Inquiétudes autour du lac Saint-Mathieu

Inquiétudes autour du lac Saint-Mathieu

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
11 août 2021 par 


Joyau du Bas-Saint-Laurent, le lac Saint-Mathieu est dans un état préoccupant. Des actions sont nécessaires de la part de tous ses utilisateurs pour que la situation ne s’aggrave pas.

Au début du mois, des citoyennes se sont présentées au conseil municipal de Saint-Mathieu-de-Rioux pour sonner l’alerte : elles avaient noté la présence d’algues suspectes dans le lac. Le lendemain, le président de l’Association de protection du lac Saint-Mathieu (APLSM) Jean Lamoureux s’est rendu sur place en compagnie du maire Roger Martin et d’une biologiste embauchée pour l’été par l’association. Soupir de soulagement : il ne s’agissait pas du myriophylle à épis, cette plante aquatique envahissante qui sévit dans quelques lacs du Bas-Saint-Laurent, mais d’une espèce indigène.

Il n’y a pas de quoi se réjouir, cependant : si des riverains constatent que les talles d’algues grossissent, c’est bien qu’il se passe quelque chose, déduit Jean Lamoureux : « On en revient toujours au même discours : la production d’algues est stimulée par le phosphore d’origine humaine. C’est un lac très occupé, il y a près de 300 résidences ou chalets autour du grand lac [la partie ouest du lac Saint-Mathieu]. »

Autour du plan d’eau, entre 12 et 15 installations septiques ne sont pas aux normes. « Sur 300, ce n’est quand même pas si pire, mais on vise 100 % de conformité, rappelle M. Lamoureux. On n’a pas vraiment de marge de manœuvre dans le cas du grand lac ». La municipalité travaille sur ce dossier et la situation devrait finir par être réglée, espère-t-il. Par ailleurs, un plan de vidange municipal a été mis en place afin de s’assurer que les fosses sont vidées à intervalles réguliers.

Mais il n’y a pas que de là que vient le phosphore, ajoute le président de l’APLSM : « On doit faire des efforts de revégétalisation des bandes riveraines, car à certains endroits elles ont été enrochées, ce qui réduit leur capacité de filtration. Un règlement municipal dit de ne pas tondre la pelouse dans les cinq premiers mètres de la rive, mais beaucoup de gens l’ont oublié. Par ailleurs, il faut utiliser des produits sans phosphate pour la lessive et la vaisselle, et éviter de mettre de l’engrais sur les pelouses. »

Toujours prisé des touristes

En appliquant ces recommandations, il sera possible de stabiliser l’état du lac, qui se situe actuellement à un stade intermédiaire d’eutrophisation (mésotrophe) d’après les données collectées par le Journal de Montréal. L’eau y est très trouble, d’après des tests de transparence menés en 2020, et la présence de cyanobactéries (algues bleu-vert) y a été relevée en 2012.

Jean Lamoureux se veut rassurant : le lac Saint-Mathieu n’est quand même pas une mare, et il est encore possible de s’y baigner et d’y pratiquer de la navigation de plaisance ou du kayak – un triathlon y a même récemment eu lieu. Les inquiétudes autour de l’état du lac n’affectent pas le tourisme, qui se porte très bien. À tel point que certains résidents commencent à se plaindre du nombre élevé de bateaux à moteur qui circulent sur le plan d’eau.

L’association de protection du lac (qui compte environ 125 membres) a écrit un code d’éthique, qui est distribué aux plaisanciers qui mettent leur embarcation à l’eau : « Ce qu’on dit aux gens, c’est qu’à moins de 60 mètres des rives, ils doivent circuler à vitesse réduite, résume le président. C’est une question de sécurité pour les baigneurs, mais c’est aussi une question environnementale : il ne faut pas soulever les sédiments dans lesquels est emprisonné du phosphore, ni fragmenter les talles d’algues. » Les vagues causées par une vitesse excessive peuvent également éroder les berges lorsque les bateaux circulent trop près du bord.

L’afflux de bateaux est d’autant plus préoccupant que les habitudes des plaisanciers ont changé, note Jean Lamoureux : « Les embarcations ont grossi, les remorques ont grossi et les pick-ups ont grossi. La tendance, c’est de faire de la navigation deux jours sur un lac, puis d’aller sur un autre, alors qu’auparavant les gens du lac avaient leur petite embarcation qui restait là. » Le risque d’introduire le myriophylle à épis dans le lac Saint-Mathieu est donc de plus en plus grand.

Pour éloigner ce danger, une station de lavage a été installée dès 2019, et le nettoyage des bateaux avec de l’eau chaude à haute pression est depuis obligatoire. Il s’agit d’un des rares lacs du Bas-Saint-Laurent équipé d’une telle installation, qui va au-delà des standards recommandés par le ministère de l’Environnement selon Jean Lamoureux. Alors oui, le lac Saint-Mathieu est fragile et menacé, mais aujourd’hui, il s’agit indéniablement d’un des lacs les plus surveillés de la région.

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