La Fab Région présente ses premiers résultats

La Fab Région présente ses premiers résultats

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
31 août 2021 par 


Quinze mois après son lancement, la Fab Région Bas-Saint-Laurent a terminé une partie du portrait de l’autonomie du Bas-Saint-Laurent. Ces chiffres montrent la déconnexion entre la consommation des résidents et la production locale, et par conséquent l’ampleur du travail à réaliser pour atteindre 50 % d’autonomie dans les secteurs agricole, énergétique et manufacturier en 2054, comme le veut la Fab Région.

Après un an de travail, le chercheur au Living lab en innovation ouverte (LLio) de Rivière-du-Loup Steve Joncoux est notamment en mesure de donner des chiffres dans le domaine agricole. Ainsi, la production de légumes du Bas-Saint-Laurent représente 21 % de sa consommation, et celle de fruits 16 % seulement. Quant à la viande, la région en produit trois fois plus qu’elle n’en consomme!

Il est important de noter qu’il ne s’agit pas des pourcentages réels de fruits et légumes qui se retrouvent dans le panier d’épicerie du Bas-Saint-Laurentien moyen. Puisqu’une partie de la production locale est exportée vers d’autres régions, la consommation locale est en réalité bien moindres. « Une autre manière de le formuler, c’est de dire que si aujourd’hui on consommait tout ce qu’on produit au Bas-Saint-Laurent, ça couvrirait à peu près 20 % des légumes », explique Steve Joncoux.

De grandes disparités entre fraises et bananes

Si l’on regarde ces résultats de manière plus détaillée, production par production, on observe de grandes disparités, témoins de la déconnexion entre le système agroalimentaire actuel et les consommateurs. Ainsi, le Bas-Saint-Laurent produit autant de fraises que ses résidents en consomment, et pourrait donc être totalement autonome dans ce secteur... mais dans les faits, dans les épiceries, on voit surtout des fraises de l’île d’Orléans, de Montérégie, voire de Californie.

« Le fruit qu’on consomme le plus, c’est la banane, alors qu’on n’en produit pas, déclare Steve Joncoux. Et le deuxième est la pomme, qu’on produit localement mais pas tant que ça : l’équivalent de 25 % de notre consommation est produit au Bas-Saint-Laurent. »

Même dans la production de viande, qui pourrait nourrir trois fois la région, on observe des aberrations lorsqu’on se penche sur les données détaillées : si les fermes bas-laurentiennes produisent beaucoup de porc, de bœuf et d’agneau, elles ne sont pas en mesure d’élever assez de poulets (qui est la viande la plus consommée au Canada) afin de répondre à la demande du Bas-Saint-Laurent!

Du côté de l’énergie, « on produit à peu près 35 % de l’énergie qu’on consomme, essentiellement grâce à l’éolien », résume Steve Joncoux. Par contre, plus de la moitié de l’énergie consommée au Bas-Saint-Laurent provient des hydrocarbures, qui ne seront jamais extraits localement. « Il y a un travail à faire pour réduire notre consommation globale, et transférer des consommations d’hydrocarbures vers de l’électricité qu’on est capables de produire », conclut le chercheur.

Une tournée des MRC à venir

Dans les prochaines semaines, la Fab Région va présenter ses résultats de manière plus accessible, afin que la population puisse en prendre acte. Le bilan de l’autonomie manufacturière devra lui aussi être dressé.

Par la suite, les membres de la Fab Région (soit une quinzaine de personnes réunies dans le comité de pilotage) entameront une tournée des huit MRC bas-laurentiennes afin de rencontrer les personnes qui s’intéressent aux questions d’autonomie, qu’il s’agisse d’élus, d’organismes ou de simples citoyens. Selon Steve Joncoux, « il s’agit de voir comment on crée la ou les trajectoires entre la situation actuelle et la vision qu’on s’est donnée, c’est-à-dire être à moitié autonome en 2054 ».

Pour réaliser son portrait de l’autonomie dans les secteurs agroalimentaire, énergétique et manufacturier, la Fab Région a bénéficié d’une subvention de 213 000 $ sur deux ans provenant du ministère de l’Économie et de l’Innovation. Cette somme s’ajoute à une aide de 360 000 $ du Conseil de recherche en sciences naturelles et génie du Canada et du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, annoncée lors du lancement de la Fab Région en mai 2020.

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