Le pacifisme va nous tuer

Le pacifisme va nous tuer

7 juin 2021 par 

Quel type de violence a provoqué le plus de mal dans l’histoire de l’humanité? La violence autorisée par l’État, ou la violence non autorisée par l’État, employée par des individus?

– Theodore Kaczynski alias Unabomber, mathématicien et terroriste

D’après Nelson Mandela, quelle action précise a contribué à ranimer le mouvement anti-apartheid au début des années 1980? Une pétition? Du yoga à la ferme? Une conférence sur la résilience? Non. C’est lorsque des commandos du MK en Afrique du Sud ont introduit des bombes dans les réservoirs d’essence de la compagnie Sasol. Boom!

Des écolos gentils, éduqués, paisibles, défendant la vie font face à des psychopathes riches, puissants, lourdement armés, orchestrant la mort. Les premiers veulent convaincre les seconds avec des marches familiales, du théâtre de rue, des pancartes, des pétitions et autres petites politesses. Les seconds détruisent la planète avec toujours plus d’efficacité et d’acharnement. Les premiers se félicitent d’être non violents, pacifiques, sereins. Les seconds s’encouragent à tuer, massacrer, assassiner, piller. Les premiers écrivent des livres. Les seconds écrivent des lois. Avec les tactiques des premiers, le résultat est nul. Les seconds contrôlent le monde.

On accepte la violence policière, industrielle, économique, étatique. Mais on condamne les humains qui se défendent face à ces agresseurs. Condamner toute violence est un privilège de petit monsieur qui sent le Old Spice.

« Oui, mais Gandhi… » Fuck Gandhi! Le super Gandhi qu’on nous vend est une version fantasmée d’un petit Indien chauve de 48 livres. Il ne sert qu’à masquer les autres mouvements de protestation indiens plus radicaux qui ont grandement aidé Gandhi. Sa victoire de pacifiste est un mythe.

« Martin Luther King disait… » Y’a pratiquement tout dit et son contraire, et le pouvoir n’a conservé que les citations qui lui convenaient. Mais monsieur King sans les Black Panthers armés n’aurait pas pu se permettre d’être pacifique. Même Jésus a déjà dit : « Si tu as un manteau, mais pas d’épée, vends ton manteau pour t’acheter une épée. »

Ce n’est pas les messieurs du Parlement qui ont accueilli les femmes aux suffrages. Ils ont été forcés. Militantes pour le droit de vote des femmes, les suffragettes avaient comme tactique de prédilection la destruction de biens et les incendies. Ces femmes, ceintures noires en karaté, n’avaient pas peur d’en découdre avec la flicaille.

Alors, faut-il condamner toute forme de violence, sans aucune nuance? Si une femme se défend violemment contre son agresseur, vas-tu condamner la violence? La sermonner en lui disant qu’au lieu de frapper le violeur dans les yeux avec son trousseau de clés, elle aurait pu employer des moyens pacifiques comme faire circuler une pétition, recueillir 100 signatures, et s’en servir pendant l’agression pour convaincre le type? Quand des fermiers mexicains s’arment pour défendre leur famille contre les cartels de drogue et la police corrompue, vas-tu condamner la violence? Peut-on leur suggérer d’organiser une manifestation pacifique? Il leur suffira de manifester en zigzag pour éviter les balles. T’appelles quelle police quand la police te tue? Les étoiles de shérif n’exaucent pas les vœux.

Saboter les rails d’un train transportant des humains vers un camp de concentration, est-ce de la violence? Saboter les rails d’un train transportant du pétrole bitumineux, violence? Désarmer le canon d’un fusil pointé sur la tête d’un enfant, violence? Désarmer le canon d’un pipeline pointé sur la tête de toute une génération, encore de la violence?

Accuse-t-on de vandalisme un pompier qui fracasse la vitre d’une maison pour aller sauver un petit garçon? Ce pompier serait-il qualifié d’extrémiste? D’homme violent? Ne dit-on pas aussi que notre maison, la Terre, est en feu? Pourquoi alors empêche-t-on les « éco-pompiers » d’agir? D’enfoncer les portes? De noyer les sources du feu? « Y’a d’autres moyens pacifiques. » Ça fait 50 ans qu’on dit ça. Cinquante ans que les crises écologiques s’aggravent. Cinquante ans que la conscience populaire s’allume toujours plus. Pourtant, rien. Ou plutôt, pire. On n’a pas le luxe de s’offrir encore 50 ans de pétitions, de marches de santé, de rassemblements festifs et de théâtres psychosociaux où des néo-hippies se déguisent en arbre mort espérant une prise de conscience du PDG de Shell.

Les défenseurs de la désobéissance civile non violente te diront : « Des pétrolières empoisonnent ton eau, ta famille et ton corps? Fais une grève de la faim pour t’y opposer! » Se faire violence à soi-même pour lutter contre la violence subie, ce serait un moyen pacifique? Quel délire! Le pacifisme va nous tuer.

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