce nombre a pratiquement doublé et ne fait que croître. Oui, nous demeurons une minorité, mais est-ce une raison valable pour ne pas nous considérer?

Le gouvernement actuel restreint de plus en plus notre liberté. En 2022, les examens ministériels seront obligatoires pour tous. On nous dit sans arrêt qu’il faudrait donc que nous soyons au même niveau que les enfants de notre âge. Qui a décidé que les enfants du même âge devaient tous apprendre la même chose, en même temps, et être toujours au même stade? Si ce n’est pas mon cas, cela fait-il de moi une personne moins « intelligente » que la moyenne? Je ne crois pas. Nous sommes tous différents et n’avons pas les mêmes champs d’intérêt, alors pourquoi avancerions-nous au même rythme? 

L’enseignement à domicile n’est pas fait pour tout le monde. Il faut avant tout entretenir une bonne relation avec sa famille, c’est primordial. Si mes parents et mes frères me tapaient sur les nerfs, je ne serais pas bien dans ce mode de vie. Nous n’avons pas, non plus, un horaire aussi chargé qu’à l’école. Il y a des jours plus tranquilles que d’autres, où rien n’est vraiment prévu et je trouve que c’est très bien comme ça.  Bien sûr, comme ils sont impliqués de façon majeure, il faut que nos parents soient prêts à nous accompagner tout au long de cette aventure.

Je ne conteste pas l’école. Il y a plein d’enfants qui y sont bien. Je n’en fais juste pas partie. L’école traditionnelle ne va tout simplement pas bien avec moi. Je ne me vois pas du tout entrer dans ce moule, dans cette façon de faire. 

Je pense que nous devrions être libres d’apprendre de la manière qui nous sourit, sans être jugés. Au fond, l’essentiel, c’est que nous puissions tous être heureux, non?

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