Des idées pour créer des municipalités amies des piétons

Des idées pour créer des municipalités amies des piétons

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
7 août 2021 par 


Suite à sa tournée virtuelle des régions au printemps dernier, l’organisme Piétons Québec vient de mettre en ligne trois fiches afin de donner des idées aux municipalités qui veulent créer des rues plus agréables et sûres pour les piétons. Ces documents portent sur les aménagements permettant d’apaiser la circulation, l’approche Vision Zéro et les moyens d’encourager la marche même en hiver.

Selon la directrice de Piétons Québec Sandrine Cabana-Degani, ces fiches répondent aux préoccupations qui ont été formulées tant par les citoyens que par les élus du Bas-Saint-Laurent lors de la tournée virtuelle. « Ils nous ont parlé du fait que parfois les rues sont trop larges, ce qui fait en sorte que les automobiles roulent très vite. On a aussi beaucoup parlé de comportements : l’absence de courtoisie aux passages piétons, le manque d’application du code de la sécurité routière pour des infractions qui peuvent mettre en danger les piétons… »

Dans les fiches, on découvre des exemples d’actions qui ont déjà été mises en place dans des municipalités québécoises, et qui sont donc compatibles avec le cadre réglementaire de la province. « On a vu au Bas-Saint-Laurent comme ailleurs que les élus et professionnels souhaitent agir, mais ils manquent d’outils et de ressources, et surtout d’idées de bons exemples applicables au Québec », note Mme Cabana-Degani.

Pas si cher de penser aux piétons

Ainsi, on pourra découvrir plusieurs idées pour rétrécir les voies urbaines et sécuriser les intersections, comme des chicanes, des saillies de trottoir ou des passages piétons surélevés. Ces aménagements ont bien sûr un coût, mais celui-ci peut être limité si on agit au bon moment dans une perspective de long terme, pense Sandrine Cabana-Degani : « Il y a déjà des sommes importantes qui sont consacrées à l’entretien du réseau routier. On peut profiter de la réfection des rues pour aménager des infrastructures piétonnes. »

« Ça peut même faire en sorte de diminuer les coûts d’entretien, parce que si on rapetisse la chaussée, on a moins d’asphalte à entretenir, poursuit-elle. Des banquettes plantées entre le trottoir et la chaussée vont absorber les eaux de ruissellement. »

Il est toutefois fondamental d’avoir une vision globale pour améliorer la sécurité des piétons. Récemment, on a vu un mauvais exemple à Matane : la Ville a voulu bien agir en rétrécissant une rue pour réduire la vitesse et faire du verdissement, mais a supprimé un trottoir, ce qui a accru le sentiment d’insécurité des piétons…

« Malheureusement, il n’est pas possible de partager la rue en sécurité si la vitesse maximale autorisée est de plus de 30 km/h », commente la directrice de Piétons Québec. En effet, les chances de survie d’un piéton frappé par un véhicule roulant à 30 km/h sont de 90 %, mais elles chutent à 25 % si cette vitesse atteint 50 km/h…

Vision Zéro, l’approche qui gagne du terrain

C’est pourquoi une nouvelle approche fait son trou en matière de sécurité routière : Vision Zéro. Son objectif est d’éliminer complètement les décès dus aux collisions routières. Vision Zéro préconise de cesser de blâmer les piétons et les cyclistes pour des erreurs qu’ils auraient commises (le fameux « il n’avait pas son casque ») : il faudrait plutôt concevoir les infrastructures de manière à ce que ces erreurs humaines ne soient plus mortelles.

Il n’y a pas d’application unique de Vision Zéro : chaque ville fera ses choix en fonction de sa réalité. Drummondville, par exemple, a adopté une politique de « rues complètes » pour que toute nouvelle rue ou réfection de rue existante tienne compte des besoins de tous les usagers, incluant ceux qui se déplacent à pied, à vélo ou en transport collectif. Fini, donc, les rues sans trottoirs conçues uniquement pour l’automobile, comme on en voit encore trop se construire au Bas-Saint-Laurent en 2021…

Pour atteindre l’acceptabilité sociale, Sandrine Cabana-Degani préconise de rappeler que nous sommes tous piétons à un moment ou à un autre, même les gens qui ne marchent que dans les stationnements d’épicerie. La manière dont on implantera les mesures d’apaisement de la circulation sera également très importante, rappelle-t-elle : « À Drummondville il y a eu une grande implication des citoyens, beaucoup de consultations, donc l’implantation de l’approche Vision Zéro se passe très bien. »

Chose certaine, pour Piétons Québec, la sécurité des piétons sera un enjeu des prochaines élections municipales : « Pendant le confinement, beaucoup de personnes ont découvert qu’elles n’avaient pas d’aménagements piétons dans leur milieu de vie quand soudainement elles ont voulu marcher à proximité, assure la directrice. Et il ne faut pas oublier que de créer des milieux de vie denses et accessibles à pied, c’est aussi une façon d’agir pour améliorer notre impact environnemental. »

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