PEREIRA, EN SYMBIOSE

PEREIRA, EN SYMBIOSE

7 juin 2021 par 


Avez-vous déjà remarqué qu’une gamme musicale dite « traditionnelle » contient sept notes, tout comme les sept couleurs extraites d’un prisme, celles que l’on retrouve dans l’arc-en-ciel? Et si l’on extrapole, le cercle de couleurs chromatique contient 12 tons, exactement comme les 12 tonalités du système musical occidental. Anecdotique, mais l’étude de cette relation optique-ouïe ne date pas d’hier. Un phénomène neurologique associant ces deux sens fait régulièrement surface dans les recherches scientifiques depuis la fin du XXe siècle. Pour les quelque 4 % de la population concernée par la synesthésie, deux sens deviennent interdépendants de manière durable. Sons et couleurs en sont un exemple récurrent chez les « synesthètes ». J’ai d’ailleurs pu échanger sur le sujet avec Catherine Lemay Pereira, compositrice, pianiste et chanteuse du groupe montréalais Pereira qui, après un premier album paru en 2017, planche sur un deuxième opus prévu pour 2022.

Son premier album, confectionné à partir de compositions de jeunesse, entre 15 et 18 ans, relate un état, une histoire, des émotions. Intitulé simplement Orange brûlé, la couleur de prédilection de l’époque pour la jeune compositrice, l’album rassemble des pièces hétéroclites, voguant entre influences latines, jazz, musique des Balkans et improvisation, le tout en français, en anglais et en espagnol. Elle dit :

« J’ai eu beaucoup de misère à ne pas composer toutes les pièces en fa dièse parce que, pour moi, c’est la tonalité associée avec la couleur orange brûlé. […] Pour le deuxième opus, c’est plutôt ré bémol... »

Sur Orange brûlé, gros coup de cœur pour la pièce « No fresh fruit », un free jazz sous contrôle qui détonne du reste de l’album. Si l’opus peut sembler manquer de cohésion et partir dans tous les sens sur le plan stylistique, Catherine Lemay Pereira ne manque pas d’audace dans ses explorations compositionnelles. Une voix de soul, influencée par des artistes telles que Nai Palm (Hiatus Kaiyote) et Erykah Baduh, une touche pianistique inspirée par Cory Henry et Robert Glasper, les initiatives de Pereira sont d’actualité et se retrouvent parfaitement dans les grooves jazz-funk-soul de l’opus à venir, un penchant volontairement plus pop que pour l’album précédent.

Plus qu’inspiration, la couleur devient même concept scénique et visuel pour Pereira, qui entoure la création de son deuxième album d’une aura froide avec cette fois le titre Vert de lichen. La Côte-Nord, la Gaspésie, le fleuve se retrouveront dans la scénographie, dans les vêtements de scène et la création d’effets sonores percussifs rappelleront le liquide, les vagues, le mouvement. L’ajout d’un percussionniste et d’un saxophoniste vient compléter l’instrumentation avec la batterie, la basse, les claviers et la voix.

Deux maquettes prometteuses sont déjà à l’écoute en primeur : les pièces « Camomille » et « Monk Matcha » incarnent bel et bien l’univers de Pereira, chacune de façon bien différente de l’album précédent. La première, un jazz-soul plutôt riche sur les plans harmonique et rythmique, est chantée en français en hommage au décès d’un proche, ce qui rend le choix de la langue judicieux, à la fois pour le contenu et la forme. Rare est le français dans le jazz, et Pereira relève bien le défi. « Monk Matcha », on pourrait s’en douter, s’inspire de la couleur du thé matcha pour raconter tout en groove l’aventure délirante et métaphorique d’un moine renouant avec la terre. Intrigant pour la suite...

Un groupe de la relève à ne pas suivre de trop loin.

https://pereiramusique.bandcamp.com/releases

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