Comme les arbres, debout bien droite, j’espère…

Comme les arbres, debout bien droite, j’espère…

23 août 2021 par 


Adepte de randonnée pédestre, j’ai parcouru des centaines de kilomètres en pleine nature québécoise. De la sapinière sèche à thuya de Saint-Clément au trop célèbre mont Albert du parc de la Gaspésie : de vastes étendues naturelles heureusement soumises à divers programmes de conservation. J’ai vu des paysages d’une précieuse mais fragile beauté. Un jour, en randonnée dans la réserve faunique de Matane, j’ai rencontré des orignaux, des ours, des castors, mais aussi l’œuvre humaine… la coupe à blanc.

Sensible aux chefs-d’œuvre offerts par la nature, j’ai entendu le cri du cœur d’Isabelle Hayeur. Environnementaliste et artiste de l’image, elle présente en ligne1 Terres de cendres, une nouvelle série photographique qui témoigne de ses préoccupations quant à l’impact de l’activité humaine et du changement climatique.

Cette série photographique grand format est le fruit d’une recherche en cours depuis juin 2020. Hayeur y évoque un important brasier émergeant au nord du lac Saint-Jean, le plus important feu de forêt qu’a connu le Québec depuis 10 ans2. L’artiste pose un regard empreint d’inquiétude sur la destruction de cette forêt primaire, immature.

Sous un ciel azuré, troublé, la série Terres de cendres présente la dépouille d’une jeune plantation d’arbres brûlée vive avant d’atteindre la moitié de sa maturité. L’angle frontal des prises de vue illustre bien toute l’étendue du territoire décimé et entraîne l’observateur dans le réalisme du sujet, celui-ci marche dans les pas de la photographe.

L’ERREUR BORÉALE, CE MESSAGE NÉGLIGÉ

Les prises de vues d’Isabelle Hayeur sont aussi puissantes et évocatrices que ses prises de position. Son travail n’est pas sans rappeler le documentaire-choc de Richard Desjardins, L’erreur boréale dans lequel il dénonce l’exploitation et la destruction des forêts. Vingt ans plus tard, dans un autre reportage3, l’auteur-compositeur-interprète décrit encore le saccage dans la gestion des forêts québécoises. Malgré une meilleure connaissance et de meilleurs outils, la gestion écoresponsable des territoires forestiers n’est pas suffisamment intégrée ni contrôlée.

Des décombres, Isabelle Hayeur a su tirer des clichés d’une profonde clarté. De ces mêmes décombres, l’humanité saura-t-elle tirer des leçons aussi éclairées? Des photos de la série présentent en plan rapproché un îlot d’arbres dressés serrés dans l’attente, dans l’espoir…

Des sentiers j’ai sillonnés, des paysages j’ai contemplés, la faune et la flore j’ai observées. Devant un paysage ravagé par l’activité humaine, j’éprouve ce sentiment d’impuissance et de désolation qu’expriment les photographies de Terres de cendres. Je me sens comme les arbres de ces photos où debout, bien droite, j’espère…

1. Terres de cendres, https://isabelle-hayeur.com/terres-de-cendres/

2. Société de la protection des forêts contre le feu, « Le mois de juin le plus occupé des dix dernières années », juillet 2020, sopfeu.qc.ca/communiques/bilan-du-mois-de-juin-le-mois-de-juin-le-plus-occupe-des-dix-dernieres-annees/

3. Maude Montembeault, « 20 ans après L’erreur boréale, exploite-t-on la forêt différemment? », Radio-Canada, 13 février 2019, https://ici.radio-canada.ca/info/2019/02/exploitation-foret-quebec-erreur-boreale/

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