Changements climatiques : l’inaction coûtera très cher à l’Est-du-Québec

Changements climatiques : l’inaction coûtera très cher à l’Est-du-Québec

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
20 août 2021 par 


Voilà moins de deux semaines que le dernier rapport du GIEC, qui nous alerte sur les conséquences catastrophiques des changements climatiques, a été publié, et déjà il semble avoir été noyé par l’actualité quotidienne. Le coût de l’inaction climatique risque pourtant d’être élevé dans l’Est-du-Québec.

L’érosion côtière frappe déjà de nombreuses zones du littoral, ce qui a causé le déménagement de plusieurs résidents de Sainte-Flavie et de Sainte-Luce. Mais cela n’est qu’un aperçu de l’impact qu’auront les changements climatiques dans la région : selon Ouranos, la température moyenne du Bas-Saint-Laurent à l’horizon 2050 connaître une hausse de 2,7 °C par rapport à la période 1971-2010, ce qui ne se fera pas sans dommage…

Moins froids, les hivers seront marqués par des redoux au cours desquels les précipitations se feront sous forme de pluie plutôt que de neige. Le couvert de glace diminuera dans le golfe du Saint-Laurent (un phénomène déjà observable), soumettant les côtes à l’affront des vagues lors des tempêtes et accroissant leur érosion. En été, il y aura davantage de canicules et de sécheresses. De manière générale, davantage d’événements extrêmes sont à prévoir, et les niveaux d’eau dans les rivières varieront donc de manière plus importante – allant de l’étiage sévère jusqu’aux inondations.

De sérieuses conséquences humaines et économiques dans l’Est

Selon Ouranos, il faut s’attendre à une diminution du débit des rivières durant la saison estivale au Bas-Saint-Laurent, ce qui pourrait avoir un impact sur l’approvisionnement en eau potable. « En parallèle, l’augmentation possible de la fréquence des événements de précipitations intenses est susceptible d’affecter le bon fonctionnement des infrastructures (égouts, ponceaux, stations d’épuration, etc.) », explique ce consortium en climatologie régionale.

Les sécheresses affecteront l’industrie forestière, un important secteur économique du Bas-Saint-Laurent : la qualité du bois récolté diminuera, les arbres deviendront plus sensibles aux épidémies de ravageurs et le terrain sera idéal pour des feux de forêt.

Quant à l’agriculture, elle pourrait bénéficier des changements climatiques puisque la saison de production sera plus longue, mais elle ne pourra pas faire l’économie de l’adaptation, puisque plantes et animaux souffriront de la chaleur, et que la diminution du couvert de neige accroîtra l’érosion des sols. Le Mouton Noir en parlait plus en profondeur en avril dernier.

Tout cela aura un coût : Ouranos prévoit que dans les zones côtières, l’inaction climatique entraînera des dépenses de 499 millions $ au Bas-Saint-Laurent et de 777 millions $ en Gapésie et aux Îles-de-la-Madeleine dans les 50 prochaines années. On parle ici d’atteintes aux bâtiments, aux terrains non bâtis, aux routes et aux chemins de fer.

Dans les zones inondables, cette inaction se soldera par des dépenses annuelles moyennes de 9,3 millions $ dans l’Est-du-Québec pour le gouvernement provincial. En d’autres termes, même ceux qui ne voient le monde qu’en termes économiques devraient se pencher sérieusement sur les impacts des changements climatiques…

Les quatre enjeux des changements climatiques

De manière générale, au Québec, il y a quatre grands enjeux des changements climatiques, selon le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec :

  • Les infrastructures, les bâtiments et les équipements : certains événements tels des inondations, des glissements de terrain, des orages violents et des tempêtes entraînant de l’érosion côtière affecteront l’environnement bâti (habitations, édifices, routes, ponts);
  • Les activités économiques : celles dépendant du climat, comme l’agriculture, la foresterie ou le tourisme (pensons aux stations de ski) seront directement frappées. Quant aux activités de transformation, elles pourraient être indirectement affectées par des modifications de la disponibilité des ressources et des coûts d’approvisionnement;
  • La santé humaine : les vagues de chaleur ou les tempêtes mettront à risque certaines populations vulnérables, et de nouvelles maladies infectieuses transmises par les animaux pourront faire leur apparition dans certaines zones;
  • Les espèces et les écosystèmes : de nouvelles espèces apparaitront et feront compétition à celles déjà en place, ce qui pourrait en amener certaines à disparaître.
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