SOIGNER AUTREMENT?

SOIGNER AUTREMENT?

1 juin 2021 par 


À l’heure de la COVID, nous sommes solidaires et protégeons les plus vulnérables. Nous nous distançons, nous encabanons, nous vaccinons l’épaule, nous couvrons le feu et nous masquons les babines. Mais on nous demande également de protéger impérativement notre système de santé surchargé, épuisé et au bord de l’effondrement. Pour sauver des vies, mais aussi sauver ce système mésadapté, certains font actuellement faillite, recourent à l’aide alimentaire, prennent des antidépresseurs, compromettent leur éducation, disent adieu par Zoom à leur parent mourant… Une gestion différente des soins aurait-elle permis d’éviter ces situations ? Pendant des décennies, les décideurs ont allègrement subventionné des mines, des pipelines, des coupes forestières et un système agroalimentaire toxique pour la planète et contribuant à remplir les urgences. Aurions-nous pu améliorer davantage les services en santé et l’accès aux soins ? La COVID a mis en lumière la vulnérabilité de notre système de santé : c’est lui le plus grand malade, aux mille comorbidités chroniques, que nous tentons de préserver des graves complications de la pandémie. Cette vulnérabilité nous montre qu’il faut impérativement repenser notre manière de soigner. Nous devons appliquer des solutions qui réduisent la pression sur le système de santé et dirigent les ressources là où elles sont nécessaires afin d’offrir la meilleure qualité de soins possible.

APPRENDRE À PRENDRE SOIN DE SOI

Une première étape serait de viser, dès le plus jeune âge, l’intégration des comportements positifs favorisant la santé. Faire plus de prévention et de promotion des saines habitudes de vie. L’équation est simple : moins de malades = moins de ressources médicales nécessaires. Les gens qui ont une bonne hygiène de vie consultent en général beaucoup moins. Mais bien s’alimenter, prendre soin de soi et modérer son stress, ça s’apprend. Nous comprenons ici qu’une agriculture saine et un système d’éducation de qualité, tous deux accessibles, sont les fondements mêmes d’une société en meilleure santé et résiliente. Mieux outiller et mieux rémunérer nos « fermiers de famille » et nos précieux enseignants permettrait d’alléger le budget astronomique du système de santé. Ce sont des vases communicants.

CONNAÎTRE ET RECONNAÎTRE LES OPTIONS THÉRAPEUTIQUES

Mais si un trouble de santé venait tout de même à se produire, il serait profitable de mettre à contribution toutes les approches complémentaires de soins et les forces de chacun des intervenants potentiels. Des options existent et doivent être connues et reconnues. Avant de consulter un médecin pour une situation qui n’est ni un trauma ni une urgence, puis-je rencontrer un autre professionnel pouvant m’aider, voire régler différemment mon problème? La tendance actuelle est plutôt à l’inverse : les gens se tournent vers les médecines dites « alternatives » lorsque la médecine conventionnelle ne peut plus rien pour eux ou ne fait qu’atténuer leur problème. La situation opposée devrait prédominer : traiter différemment dès les premiers symptômes et réserver la médication et les interventions médicales coûteuses lorsqu’elles sont absolument nécessaires. Au final, il serait même plus rentable de payer collectivement pour ces services de façon à délester médecins, spécialistes et pharmaciens.

COLLABORER

Dans un esprit d’ouverture, d’éducation et de communication entre soignants, il est tout à fait possible que les médecins collaborent étroitement avec des psychologues, des acupuncteurs, des massothérapeutes, des ostéopathes, des chiropraticiens, des naturopathes, des sages-femmes, des herboristes, etc. Le défi d’une collaboration – ou d’une médecine intégrative – est d’abord que chaque professionnel reconnaisse avec humilité les forces et les limites de sa propre pratique. Tous ont une expertise spécifique à partager pour le bien-être de l’humain. Nous sommes bien plus qu’un assemblage mécanique et biochimique de molécules. La science le démontre. Pour bien soigner, il faut s’adresser à l’ensemble de notre être : corps, esprit, émotions, croyances spirituelles, relations humaines et environnement. Soigner en équipe, de manière holistique, augmente les chances de guérison.

Mon expérience personnelle m’a montré qu’une médecine intégrative est possible. J’ai eu la chance de faire un stage d’acupuncture dans un hôpital en Chine où chaque médecin pratiquait à la fois l’acupuncture, l’herboristerie et la médecine conventionnelle. Ils combinaient les approches pour potentialiser l’effet des traitements. Et ça fonctionnait! J’ai aussi eu l’occasion de faire un stage en obstétrique à l’hôpital LaSalle à Montréal où nous pouvions offrir des soins complémentaires en acupuncture aux femmes qui venaient accoucher. Les médecins remarquaient une réduction des interventions médicales : forceps, césariennes, péridurales, etc. Des modèles différents existent. Nous pouvons faire autrement et mieux.

REPENSER L’ « HÔPITAL »

En dernier lieu, il est essentiel de revoir le milieu hospitalier en soi. Brigitte Lacasse dans son récent film Chroniques hospitalières décrit ce milieu comme « trop anonyme, trop laid, trop médical, trop peu humain ». Plusieurs s’y sentent tels des numéros, cordés sous les néons, murés de béton et de tubes de plastique. Pourrait-on cesser des construire des hôpitaux conventionnels pour plutôt créer des centres de santé? Pourrait-on y cultiver les conditions élémentaires qui favorisent la guérison : rire, alimentation saine, air frais, accès à la nature, écoute empathique, bienveillance, activité physique adaptée, visualisation positive, méditation, art-thérapie? Il serait fabuleux de voir s’organiser un peu partout de tels lieux accueillants de médecine intégrative, où les besoins physiques, psychologiques et spirituels des patients seraient respectés. Où on se sentirait en confiance, bien informé et libre de nos choix. Cette collaboration et cette ouverture m’apparaissent comme des composantes essentielles de la future médecine… et d’un système de santé bien plus astucieux.

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