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VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Les tours d’hélicoptère permettraient d’éviter le « gouffre » du manque de pilotes

Les tours d’hélicoptère permettraient d’éviter le « gouffre » du manque de pilotes

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
29 juin 2021 par 

Journal Le Soir

Depuis quelques jours, un hélicoptère survole de temps à autre le ciel du Bas-Saint-Laurent au départ de l’aérodrome de Rimouski. Propriétaire de l’appareil, la compagnie GoHélico offre deux forfaits destinés aux touristes : l’un de six minutes pour survoler la ville et le fleuve, l’autre de 25 minutes pour découvrir les alentours, incluant les îles du Bic et le canyon des Portes de l’Enfer à Saint-Narcisse.

Directeur du développement des affaires de GoHélico, Yves Côté assure que ces tours d’hélicoptère auront des impacts positifs pour l’ensemble de la société, dans la mesure où ils permettent de former des pilotes qui interviendront plus tard un peu partout dans la province. « 90% de la business que je fais, c’est des projets avec des sociétés gouvernementales, explique-t-il. Par exemple avec Hydro-Québec, avec le ministère de l’Environnement pour faire du dénombrement d’animaux, ou la SOPFEU » qui lui louent des appareils avec pilotes.

La règlementation québécoise exige que les pilotes d’hélicoptère aient fait 800 à 2000 heures de vol avant de travailler pour ces employeurs, toujours selon M. Côté. Complexe Capitale Hélicoptère, la maison-mère de GoHélico, possède une école de pilotage, mais les jeunes qui en sortent n’ont qu’une centaine d’heures de vol à leur actif. Les faire transporter des touristes dans des conditions atmosphériques favorables permet donc d’atteindre le seuil fatidique des 800 heures sans pour autant « les faire tourner en rond dans le ciel ».

« Il y a 20 ans, quand les jeunes pilotes sortaient de l’école, ils embarquaient immédiatement sur les hélicos et allaient travailler pour Hydro-Québec ou d’autres, rappelle le représentant de GoHélico. Comme ils avaient peu d’expérience, il y avait de nombreux incidents. »

Si des pilotes ne sont pas formés rapidement, le Québec pourrait se retrouver face à un « gouffre », affirme Yves Côté : « Actuellement, la moyenne d’âge des pilotes est tout près de 50 ans. Donc dans 10 ans, il n’y aura plus de pilotes pour aller éteindre des feux de forêt, faire des inventaires fauniques ou sauver des gens en forêt. »

De la pollution et du bruit

Les appareils utilisés par GoHélico sont des Robinson R44, un modèle léger et très répandu – c’est d’ailleurs lui qui avait été utilisé pour organiser l’évasion de trois détenus de la prison de Québec en 2014. « C’est ce qui consomme le moins sur le marché, on doit être à une soixantaine de litres à l’heure », estime M. Côté qui précise que le carburant utilisé est du 100LL, ce qui « ressemble beaucoup à du kérosène ».

Ce carburant a un facteur d’émission de gaz à effet de serre (GES) de 2,2 kg/litre, ce qui est similaire à l’essence utilisée par les voitures. Mais le Robinson R44 consomme beaucoup plus qu’une automobile : ainsi, à chacun de ses voyages, il émet autant de GES que dix Toyota Yaris ou sept Ford F-150 qui feraient le même trajet.

Par ailleurs, le 100LL est identifiée comme ayant une « basse » teneur en plomb, dans la mesure où il en contient deux fois moins que le combustible utilisé par les avions. Mais cela représente tout de même deux fois plus de plomb qu’il n’y en avait dans l’essence des automobiles dans les années 1980.

Ces considérations environnementales étaient absentes de la courte discussion qu’a eue le conseil municipal de Rimouski lundi 21 juin, lorsqu’une nouvelle tarification a été adoptée pour l’atterrissage des appareils touristiques à l’aérodrome. Ce même conseil municipal a pourtant endossé la Déclaration d’urgence climatique il y a deux ans et demi. La conseillère de Rimouski-Est Cécilia Michaud a précisé que « nous devons être ouverts à ce que l’aéroport se développe ».

Seule dissidente, la conseillère du Bic Virginie Proulx a fait valoir sa préoccupation quant aux nuisances sonores et a suggéré qu’un tarif plus élevé soit imposé afin de limiter ce type d’activité touristique. Les autres conseillers ont jugé que le tarif de 12 $ par atterrissage était raisonnable car similaire à ce que d’autres villes facturent, voire plus élevé.

Un tour d’hélicoptère de six minutes coûte 67,99 $ plus taxes par personne, alors qu’un voyage de 25 minutes revient à 219,99 $ plus taxes par personne. Le Robinson R44 a une capacité de trois passagers.

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