Un plaidoyer pour que la filière forestière fasse partie de la « relance verte »

Un plaidoyer pour que la filière forestière fasse partie de la « relance verte »

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
28 juillet 2021 par 


Plusieurs élus du Bas-Saint-Laurent se rangent derrière le Bloc québécois pour demander que la l’industrie forestière fasse partie du plan de relance verte du gouvernement fédéral. Il s’agit des préfets Andrew Turcotte (La Matanie), Chantale Lavoie (La Matapédia), Bruno Paradis (La Mitis), Bertin Denis (Les Basques) et du maire de Saint-Valérien, Robert Savoie.

Une délégation du Bloc était présente à Saint-Valérien ce mercredi pour expliquer sa feuille de route, qui fait suite à une étude sur la maximisation de la filière forestière que le parti avait publié plus tôt cette année. Selon le député de Rimouski-Neigette—Témiscouata—Les Basques Maxime Blanchette-Joncas, il est possible de créer plus de 16 000 emplois dans ce secteur au Québec, dont 1300 au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

Selon la force souverainiste, l’utilisation de biocarburants et la séquestration de carbone dans les constructions en bois ont le potentiel de contribuer à hauteur de 20 à 30 % du total de l’objectif québécois de réduction des gaz à effet de serre (GES) d’ici 2031.

Plusieurs points à l’agenda

Le Bloc entend faire pression sur Ottawa pour que plusieurs actions soient entreprises immédiatement. Présent seulement au Québec, le parti sera forcément cantonné à l’opposition suite aux prochaines élections fédérales, que les rumeurs annoncent pour septembre. Pour donner du poids à ses demandes, il est donc allé chercher l’appui d’une quarantaine de maires, préfets et personnalités du monde forestier partout au Québec.

Le gouvernement fédéral devrait notamment mettre en œuvre une politique d’approvisionnement public afin de favoriser l’utilisation du bois, accroître les budgets de recherche fondamentale et encourager la deuxième et troisième transformation des ressources forestières, dit la feuille de route. Le parti souverainiste pense aussi qu’Ottawa devrait profiter du changement d’administration à la Maison-Blanche pour obtenir une exemption de tarifs sur les exportations de bois d’œuvre québécois vers les États-Unis.

Enfin, il faut accroître la productivité liée à la croissance annuelle des forêts, clament les trois députés présents à Saint-Valérien. En dépit des critiques faites au gouvernement de la Coalition avenir Québec dans sa gestion de la protection du caribou forestier, la feuille de route demande au fédéral de « n’appliquer la Loi sur les espèces en péril qu’en conformité avec les orientations de l’Assemblée nationale du Québec ».

Le député de Jonquière Mario Simard se désole que le gouvernement fédéral désigne des grands territoires d’aires protégées qui coupent l’accès à la ressource forestière. « Ce que peut faire Québec, c’est sélectionner de façon beaucoup plus chirurgicale les secteurs pour les espèces menacées comme le caribou », explique-t-il. Le Devoir révélait cependant en début d’année que le gouvernement Legault entendait autoriser des coupes forestières dans un territoire fréquenté par le caribou forestier, après avoir refusé d’en faire une aire protégée.

Un secteur économique essentiel en région

Vice-président du comité permanent des Ressources naturelles à la Chambre des communes, M. Simard calcule que le gouvernement libéral a investi 24 milliards $ dans la filière pétrolière et gazière entre 2017 et 2020, dont 17 milliards $ dans le seul oléoduc Trans Moutain. La foresterie québécoise n’obtient en revanche que 71 millions de dollars par an, dont les trois quarts sous forme de prêts, alors qu’elle a amené 20 milliards $ dans l’économie provinciale en 2018.

Selon Mario Simard, seules deux composantes du plan de relance verte d’Ottawa ont été évoquées jusqu’à présent : l’électrification des transports, dont la part du lion ira à l’industrie automobile ontarienne, et l’extraction d’hydrogène à partir de gaz et de pétrole de l’Ouest canadien. « La forêt est un puits de carbone, ce n’est pas normal qu’on n’ait aucun soutien de la part du gouvernement », s’exclame-t-il.

Restant en retrait, le maire de Saint-Valérien Robert Savoie était toutefois bien présent pour signifier son appui à la démarche bloquiste. Ingénieur forestier à la retraite, il explique qu’en remplaçant l’ancienne chaudière à mazout de l’église (devenue un centre communautaire) par un système à la biomasse, sa municipalité a réduit de 50 tonnes ses émissions annuelles de GES.

Une bonne manière, selon lui, d’utiliser les résidus forestiers dont les scieries ne savent plus quoi faire depuis que les usines de pâtes et papiers ont réduit leurs achats. « Ces scieries assurent la survie de 40 à 50 villages du Bas-Saint-Laurent, rappelle M. Savoie. Imagine l’impact si toutes les petites municipalités décident d’éliminer le mazout dans leurs centres communautaires ou leurs églises… »

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