L’Est-du-Québec ne profite pas du Répertoire des aliments québécois

L’Est-du-Québec ne profite pas du Répertoire des aliments québécois

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
10 juin 2021 par 


Pour mieux faire connaître les produits locaux auprès des institutions, le gouvernement du Québec a créé en octobre 2020 le Répertoire des aliments québécois. Mais les entreprises de l’Est-du-Québec sont quasiment absentes de celui-ci.

En parcourant le répertoire, Le Mouton Noir a constaté que sur les quelque 2700 produits qu’il contient, seuls 27 proviennent du Bas-Saint-Laurent, tous offerts par la même entreprise (Les Cuisines gaspésiennes de Matane). La Gaspésie place 14 produits, issus de deux entreprises : Les Produits Tapp (Douglastown) et Fumoir Cascapédia (Cascapédia-Saint-Jules). On est très loin des 870 produits de Montérégie, qui arrive largement en tête. L’Est-du-Québec fait cependant mieux que l’Outaouais (deux produits) et le Saguenay-Lac-Saint-Jean (trois produits).

La mise en place du Répertoire des aliments québécois a coûté 1,2 million $ et s’inscrit dans le cadre plus large de la Stratégie nationale d’achat d’aliments québécois qui a pour but d’« augmenter de façon considérable la part des aliments de chez nous achetés par les institutions du Québec », selon le MAPAQ.

Les produits listés dans ce répertoire proviennent de deux sources, explique le relationniste de presse du MAPAQ Yohan Dallaire Boily : la banque de données de GS1 Canada – qui « comprend principalement les entreprises québécoises qui ont intégré les grands réseaux de la distribution alimentaire » – et celle du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ).

Ce sont les entreprises de l’agroalimentaire qui décident si elles s’inscrivent dans ces bases de données. Le MAPAQ souligne que « le nombre d’entreprises bioalimentaires québécoises inscrites au Répertoire des aliments québécois (RAQ) ne cesse de croître depuis le début de l’année 2021. Il a d’ailleurs plus que doublé depuis les six derniers mois, passant de 46 en janvier 2021 à 121 en mai 2021 ». Mais trois seulement de l’Est-du-Québec…

« David contre Goliath »

La directrice générale des Saveurs du Bas-Saint-Laurent, Nicole Lavoie, n’est pas surprise que si peu de producteurs locaux soient représentés dans le nouveau répertoire. En effet, selon elle, le milieu institutionnel (qui contient notamment les hôpitaux et les résidences pour aînés) est difficile à percer quand on n’est pas un gros producteur : « C’est régi par un regroupement d’achat provincial (le Centre d’acquisitions gouvernementales, NDLR). Donc ça prend des entreprises qui ont une capacité de produire provincialement et non pas juste régionalement », explique Mme Lavoie.

Les plus petits producteurs ne voient donc pas d’avantage à s’inscrire, sachant qu’ils auront peu de chances d’être retenus. « C’est un beau marché, mais c’est David contre Goliath, image-t-elle. Il faut être compétitif avec les grandes entreprises de ce monde comme Gadoua. Il n’y a pas de petite boulangerie qui pourrait se qualifier. »

Ironie de la situation, le Centre d’acquisitions gouvernementales a été mis en service un mois à peine avant que le gouvernement lance sa Stratégie nationale d’achat d’aliments québécois. Avant cette centralisation, le Groupe d’approvisionnement en commun de l’Est-du-Québec (GACEQ) régnait sur un plus petit territoire et pouvait faire des appels d’offres régionaux, pour lesquels davantage de producteurs du Bas-Saint-Laurent pouvaient se qualifier.

 Il y a quand même un motif d’espoir, déclare la DG de Saveurs du Bas-Saint-Laurent : « On est en train de travailler avec l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), pour voir comment on peut intégrer des produits locaux à la liste d’achat des milieux institutionnels. » En effet, l’ITHQ a été mandaté par le gouvernement pour faire une étude de ce type. Par exemple, peut-être pourra-t-il proposer de fragmenter les appels d’offres pour régionaliser à nouveau certains achats.

« C’est possible qu’il y ait des avancées, conclut Nicole Lavoie. On essaie de voir comment régionalement, on peut proposer des produits qui sont sur la liste d’épicerie des hôpitaux, c’est-à-dire les intrants qui sont toujours gérés par chaque hôpital. » Il s’agit de moins grandes quantités, que des plus petits producteurs seraient peut-être en mesure d’assumer.

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