À Saint-Jean-de-Dieu, bataille autour d’une résidence pour aînés

À Saint-Jean-de-Dieu, bataille autour d’une résidence pour aînés

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
17 juillet 2021 par 


La résidence pour aînés Bonséjour, à Saint-Jean-de-Dieu, est au cœur d’une bataille judiciaire : l’ancienne gérante des lieux tente de résilier le bail de l’actuelle directrice, qui vit au rez-de-chaussée de cet établissement où se trouvent également neuf personnes âgées autonomes, semi-autonomes ou ayant des troubles cognitifs.

Propriétaire de l’endroit, Raymonde Bérubé a exploité la résidence Bonséjour jusqu’en 2017. Le 28 juin de cette année-là, elle signe un bail notarié valide quatre ans avec Caroline Pigeon. L’entente inclut une option d’achat pouvant être levée le 28 juin 2021. Si l’on considère les loyers mensuels et le montant à verser au terme des quatre ans de location, on arrive à un prix de vente total de 255 000 $, ce qui est plutôt avantageux pour Mme Pigeon quand on considère le marché immobilier actuel.

La nouvelle gérante, qui fréquentait auparavant la résidence puisque son oncle y vivait, dit l’avoir sauvée de la fermeture : en effet, Mme Bérubé ne pouvait plus s’en occuper et les résidents auraient dû partir si l’entente de cession n’avait pas eu lieu en 2017, explique Mme Pigeon. « Un vendredi après-midi, l’équipe du CISSS a convoqué les tuteurs des résidents. Sur place, on nous a annoncé que nous avions 24 heures pour relocaliser les personnes qui vivaient là », se souvient-elle. C’est à ce moment-là qu’elle s’en est portée acquéreuse.

Une tentative pour vendre le bâtiment 94 000 $ plus cher

Quelques mois plus tard, Raymonde Bérubé a voulu résilier le bail, invoquant des modifications faites au bâtiment par la locataire (et future propriétaire). « L’été c’est extrêmement chaud ici, on a fait installer une thermopompe, cite Caroline Pigeon en exemple. Mme Bérubé dit ne pas avoir consenti à ça, mais ce n’est pas vrai. » On reproche également à Mme Pigeon d’installer un abri tempo l’hiver, d’avoir mis en place une cloison entre la partie du bâtiment où elle vit avec sa famille – elle est mère monoparentale de trois enfants – et le reste de la résidence, ou d’avoir installé un lavabo de coiffure dans une salle de bain.

L’avocat de Mme Bérubé, Me Francis Paradis, n’a pas donné suite aux sollicitations du Mouton Noir, par message vocal et courriel, afin d’en savoir davantage sur les reproches qui sont faits à Caroline Pigeon. Cette dernière nie avoir altéré le bâtiment, mais considère plutôt l’avoir amélioré, pour le bien-être de ses résidents. « On a une clientèle qui aime se faire coiffer », justifie-t-elle, tout en disant être fière d’avoir une résidence climatisée. Elle aimerait faire de nouveaux ajouts, comme poser des caméras pour prévenir des accidents, mais ne se sent pas à l’aise de le faire dans les circonstances actuelles.

En octobre 2018, le beau-frère de Raymonde Bérubé est allé jusqu’à publier une annonce sur Facebook pour mettre en vente l’immeuble à un prix plus de 94 000 $ supérieur à celui sur lequel s’étaient accordées les deux femmes, et est venu avec un agent immobilier prendre des photos de l’intérieur. « Ça a vraiment nui à mon commerce, assure Caroline Pigeon. Les familles appelaient pour demander ce qui se passait, j’ai perdu de la clientèle… »

L’immeuble mis sous séquestre

Afin d’éviter l’expulsion de Mme Pigeon, son avocat Alex Boudreault-Leclerc a saisi la Cour supérieure du Québec et a demandé que l’immeuble soit mis sous séquestre, c’est-à-dire que sa possession soit confiée à une tierce personne. La juge Suzanne Hardy-Lemieux a acquiescé à cette demande : une notaire a donc pris possession de l’endroit, alors que Mme Pigeon a versé le montant de l’option d’achat dans un compte en fidéicommis en attendant que le litige soit réglé.

Dans sa décision qui tient en moins de deux pages, la juge n’est pas tendre avec Mme Bérubé, notant qu’elle « semble vouloir nuire aux opérations de Mme Pigeon comme locataire de la résidence pour personnes âgées. Nul ne peut se faire justice soi-même. Même si Mme Bérubé a des motifs de reproche à l’égard de Mme Pigeon, elle ne peut tenter d’empêcher celle-ci d’opérer (sic) la résidence pour personnes âgées, d’une part, ni, d’autre part, l’empêcher d’occuper cette résidence. »

En plus de cette affaire, Caroline Pigeon a connu d’autres mésaventures récemment : en juin, elle a dû composer avec une éclosion de Covid-19 qui a emporté six de ses résidents. Elle espère maintenant en finir rapidement. « C’est des choses que je ne pensais jamais voir dans la vraie vie », soupire-t-elle.

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