C’EST QUOI CETTE MAUDITE CRISE DU LOGEMENT ?

C’EST QUOI CETTE MAUDITE CRISE DU LOGEMENT ?

29 juillet 2021 par 


La situation semble irréelle. Au fil du temps, on a assisté à des crises du logement dans les grands centres. Aujourd’hui, c’est un véritable problème de société dont les tentacules touchent le moindre village québécois.

Dans un monde capitaliste mené par le néolibéralisme quand il y a une pénurie d’un bien ou d’un service, il y a toujours des opportunistes qui crient présents. Selon cette logique, les conditions et les prix des biens et services seront sujets à l’offre et à la demande, et les prix seront souvent complètement injustifiés. C’est ce qui se produit présentement dans le marché du logement locatif, particulièrement dans des petites villes qui n’avaient pas vu la vague venir.

Si on ne parvient pas toujours facilement à identifier les causes de la crise, on devrait dès maintenant appliquer des solutions pour en minimiser les effets. Pour mieux comprendre la crise, Le Mouton Noir a rencontré le coordonnateur du Comité logement Rimouski-Neigette, Alexandre Cadieux.

Mouton Noir — On parle depuis un certain temps de crise du logement. Pourquoi sévit-elle en ce moment?

Alexandre Cadieux — Il y a un déséquilibre flagrant entre l’offre et la demande. C’est le résultat de plusieurs années d’inaction des gouvernements et des constructeurs immobiliers. Le problème cette fois, comparativement à 2015-2016, c’est que les gens de la classe moyenne sont aussi touchés. On en entend donc plus parler. À Rimouski par exemple, le taux d’inoccupation est de 0,9 %, et de 0,2 % pour les plus grands logements. Évidemment, encore une fois, ce sont les plus démunis qui en paient le prix, les personnes de différentes ethnies et les assistés sociaux. Actuellement, les propriétaires ont le gros bout du bâton pour fixer des prix qui sont irréels.

L’autre problème, c’est qu’il n’existe pas de contrôle obligatoire des loyers. On peut donc penser que les loyers ne vont jamais redescendre à un niveau plus raisonnable. On doit vivre avec une augmentation de 200 % des prix. En principe, les propriétaires ne doivent pas dépasser un certain pourcentage d’augmentation d’une année à l’autre, mais beaucoup n’en tiennent pas compte et plusieurs locataires ne se plaignent pas.

M. N. — Qui est responsable?

A. C. — C’est dur à dire. On ne peut pas dire que c’est uniquement le gouvernement… c’est systémique. Une part de la responsabilité revient au gouvernement fédéral qui ne veut plus payer pour les habitations à loyer modique (HLM). Les libéraux promettent la construction de logements sociaux, mais ont oublié où ils ont caché le stylo pour signer le projet.

En plus, avec la COVID-19, des locataires bien nantis des grands centres ont acheté des résidences ou loué des logements assez dispendieux dans des villes comme Rimouski, ce qui laisse peu de place aux plus pauvres.

On considère le logement comme une marchandise alors que c’est un besoin vital!

M. N. — Y a-t-il des solutions?

A. C. — Il y en a plusieurs, mais il y a un flagrant manque de volonté. Il faudrait d’abord « socialiser » les logements encore plus, c’est-à-dire bâtir plus de HLM, de coops d’habitation ou laisser la gestion des loyers à des OBNL.

Il serait aussi judicieux d’implanter un organisme de contrôle obligatoire des loyers administré par le gouvernement. L’organisme fixerait un prix plafond et lorsqu’un propriétaire souhaite augmenter le loyer, il devrait se justifier (travaux de rénovations, augmentation des taxes, déneigement, etc.).

De plus, il y aurait un registre public des loyers en ligne : les nouveaux locataires pourraient voir les augmentations et signaler celles qui semblent déraisonnables.

De cette façon, on ferait cesser la spéculation immobilière. Actuellement, moins de 1 % des locataires vont jusqu’à se battre devant le tribunal contre une demande d’augmentation démesurée.

On peut se demander pourquoi la hausse de la demande ne se reflète pas dans l’offre. Ce n’est pas si simple. Le coûts des matériaux, le prix et la disponibilité des terrains font que certains investisseurs ne voient pas d’entrées d’argent à court terme. De toute façon, les nouveaux logements sont très chers.

Se loger est un droit, et non un privilège. Il est urgent et impératif que toutes les parties travaillent de concert pour corriger la situation.

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