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VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

À Saint-Léandre, dans la fabrique des minimaisons

À Saint-Léandre, dans la fabrique des minimaisons

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
12 juin 2021 par 


Sur le 6e rang de Saint-Léandre, une route de gravelle située en pleine forêt, on ne s’attend pas à tomber sur une entreprise qui construit des dizaines d’habitations par année. Et pourtant, c’est là que se trouve CAMM Construction (acronyme de Construction d’abris et de micro-maisons), une compagnie spécialisée dans la confection de minimaisons en bois.

La propriétaire Camille Therrien-Tremblay s’est installée dans ce coin perdu en 2019. Enfin, perdu, pas tout à fait : son père y opère la scierie L’Ancèdre depuis un quart de siècle. « Je deviens tranquillement sa plus grosse cliente », s’amuse la jeune femme de 31 ans. En effet, le bois de cèdre est utilisé pour faire la charpente, mais aussi l’intérieur et l’extérieur des minimaisons. Peut-être reprendra-t-elle la scierie un jour, mais pour l’instant c’est la construction qui l’anime. Son entreprise a déjà dépassé celle du paternel en nombre d’employés : alors qu’il n’a qu’un associé, elle embauche cinq personnes, dont trois dans la « shop ».

C’est en bâtissant sa propre demeure miniature, en compagnie de son conjoint, que Camille a eu la piqûre : elle a trouvé ça plutôt facile à faire. Il faut dire qu’elle ne part pas de nulle part : elle a baigné dans le milieu de la construction depuis son enfance, et elle bénéficie de l’aide de son père et de son oncle chaque fois qu’elle a une question.

Cette année, elle va construire une vingtaine de minimaisons, et espère monter à 50 l’an prochain. Ses clients sont situés partout au Québec : il peut s’agir d’entreprises touristiques qui les utilisent comme hébergements, de compagnies qui en font des cabines pour leurs travailleurs sur les chantiers, ou de particuliers qui y vivent temporairement (chalet ou camp de chasse) ou à temps plein. Ils reçoivent une coquille vide qu’ils peuvent aménager à leur goût, ou un « prêt-à-camper » déjà équipé avec un lit, un petit frigidaire et une cuisinette.

Bien sûr, posséder une minimaison implique un mode de vie quelque peu minimaliste : pas question d’accumuler du matériel, car ça déborde vite. Il faut aussi un minimum d’organisation, mais « le ménage n’est vraiment pas long à faire, c’est fantastique », s’exclame Camille. Si vraiment l’espace est trop petit, on peut le doubler en lui accolant une deuxième maison de la même taille. C’est d’ailleurs ce que la jeune entrepreneure a fait chez elle lorsqu’elle a eu un bébé.

Une solution à la crise du logement?

Le plus grand intérêt de ces habitations réside dans les coûts qui y sont reliés : le modèle que CAMM Construction vend le plus, qui fait 8 pieds par 16, se vendait 21 000 $ avant la flambée du prix des matériaux, et est maintenant autour de 26 000 $.

Isolées à l’uréthane, les minimaisons sont également très faciles et économiques à chauffer. Ce sont donc des habitations idéales pour des jeunes qui n’ont pas envie de s’endetter. On pourrait même les imaginer jouer un rôle pour combattre la crise du logement qui secoue actuellement l’Est-du-Québec, puisqu’il ne faut que quelques semaines pour en construire une. En France, une association en a d’ailleurs récemment construit 17 sur un terrain vague près de Lyon afin d’accueillir des mères monoparentales en proie à des problèmes de logement.

Installée à côté d’une résidence principale, une minimaison permet aussi de faire dans le multigénérationnel, en hébergeant un adolescent qui recherche son intimité ou une personne âgée qui veut se rapprocher de ses enfants.

Malheureusement, seules une cinquantaines de municipalités ont réglementé leur usage jusqu’à présent au Québec, d’une façon ou d’une autre – dans un quartier qui leur est dédié, sur le terrain d’une résidence ou sur roues, par exemple. Camille note toutefois une progression qui lui laisse penser que ce nombre va exploser : « Il y a deux ans, il n’y avait qu’une douzaine de villes. » À Matane, leur installation dans certains secteurs sera bientôt permise.

Conséquence de cet engouement, le nombre de constructeurs augmente également, même s’ils sont encore peu nombreux. Chacun a ses particularités (beaucoup proposent des minimaisons sur roues que l’on peut facilement déplacer), Camille Therrien-Tremblay se distinguant par l’aspect écologique de ses constructions en bois. Elle aimerait toutefois améliorer leur empreinte carbone, notamment en trouvant une alternative au gaz pour celles qui sont installées loin du réseau électrique.

Elle a d’autres projets, comme celui de faire des abris pour les randonneurs sur le Sentier international des Appalaches. Mais si son carnet de commandes est bien plein, elle entend rester à échelle humaine : de toute façon, dans son atelier tout neuf, construit lui aussi en bois de cèdre, on peut construire au maximum deux minimaisons à la fois…

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