Myriophylle à épis : une situation « terrible » au lac du Gros-Ruisseau

Myriophylle à épis : une situation « terrible » au lac du Gros-Ruisseau

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
7 juillet 2021 par 


À l’approche du lac du Gros-Ruisseau, on se doute que quelque chose ne va pas : de grandes tâches brunâtres entourées de bouées couvrent le plan d’eau, situé à cheval sur les territoires de Mont-Joli et de Saint-Joseph-de-Lepage. Seuls deux kayaks parcourent les flots calmes. Sur les chemins qui permettent d’accéder au bord de l’eau, des pancartes indiquent aux utilisateurs comment maintenir le lac en santé et lutter contre les espèces invasives.

Celui qu’on appelle également le lac Sandy a un gros problème : il accueille un invité indésirable en la personne du myriophylle à épis, une plante aquatique au développement ultra-rapide. « Cette année, c’est terrible, pire que l’an passé », lance une résidente depuis sa terrasse. Au Bas-Saint-Laurent, seul le lac Témiscouata est aux prises avec cette plante envahissante. Mais au lac du Gros-Ruisseau, qui fait à peine un demi-kilomètre carré, sa progression se fait à une vitesse affolante.

C’est en 2016 que le myriophylle a commencé à devenir vraiment gênant pour les riverains. « J’avais un bateau et je l’ai vendu, parce que parfois, pour sortir de chez moi, il fallait que je lève le moteur quatre ou cinq fois pour enlever les tiges prises dans mon hélice », explique Gilles Gaudreault, le président de l’Association des résidents et résidentes du lac du Gros-Ruisseau.

« Avant, il était plus loin, au moins les enfants pouvaient barboter près de la rive. Mais maintenant, il colonise tout le bord », se désole sa conjointe Sylvie Beaulieu en nous montrant à quoi ressemble la bête : une plante dense, n’ayant même pas l’avantage d’être belle, qui donne au lac un aspect de flaque d’eau croupie lorsqu’elle a atteint son plein développement.

Le myriophylle est probablement arrivé dans le lac du Gros-Ruisseau par le biais d’une embarcation qui avait auparavant navigué dans un plan d’eau déjà colonisé. Il s’est ensuite répandu de la même manière : des bateaux à moteur, des pédalos ou des kayaks ont traversé un bouquet d’herbes et ont cassé des tiges. Ces fragments ont voyagé dans le lac pour donner naissance à une nouvelle plante un peu plus loin, à la manière de boutures.

Des résidents très mobilisés

Les gens qui vivent au bord de l’eau ont donc une responsabilité dans l’envahissement du lac, mais ils sont également mobilisés depuis plusieurs années pour renverser la situation : c’est l’Association des résidents et résidentes qui a procédé à l’achat des bouées indiquant la présence de myriophylle (ce qui a coûté 11 000 $) et installé les panneaux pour sensibiliser la population.

Plusieurs activités de financement ont été organisées, allant du souper de hot-dogs à la vente de sacs d’épicerie et de cartes de membres, en passant par des demandes de subventions. Et c’est sans compter l’implication bénévole des riverains pour nettoyer le lac, une tâche toujours à recommencer. « L’année passée, en une seule journée avec deux voisins, j’ai rempli quatre remorques, pour un total de 2600 kg, témoigne Gilles Gaudreault. Au total, c’est entre 60 et 70 tonnes qui ont dû être ramassées par l’ensemble des résidents. »

Pourtant, en 2021, la situation semble pire que jamais. « Si on ne fait rien, le lac Sandy va devenir une pelouse », confirme le maire de Saint-Joseph-de-Lepage, Magella Roussel. Mais les municipalités sont un peu démunies face à ce problème, d’une part parce qu’il est relativement nouveau et que les connaissances sont donc encore limitées, d’autre part parce que la navigation est de juridiction fédérale et le fond du lac de juridiction provinciale.

L’an dernier, Mont-Joli et Saint-Joseph ont recommandé de ne pas naviguer sur le lac, une directive suivie par 95 % des citoyens d’après M. Roussel. Les deux municipalités ne prévoient pas exiger un tel sacrifice des riverains cette année, mais elles demandent que la navigation se fasse à vitesse réduite et cesse une heure après le coucher du soleil.

Vers l’achat d’une machine pour arracher la plante?

Par ailleurs, des réunions entre l’association des résidents et les municipalités se sont multipliées cet hiver, impliquant parfois la MRC de La Mitis et l’organisme de bassin versant. Les deux conseils municipaux ont voté des résolutions pour demander un certificat d’autorisation au ministère de l’Environnement afin de pouvoir aller jouer dans le fond du lac.

Ailleurs au Québec, des moyens radicaux sont pris afin de lutter contre le myriophylle à épis. On peut par exemple le bâcher avec une toile de fibre synthétique, ce qui finit par le faire mourir. En dernier recours, on peut aussi utiliser une faucardeuse, une machine qui vient couper la plante.

Gilles Gaudreault, qui a assisté à plusieurs conférences sur le sujet, pense que le bâchage coûterait beaucoup trop cher. Il aimerait pouvoir faire l’acquisition d’une machine similaire à une faucardeuse, qui arrache la plante en tirant dessus à l’aide de rouleaux, mais le prix de celle-ci dépasserait probablement les 200 000 $. « Pour 2021, oublie ça », conclut-il.

Une stratégie de gestion devrait cependant voir le jour dans les prochains mois. Il y a une certaine urgence pour les propriétaires du lac du Gros-Ruisseau : ne pas pouvoir profiter du plan d’eau n’est pas seulement frustrant, mais amène aussi une dévaluation de leurs propriétés de 20 à 25 %, affirme M. Gaudreault.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe